Sorcière et Ténèbres

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Koiwai
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Sorcière et Ténèbres

Message non lu par Koiwai » 29 oct. 2015, 18:28

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Tome 1 :

A l'approche de Halloween, les éditions Komikku nous proposent de découvrir la toute première série de Hiroko Nagakura, auteur que l'on connaît déjà en France pour le très fun Rudolf Turkey chez le même éditeur.
Initialement publiée en 2006-2007, cette série en deux volumes a eu droit au Japon à une nouvelle édition début 2015. C'est cette édition que Komikku nous propose de découvrir... et quelle édition ! Couverture qui attire l'oeil grâce à ses couleurs, à son vernis sélectif et à cette maison qui semble regorger de vie (et dont la deuxième moitié sera sur le tome 2 et formera une illustration complète), deux mini-dépliants recto-verso en couleur, 270 pages correctement imprimées sur du papier à la fois épais et souple, traduction claire... Comme à son habitude, l'éditeur a soigné son travail.

Sorcière et Ténèbres, c'est l'histoire de Hitsuji, lycéenne dans la ville de Hidamari. Adorable avec tout le monde et plus jolie élève de l'établissement, elle est la coqueluche de tous et a même un fan club. Pourtant, elle n'accorde aucun intérêt à de possibles histoires d'amour, et elle apparaît souvent étrange aux yeux des autres à cause de son fort attrait pour des choses loin d'être mignonnes mais qu'elle trouve à croquer : squelettes, poupées vaudous, insectes, plats à base de larves... Une étrangeté apparente qui est sans doute héritée de son statut secret : celui de sorcière ! En effet, vivant dans une grande demeure avec ses trois "mamies" qui en sont elles aussi, Hitsuji est ce qu'on appelle une sorcière blanche, un être ayant certes des pouvoirs mais restant plein de bonnes intentions, contrairement aux sorcières noires qui ne vivent qu'en faisant le mal sans rien respecter.
Mais sa petite vie aussi joyeuse que farfelue prend un nouveau virage quand débarque dans sa classe un nouvel élève, Kokuyô. Il a l'oeil mauvais, se présente de façon radicale en menaçant de mort toute la classe, est enveloppé de bandages comme une momie car il craint les rayons du soleil... Il est tellement étrange que tout le monde en a peur... et qu'Hitsuji tombe raide dingue de lui ! Dès lors, la jeune fille va le suivre partout, essayer de se rapprocher de lui... alors même qu'il est un chasseur de sorcière, venu à Hidamari pour exterminer ces êtres auxquels il voue une haine féroce. Cela n'arrêtera aucunement Hitsuji : elle redoublera d'efforts pour lui prouver que toutes les sorcières ne sont pas mauvaises et pour le séduire. Sans savoir que cela l'emmènera sur le dangereux terrain des sorcières noires...

Ainsi se présente un récit qui, chapitre après chapitre, offre diverses petites histoires où Kokuyô et Hitsuji, d'une manière ou d'une autre, doivent en découdre avec des sorcières noires. Au départ le schéma semble voué à être redondant, en réalité ce n'est pas le cas, car au fil de ses histoires Hiroko Nagakura prend le temps de distiller de nombreuses indices laissant deviner une trame principale plus conséquente et un travail plus approfondi sur les personnages.
Concrètement, l'intrigue qui se dessine autour des desseins des sorcières noires ne présente rien d'original, mais les éléments sont joliment amenés les uns après les autres au fil de la lecture. De même les personnages de la série se dévoilent doucement, par bribes, en entretenant toujours une part de mystère. C'est surtout le cas de Kokuyô, dont les bandages et la haine envers les sorcières trouvent des explications suffisamment profondes et qui ne sont pas encore entièrement révélées. Pour l'instant discrètes et jouant le rôle des protectrices pour Hitsuji, les trois mamies ne sont pas en reste, car elles semblent en savoir plus qu'elle ne le disent... Quant à notre héroïne, certaines petites bribes de son enfance laissent espérer un développement par la suite.

En somme, la trame principale intrigue suffisamment et les histoires sont rondement menée, si bien qu'on se laisse facilement happer par la lecture. Cela dit, si le divertissement est si efficace, c'est sans aucun doute avant tout grâce au duo de choc que forment les deux protagonistes. De ce côté-là, Nagakura annonce la couleur dès les premières pages : totalement gentille, optimiste, énergique, presque candide et pleine de bonne volonté, Hitsuji est une héroïne qui est l'exact opposé de l'image que l'on se fait d'une sorcière ! A l'image de Kokuyô qui a beaucoup de mal à la cerner, on aurait pu la trouver horripilante, mais ce caractère adorable, planté dès le début, nous conquiert très vite, principalement parce que la demoiselle y apparaît très sincère et authentique et qu'elle occasionne beaucoup de moments drôles où son entourage a parfois du mal à la suivre. Kokuyô, forcément, est son exact contraire : exagérément brutal et asocial dès les premières pages où il nous amuse, il présente une personnalité sombre, une haine des sorcières qui n'aurait jamais dû attirer Hitsuji. Mais voila, cette dernière est ce qu'elle est, et ne manque pas d'intrigue le "momifié", qui devra forcément se coltiner cette fille très collante en se demandant constamment comment elle fait pour toujours être sur son chemin... Et qui sait, peut-être que l'adorable Hitsuji finira réellement par toucher son coeur ?
Saluons d'ailleurs le titre français du manga, assez représentatif : Hitsuji est la Sorcière, Kokuyô les Ténèbres.

L'autre grande qualité du récit est de mêler à merveille les ambiances. Sombre de par les desseins des sorcières noires, les mésaventures de certains personnages secondaires ou le passé de Kokuyô, l'ambiance peut soudainement changer via quelques gags légers ou débiles, ou être aérée par les bouilles exagérément adorables de Hitsuji. Le cocktail marche étonnamment bien, et reste l'une des marques de fabrique de Nagakura puisqu'il sera aussi bien utilisé dans Rudolf Turkey. Et là aussi, la couverture tout en contrastes (la maison et le titre colorés, alors que le fond est noir uni) symbolise bien ces changements de tons.

En dehors de la narration qui est franchement bien menée pour une première oeuvre, le style de Nagakura respire quand même la jeunesse et le manque d'expérience : globalement son coup de crayon est plutôt simple et est assez inégal. Pourtant, on y voit déjà un style se forger peu à peu, avec quelques planches beaucoup plus jolies, un travail intéressant sur le look de certaines créatures, et des personnages qui, comme les trois mamies, peuvent avoir de la gueule. Dans tous les cas, Nagakura sait très bien adapter son trait aux ambiances voulues, et peut même soudainement installer une atmosphère profondément plus dramatique, à l'image de la première page du chapitre 6 qui installe avec émotion, en seulement quelques cases, tout le drame de la vie du brave Morio.

Par son histoire principale aux allures très classiques, Sorcière et Ténèbres n'affiche aucune prétention, si ce n'est celle de divertir. Et le contrat sur ce premier tome est parfaitement rempli : sitôt que l'on accepte de s'y plonger, le récit devient un véritable plaisir, grâce à ses deux héros hauts en couleur, à son récit rondement mené et à la capacité de Nagakura à installer et varier les ambiances, pouvant très vite nous faire passer du rire à l'inquiétude en passant par la curiosité ou les larmes. Ces 270 pages se lisent toutes seules, et on attend confirmation dans le deuxième tome, qui sera déjà le dernier !
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