Le Voyage de Ryu

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Wang Tianjun
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Le Voyage de Ryu

Message non lu par Wang Tianjun » 23 févr. 2011, 21:55

"C'est cette intelligence qui nous a coûté... tant coûté..."
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Le voyage de Ryu
  • Auteur : Shotaro Ishinomori
  • VO : Publié chez Kodansha en 1971, première édition en trois volumes.
  • VF : Publié chez Glénat en 2011 au sein du label Vintage, un tome paru sur cinq de prévus.
  • Fiche Manga-News de la série

Tome 1
Après un voyage de quarante ans vers des systèmes solaires lointains, le vaisseau spatial Fuji 1er est de retour sur Terre. Mais à son bord, il n'y a plus qu'un seul survivant : Ryu, passager clandestin de ce voyage intersidéral, fut cryogénisé, et découvre à son réveil qu'une terrible maladie à décimé le reste de l'équipage. Sortant du vaisseau, il découvre pourtant un univers très éloigné de ce qu'il pouvait attendre : la nature semble avoir repris ses droits sur Terre, alors que sous la dense végétation pointent quelques vestiges d'une gloire passée. Mais surtout, des créatures hostiles témoignent de mutations effrayantes... Ryu parviendra-t-il à survivre dans ce monde de retour à l'état sauvage ? Trouvera-t-il des semblables qui auraient réussi à perpétuer l'espèce humaine depuis tant de temps ?

Longtemps resté confidentiel auprès du public français plus éveillé par Tezuka, Shotarô Ishinimori semble enfin trouver une certaine gloire depuis quelques temps dans les rayons des librairies spécialisées. Après Cyborg 009, signant un malheureux échec éditorial, Le Voyage de Ryu est la seconde œuvre du Roi du manga à paraître dans le label Vintage de l'éditeur Glénat, sous la forme de cinq volumes de 350 pages. À l'instar du titre précédent, le maitre verse ici dans un récit de science-fiction, mais là où Cyborg 009 se voulait porté par l'anticipation de conflits nucléaires et robotiques dans un contexte de guerre froide, l'œuvre ici présente prend un cap bien plus lointain !

En effet, si la croisière interstellaire de Ryu lui a paru durer quarante années, du fait de la théorie de la relativité d'Einstein, il se serait en réalité passé bien plus de temps. Ainsi, c'est une Terre totalement transfigurée que découvre ce malheureux héros, à tel point que le doute nait dans son esprit (et dans le notre) d'être bien revenu au bon endroit. C'est en présentant des symboles typiquement japonais détournés, comme un Mont Fuji redevenu un volcan en pleine activité, qu'Ishinomori rompt tout doute ! Il est alors très appréciable de suivre ce héros perdant soudainement tous ses repères et plongé dans la solitude, même si cette dernière sera rapidement résorbée par la rencontre d'une jeune femme et de son petit frère, Maria et Jimmy. Ces derniers, dans un cas similaire, lui permettront pourtant de recomposer le puzzle des évènements passés, révélant une histoire des moins réjouissantes.

En effet, sous couvert d'un récit d'aventure et de science-fiction aux antipodes de notre monde contemporain, Ishinomori laisse transparaître tous les marqueurs de son époque. Les causes évoquées très rapidement pour rationnaliser l'évolution de notre planète sont celles d'une Troisième Guerre Mondiale et d'un conflit nucléaire à grande échelle, aux radiations irrémédiables. L'auteur met en garde l'humanité face à une course contre l'armement qui pourrait mener à sa propre perte, en détruisant son berceau. On ressent alors un message profondément pacifiste, voire écologiste, dont la portée pourrait nous paraître naïve aujourd'hui par son caractère explicite, mais qu'il est toujours bon d'entendre.

Mais Le voyage de Ryu est avant tout un récit d'exploration, où le héros cherche à comprendre toute l'histoire, porté par son espoir de trouver ses semblables au milieau des vestiges d'une antique civilisation. Le récit oscille ainsi entre phases de découverte, d'oppression dans un univers hostile, et souvent de conflits entres nouvelles races humanoïdes, rappelant d'ailleurs le roman La planète des Singes de Pierre Boule, écrit une décennie plus tôt. Certes, l'avancée des protagonistes ainsi que leur développement peut paraitre aujourd'hui très basique, les combats primaires et les retournements classiques, mais le style d'Ishinomori n'a rien perdu en clarté ni en expressivité malgré le poids des années. Les évènements sont avant tout agencés dans un but contemplatif, pour que le lecteur contempler un monde désolé dont il pourrait bien être lui-même la cause.

Cet aspect immersif est d'ailleurs rendu par un travail saisissant sur des décors fourmillants de détails, de finesse, des jungles denses aux bâtiments en ruines, en passant par des éléments futuristes à l'aspect rétro particulièrement savoureux. Le tout se mêle très habilement et rend la confusion des genres très appréciable. Chauves-souris géantes, hommes-singes, robots, mutants,... le lecteur ne sait où donner de la tête ni ne sait ce que les prochaines pages réserveront comme nouvelles rencontres. Concernant l'édition offerte par Glénat, les habitués de la collection vintage ne seront pas surpris de retrouver les caractéristiques propres au label : une couverture cartonnée fine et souple, comme celle d'Ashita no Joe, et un habillage noire aussi sobre que peu engageant.

Alors que son autre série fleuve connait quelques déboires, nous ne pouvons que souhaiter bon courage à Ryu dans son voyage en espérant que de nombreux lecteurs le suivront dans ce monde hostile et primitif qui pourrait bien être le notre dans quelques siècles ou millénaires. Shotaro Ishnimori prouve encore une fois ici son talent de conteur d'histoire exceptionnel, et on le suit sans trop de difficultés, malgré des canevas scénaristiques et des morales nous paraissant aujourd'hui très classiques. Mais après tout, c'est là toute la marque des grands maitres de poser les bases fondatrices pour les générations futures ! De par sa lisibilité, son message explicite et sa taille relativement réduite, Le Voyage de Ryu constitue sans doute à ce jour le titre le plus accessible de la collection Vintage. Avis à tous ceux qui hésiteraient à franchir le pas vers ces titres incontournables !
"Ah.. je suis en train.... de tomber en morceaux..."
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Koiwai
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Re: Le Voyage de Ryu

Message non lu par Koiwai » 23 févr. 2011, 22:46

Un premier tome sympathique, mais qui accuse un peu son âge si l'on prend en compte la banalité de la plupart des évènements et du message par rapport à ce qui se fait aujourd'hui, banalité qui était plutôt une véritable source d'originalité à l'époque de la sortie du manga au Japon. Pour apprécier la lecture, il faudra donc la remettre dans son contexte, sinon, les rebondissements très nombreux, l'originalité de la partie science-fiction avec ces cyborgs et ces hommes dégénérés suite à la guerre nucléaire, et le message intrinsèque sur le genre humain risquent bien de laisser indifférent.

De mon côté, si j'ai apprécié tout le background créé par Ishinomori dès ce premier pavé (même si j'attends qu'il soit plus développé par la suite), je regrette fortement mon incapacité à m'attacher aux personnages et au côté vieillot de leur développement, sans parler du côté prévisible de certains évènements, comme [spoiler]la folie qui s'empare de Maria[/spoiler], tout aussi bon soit un évènement de ce genre pour l'analyse des réactions humaines face à ce genre de situation.

Visuellement, ça a très bien vieilli. Le design des personnages, très old school, possède néanmoins une certaine modernité dans son dynamisme et son expressivité (par exemple, ça a beaucoup mieux vieilli qu'un Kamui-den sur ce point... faut d'ailleurs que je me motive pour finir de lire le tome 1 ^^""). Et les décors faits de bâtiments futuristes abandonnés à une nature sauvage sont d'une densité et d'une beauté indéniables.

Bref, pour moi une bonne lecture qui accuse un peu son âge au point de paraître banale. Mais un titre à découvrir avec curiosité, tant on peut retrouver nombre de ses thèmes éparpillés dans une multitude de manga aujourd'hui, si bien que l'on devine que ce manga a très bien pu inspirer nombre de mangakas (par exemple, pour faire une comparaison avec un manga que j'ai commencé il y a peu, l'histoire de base de Ryu m'a rappelé celle de 7 Seeds).
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shun
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Re: Le Voyage de Ryu

Message non lu par shun » 01 sept. 2011, 19:56

après 3 très bon tome, j'avoue avoir été très déçu par ce 4 èm tome, ce dernier marque un 2 èm chapitre qui ne me plait pas du tout. j'attendais vraiment autre chose pour cette 2 èm partie, surtout après qu'on ai dit que c'était le sauveur.
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VpourViennetta
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Re: Le Voyage de Ryu

Message non lu par VpourViennetta » 06 nov. 2011, 16:28

Fin du Voyage, tout le monde descend… en tombant de haut. :( M. Ishinomori, je vais vous casser les genoux, mais vous m'avez brisé le cœur. :)

En voilà une cruelle déception ! Certes, Le voyage de Ryu est l'un des travaux les plus aboutis de l'auteur graphiquement parlant. Le thème et le développement de l'histoire sont ambitieux. Mieux encore, la première moitié est une réussite que l'on prend beaucoup de plaisir à lire (et à relire). Mais d'où sort cette deuxième partie ?
Les choses commençaient à se gâter au précédent tome (le 4), mais il y a réellement de quoi sortir abasourdi par la médiocrité du dernier volume et surtout de sa fin, qui non seulement laisse le lecteur sur sa faim, mais qui en plus s'avère d'une grande pauvreté narrative.
Faiblesse la plus représentative, la conclusion. Elle pourrait presque se résumer à une succession de plans panoramiques de décors agrémentés de quelques bulles de texte moraliste et pseudo-philosophique tout droit sorti de « Sartre pour les nuls ». Cette fin rappelle celles du film et de la série Evangelion, mais en version nanar.
Cerise sur le gâteau, Ishinomori pousse l'expérimentation graphique à son paroxysme en retournant alternativement des cases (le texte des bulles avec). Si ce procédé prend sens pour illustrer la notion d'alter ego, une planche aurait pu suffire. Ratage complet sur ce point. N'est pas Tezuka qui veut.

En résumé, Le Voyage de Ryu n'est pas l’œuvre qui justifiera le titre de « roi du manga » associé à l'auteur. C'est d'autant plus dommage qu'on pensait la tenir au regard des deux, trois premiers volumes.

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Raimaru
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Re: Le Voyage de Ryu

Message non lu par Raimaru » 13 déc. 2011, 20:45

Tome 2

Après avoir rencontré God, seul humain adulte en possession de la mentalité des humains de jadis, et après l’avoir suivi jusqu’à son village, Ryû peut enfin trouver quelques semblables dans ce monde si hostile. Il vit quelques temps parmi eux et ne perd pas l’espoir de récréer une société humaine civilisée. Malheureusement, tous les jeunes adultes du village sont soudainement appelés par télépathie dans un lieu étrange pour être dévorés par une race inconnue mais visiblement intelligente. Seuls les enfants et les vieillards n’ont pas été appelés. Ryû, God, Maria, Kiki, Jimmy, et Cyclope le mutant emmènent alors les enfants loin de cette terre où, vraisemblablement, ils seront appelés à leur tour pour subir le même sort. C’est l’occasion pour notre héros de sillonner le Japon à la recherche d’une population humaine. C’est le début du voyage de Ryû.

Si vous êtes cinéphile, vous aurez sans doute remarqué une allusion au film La Machine à Explorer le Temps de G. Pal, lui-même issu du roman de H. G. Wells. Il était question, dans le film, des morlocks, une race humanoïde qui appelaient des humains dans leur antre pour les dévorer. Le contexte du premier tome n’était pas non plus sans rappeler la Planète des Singes. Plus tard dans le volume, un robot-vaisseau ressemble à s’y méprendre aux vaisseaux extra-terrestres du la Guerre des Mondes de B.Haskin, lui aussi étant l’adaptation d’un roman de Wells. Voici le type de fiction qui inspire Ishinomori pour son manga, cela à aide à se faire une idée des thématiques traitées. Est-ce pour autant un simple recopiage ? Assurément non.

Ce deuxième tome marque le début de la thématique du voyage à proprement parlé. Aussi, Ryû et sa bande passeront de décors en décors, notamment la jungle, le désert, les rocheuses et la cité futuriste, affrontant à chaque fois des dangers plus grands les uns que les autres. Grâce aux décors magnifiques et saisissants de l’auteur, très souvent affichés sur des pages doubles, le lecteur entre de plain-pied dans un univers cruel mais intriguant.

Quant à l’intrigue en elle-même, elle est passionnante. Les personnages gagnent en consistance. À l’instar des bêtes qu’ils côtoient, ils fonctionnent par leur désir le plus primaire. Le leur, c’est de créer un monde où les humains vivent en sécurité. Pour cela, ils subissent des revers tous plus durs les uns que les autres, et les pertes du groupe sont nombreuses, presque banales tellement la mort frappe sans prévenir. D’ailleurs, Ishinomori ne nous épargnent par des scènes très crues. Même si, il faut l’avouer, dans la seconde partie du tome, les héros obtiennent des victoires totalement improbables, qui relèvent de l’infaisable, la mise en scène fait illusion. Notamment la scène de fin de ce volume.

Le Voyage de Ryû continue son petit bonhomme de chemin et s’avère être une lecture passionnante, et même plus. Par le biais de ce manga, l’auteur amène à bien des reprises à réfléchir sur les actes présents de l’homme et leurs conséquences dans l’avenir. Une lecture dense, à l’ambiance pesante et aux enjeux grands, telles sont les caractéristiques de cette œuvre. Pour l’instant, le contrat est rempli.

Tome 3

Après l’échec de la tentative de prise de contrôle de la cité des robots, l’équipe de Ryû continue son chemin, et découvre une fois de plus à quel point l’être humain est tombé bas par rapport aux autres formes de vie. Ils continuent leur voyage et arrivent à une nouvelle ville surplombée d’un phare, qui a l’apparence d’une cité médiévale européenne. Dans cette cité, les êtres humains « normaux » rejettent les mutants dont ils accouchent et les délaissent à l’extérieur. Lorsqu’ils deviennent adultes, ils les capturent et les torturent. Par erreur, la bande de Ryû s’est fait capturer par ces humains. Aidé d’un mutant nommé Condor, Ryû doit les libérer.

Dans un premier temps, le lecteur assiste à une phase d’infiltration somme toute classique, mais qui fait son petit effet. Ishinomori arrive à instaurer un petit suspense, et comme le manga s’est montré assez dur visuellement jusqu’à maintenant, ce suspense fonctionne parfaitement. D’ailleurs, il est bon de noter qu’à cette époque, les codes du shônen que l’ont connait actuellement – car le Voyage de Ryû a été publié dans le Shônen Magazine - n’existaient pas tels quels, on peut le voir ici. Ryû et sa bande n’hésitent pas à éliminer froidement des adversaires tout aussi froids. Mais surtout, Ishinimori nous raconte un avenir sombre de l’histoire de l’humanité. Il pourrait utiliser une vision simple, or il n’hésite à avancer des éléments scientifiques, historiques, et théologiques. C’est étonnamment vraisemblable pour ce qui ne devrait être, finalement, qu’un divertissement pour adolescents.

Alors que la première moitié du tome adopte une intrigue plutôt basique, la seconde moitié fait grandement évoluer les choses, pour le plus grand bonheur du lecteur. À l’instar de la fin du tome un, on en apprend plus sur cet univers complètement chamboulé qu’est devenu la Terre, et les cartes sont à présent redistribuées.

Une fois encore, on est surpris par l’ambition à laquelle prétend le Voyage de Ryû. A peu près tout est logique et réfléchi dans cet univers, et c’est évidemment une grande qualité. On est en droit d’être conquis une fois de plus à la lecture de troisième tome, qui marque la fin du « livre premier ». Qu’en sera-t-il de la suite ?
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