Akira

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Erkael
Entité Démoniaque
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Akira

Message non lu par Erkael » 16 mars 2013, 19:59

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En 2019, après avoir fait face à la troisième guerre mondiale et une catastrophe nucléaire déclenchée en son sein, Neo-Tokyo est une mégapole soumise au chaos. Elle est sillonnée par des bandes de jeunes motards désœuvrés et drogués. Une nuit, l'un de ces jeunes, Tetsuo, a un accident en essayant d'éviter un garçon au physique étrange et au regard déchirant. Tetsuo est capturé par l'armée. Des expériences sont menées contre lui dans le cadre d'un projet militaire ultra secret pour repérer et former des êtres possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques destructeurs (télépathie, téléportation, télékinésie). Les amis de Tetsuo, dont leur chef Kaneda, veulent savoir ce qui lui est arrivé... Car une fois enfui, Tetsuo n'est plus le même.

Véritable choc lors de sa sortie en 1988 au Japon, Akira constitue pour beaucoup le premier film d'animation japonaise destiné au grand public, faisant l'objet d'une distribution large. Il passe plus inaperçu en France lorsqu'il sort en 1991. C'est surtout sa diffusion en VHS qui lui permettra de connaître une reconnaissance plus importante.

Akira se distingue par la richesse de son scénario. Il fait partie des films qui ont redoré le blason du genre cyberpunk, qui peine à s'imposer à la fin des années 1980, quand bien même ces années ont apporté un nombre conséquent de films du même genre (Blade Runner, Tron, Robocop, Terminator, Tetsuo...). En parallèle de l'histoire principale se nouent des intrigues politiques. Durant tout le film, on peut observer que Neo-Tokyo est soumis au chaos technologique mais aussi à des insurrections et à des attentats en permanence. Un mouvement révolutionnaire veut renverser le pouvoir et s'approprier le phénomène Akira à des fins religieuses. Akira traite aussi des rapports entre l'armée et le gouvernement. Dans ce Japon post-apocalyptique, même l'armée a du mal à exister et à contrôler les individus (alors que dans bon nombre de films du même genre, l'armée est justement vue comme la seule solution face au chaos...). Dans Akira, l'armée tente de continuer le projet Akira, de maîtriser la puissance de cette entité pour pouvoir s'en servir par la suite.
Akira met aussi en exergue l'importance du nucléaire (le début du film met en scène une explosion atomique en plein coeur de Tokyo en 1988). En cela, Akira est un excellent film d'anticipation : pendant tout le film, on bascule de l'importance du nucléaire aux pouvoirs psychiques. Le réalisateur avait bien compris dès la fin des années 1980 que le XXI°s serait pour l'Homme celui du nucléaire et de la maîtrise de nouvelles sciences. Akira traite enfin du mal-être de la jeunesse tokyoïte, à travers ces bandes de jeunes motards déscolarisés et extrêmement violents.

Du point de vue de la violence justement, Akira ouvre la porte à ses successeurs dans le genre (Ghost in the Shell et Jin-Roh notamment). Combats urbains, sang, tripes, explosions, viol : on comprend que le public occidental ait été choqué à l'époque. Aux détracteurs d'Akira sur ce point, il s'agit de rétorquer : pour tout sujet violent un film se doit forcément d'être violent, c'est une question de logique, que serait le cinéma sans cette crédibilité ? Tout le chaos d'une société post-apocalyptique est donc retranscrit ici, sans exagération.

Le film demeure assez fidèle au manga originel. Il fait toutefois l'impasse sur de très nombreux éléments. La seconde partie du manga est simplement absente du film, sans doute par souci de longueur. Le film reprend en fait les premier et dernier tome du manga. Un nombre important de personnages ont un rôle changé, réduit ou n'existent même pas, tandis que la métamorphose de Tetsuo ou d'autres événements sont largement accélérés. Tout cela ne nuit pas à la compréhension et la narration demeure très fluide. On peut entretenir néanmoins trois regrets. D'une part, les puissances étrangères sont pratiquement inexistantes (alors que dans le manga, leur rôle est important). Le film est donc centré sur le Japon, et même exclusivement sur Neo-Tokyo, sans que l'on sache ce qui se passe à l'extérieur de la mégapole. Un film cyberpunk localisé n'est jamais un film parfait, puisque l'on veut toujours savoir si le reste du monde est logé à la même enseigne ou non. D'autre part, le personnage d'Akira a un rôle très différent et sa présence est presque anecdotique. Le film s'axe davantage sur la relation entre Tetsuo et Kaneda. Pour un film portant le nom d'Akira, cela fait un peu tache... On regrettera enfin de ne pas en savoir plus sur les enfants à l'apparence bizarre contre qui des expériences ont été menées. Leur rôle dans le film est ambigu : quels rapports entretiennent-ils avec l'armée, sont-ils prisonniers, quels sont leurs buts exacts ?

Akira se permet aussi de distiller une dose d'humour et de proposer une fin ouverte : encore une fois, cet anime utilise les mêmes rouages qu'un film live.

Du point de vue de l'animation, le film paraît légèrement vieillot mais clairement pas dépassé. Ce sont certains plans globaux (destruction d'un pont...) qui paraissent assez archaïques. Mais Akira demeure tout à fait étonnant dans les sensations de vitesse, les explosions, les scènes de combats et de destruction psychique. Niveau graphismes, tout n'est pas aussi reluisant... Si le chara-design de Katsuhiro Otomo ne plaît pas forcément, c'est un style qui lui est propre (et on voit que sa modélisation des visages a peu évolué près de 15 ans après dans Steamboy). Ce sont surtout les couleurs qui détonnent de façon évidente. Les visages sont tantôt verdâtres, tantôt marrons, tantôt bleus. Les décors tendent vers le kaki, l'ocre, des couleurs chaudes suintantes, brûlées, trop lumineuses. Tout cela fait que le spectateur a mal aux yeux, est légèrement écoeuré et trouve l'image peu agréable. Akira mériterait sur ce point une réédition Blu-ray chez nous (c'est déjà le cas aux Etats-Unis) ou au moins une remise à jour DVD avec quelques filtres. Mais quand on voit le gain en colorimétrie et en finesse, un Blu-ray s'impose !

Cette édition simple n'offre aucun bonus (même pas de bande-annonce). Les menus DVD retranscrivent l'ambiance du film, mais c'est bien là le seul effort effectué. Le film est disponible en version japonaise, française ou anglaise. La VF est hélas assez médiocre.

Akira demeure, 20 ans après (!), très impressionnant dans son scénario, à la fois complexe et passionnant. Exploitant des thèmes propres au genre cyberpunk comme peu de films ont su le faire après lui, son statut d'oeuvre culte et de classique est amplement justifié. Si le graphisme n'est plus au top, certains effets d'animation peuvent encore secouer et troubler le spectateur.

Incontestablement l'une des plus grandes oeuvres du genre cyberpunk tout média et art confondus.

Critique de Rogue
On ne peut pas gagner à tous les coups mais on ne peut pas perdre à chaque fois non plus!

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