Père & Fils

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Koiwai
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Père & Fils

Message non lu par Koiwai » 09 mars 2016, 10:12

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Tome 1 :

Dans un Japon issu d'un passé fictif où les éléments de notre monde moderne n'existaient pas encore, Torakichi exerce le travail d'herboriste itinérant, sillonnant constamment les chemins du pays afin d'apporter à ses clients les remèdes d'apothicaire dont ils ont besoin. Ce travail occupe donc l'essentiel de son temps, si bien qu'il ne peut que rarement être chez lui pour profiter de son épouse Shiori et de leur jeune enfant, Shiro. Mais tout change le jour où Shiori décède. Le choix de Torakichi est alors difficile : peut-il se permettre d'emmener avec lui Shiro, son enfant qui vient de perdre sa mère, sans être sûr de pouvoir s'occuper de lui convenablement alors qu'il a été si souvent absent à cause de son travail ? Le jeune père choisit de confier le bambin à sa soeur Tatsumi. Mais deux ans plus tard, il change d'avis et revient chercher le petit garçon pour l'emmener avec lui sur les routes...

Débarquant en ce mois de mars 2016, le nouveau manga rayon de soleil des éditions Ki-oon se nomme Père & Fils, et est le tout premier manga de Mi Tagawa, une artiste déjà reconnue dans son pays en tant qu'illustratrice, et qui nous croque ici une oeuvre à la croisée de plusieurs chemins, à la fois dépaysante pour son aspect de voyage sur les routes ponctué de nombreuses rencontres dans un Japon passé, instructive pour ses nombreux détails sur les vertus des plantes et remèdes d'herboriste (dont la majorité sont toujours utilisés aujourd'hui), et, surtout, profondément humain via le portrait d'un père et de son enfant qui vont devoir apprendre à renouer un lien perdu.

Les choses comment vite et bien en nous plongeant dès les premières pages aux côtés de Torakichi alors qu'il a déjà retrouvé son fils de quasiment 4 ans et a déjà commencé à sillonner le pays avec lui, et l'on comprend facilement que la quête du jeune homme pour devenir un bon père sera difficile, puisqu'il se montre d'abord facilement colérique envers ce petit garçon dont il a du mal à cerner les différents comportements : ses pleurs très réguliers, ses insomnies, ses questions, son caractère curieux de tout, sa manière de prendre des choses sérieuses pour des jeux... C'est tout cela que Mi Tagawa croque en cet enfant. Et elle le croque avec un réalisme et une finesse aussi éblouissants que touchants, puisque la mangaka peut puiser sa source dans sa propre expérience de jeune mère de famille pour croquer de façon aussi bienveillante que lumineuse ce petit bout de chou que Torakichi devra chercher à comprendre et dont il devra cerner les besoins affectifs.

Mais le jeune homme n'y connaît rien aux enfants, et se demande s'il peut seulement apporter ce qu'il faut à ce petit garçon pour qui il a autrefois rarement été là. La reconstruction du lien parental sera par moments difficile, mais elle sera aidée par un élément essentiel dans une vie : les rencontres, les confrontations aux autres, qui peuvent constamment nous faire grandir et évoluer. Pour Torakichi, il s'agit essentiellement de ses clients, personnalités souvent bien campées et attachantes qui lui permettront de prendre conscience de certaines choses peu à peu, mais aussi d'un voisin de chambre original en la personne de l'écrivain, ou tout simplement de ses autres liens familiaux que sont sa sévère mais juste soeur Tatsumi, à qui il avait confié l'enfant pendant deux ans, et Kanoe, son frère un peu charlatan et exubérant mais malin dans son genre quand il s'agit de tenter de faire prendre conscience de certaines choses à Torakichi. Chaque rencontre permet ainsi au jeune père d'ouvrir un peu plus les yeux sur ce dont a besoin son enfant : de l'attention, de l'affection... et pas forcément grand chose de plus. Car si Torakichi a parfois le sentiment que rebâtir un lien avec son enfant sera délicat, est-ce réellement le cas si l'on se place du point de vue du petit garçon ? Une certitude se dessine alors peu à peu : tous deux encore meurtris par la disparition de Shiori, ils sont indispensable l'un pour l'autre. L'un est tout ce qu'il reste à l'autre, et vice versa, Mi Tagawa nous le fait comprendre à merveille et avec le plus grand naturel, tandis qu'en toile de fond nous apprenons par intermittences, via les souvenirs de Torakichi, à connaître cette femme et mère disparue qui a laissé derrière elle deux êtres meurtris mais désormais unis.

Difficile, alors, de ne pas se laisser conquérir par ce portrait de personnages attachants et hauts en couleur, cette mise en valeur très humaine et lumineuse des liens familiaux, cette atmosphère de road trip dépaysant dans un Japon traditionnel ponctuée d'informations instructives sur les plantes, d'autant que Mi Tagawa sait très bien sublimer tout cela par sa plume enlevée. Aux personnages adultes très expressifs et dotés de visages et mentons un peu élancés répond la bouille adorable du petit Shiro, capable de passer par toutes les émotions, de nous attendrir par ses regards inquiets ou ses pleurs, de nous toucher par sa manière candide d'offrir des fleurs aux autres et aux jizo (ces pierres disséminées sur les bords des routes, d'où il pense que sa mère veille sur lui), de nous amuser par ses instants où il se montre très curieux (soif de découverte typiquement enfantine) ou par le petit cheveu sur la langue qu'il a parfois (bravo à la traductrice Géraldine Oudin pour ça)... A cela, il faut ajouter une autre figure récurrente, plus aérienne et finalement presque fantastique, celle d'Ieji, petit rapace épaulant constamment Torakichi et veillant à sa manière sur les deux personnages principaux.
Les décors sont suffisamment présents et apportent beaucoup à l'atmosphère traditionnelle/folklorique, et l'aspect fictif de ce Japon paraît hors du temps, nous rappelant l'aspect tout aussi intemporel et universel de la quête reconstructive de ce père et son fils. Le découpage est enlevé et profite régulièrement d'agréables petites trouvailles de mise en scène, comme à la page 5, ou quand le petit visage de Shiro ampli de curiosité dépasse par dessus la table, ou à la magnifique scène de câlin de fin de tome, emplie d'une sincérité et d'un amour parental libérateurs.

Du côté de l'édition, c'est du tout bon. Comme déjà dit en partie, la traduction soignée fait des merveilles. Le papier épais et la bonne qualité d'impression rendent honneur au travail de Mi Tagawa, la première page en couleur est un plus toujours agréable, et la jaquette est superbe. N'oubliez pas non plus de lire les gags sous la jaquette, les parenthèses entre chaque chapitre qui amènent quelques petits approfondissements, et les informations données par la mangaka en fin de tome qui permettent notamment d'en apprendre un peu plus sur ses inspirations.
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Mon top lectures (hors nouvelles séries) de 2015 :
RiN 5, A Silent Voice 6, Ushijima 27.

Mon top nouvelles séries de 2015 :
Deathco, Underwater, Les Enfants de la baleine, One-Punch Man.

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cicipouce
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Re: Père & Fils

Message non lu par cicipouce » 09 sept. 2016, 17:19

Je me rends compte avec bonheur que certains mangas arrivent encore à me toucher ... Père & Fils en fait parti, c'est vraiment une belle histoire !!
.(¯`•¸·´¯) * ƇιƇιǷѻμƇε *(¯`·¸•´¯).

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