Le Maître des Livres

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Koiwai
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Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 28 août 2014, 12:43

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La fiche sur le site


Tome 1 :

Un soir, en sortant d'une soirée arrosée, le dénommé Miyamoto, endetté et mal en point côté travail, pense aller décuver seul dans la nuit, mais se retrouve face à une bibliothèque, la Rose Trémière, encore éclairée alors qu'il est déjà tard. Intrigué, il décide d'y pénétrer, alors qu'il s'agit d'une bibliothèque pour enfants et qu'il n'a pas lu un livre depuis bien longtemps. Mais à peine est-il entré qu'il se fait quasiment agresser par le bibliothécaire, d'un naturel assez franc et qui ne mâche pas ses mots en lui reprochant de puer l'alcool ! La première impression de Miyamoto est hautement désagréable. Pourquoi, au juste, est-il entré ici, alors qu'il se fiche royalement des livres et a bien d'autres soucis ? Le jeune homme pense qu'il ferait mieux de partir... Il a tort. Quand le bibliothécaire lui met sous le nez un livre, un récit pour enfants japonais, la lecture de l'ouvrage lui rappelle des souvenirs, mais aussi ce qu'il s'était promis de devenir dans la vie : un adulte respectable et responsable. Cette lecture lui fait ouvrir les yeux, et provoque en lui la naissance d'un goût prononcé pour les livres, à tel point qu'il ne peut que remercier le bibliothécaire. Ce bibliothécaire, il se nomme Mikoshiba, et Miyamoto est loin d'être la seule personne dont il changera la vie par la force de la lecture.

Soucieuses de nous proposer des séries très différentes les unes des autres et souvent assez uniques, les éditions Komikku nous amènent cette fois-ci un manga qui ne ressemble clairement à aucun autre. Toute première série d'Umiharu Shinohara, en cours depuis 2011 au Japon, Le Maître des Livres prend le parti d'offrir de courts récits voyant le dénommé Mikoshiba conseiller des livres à ses clients afin de réveiller ce qu'ils ont en eux ou de leur faire prendre conscience de leurs erreurs, tout en mettant en valeur la beauté des différentes histoires, toutes issues de la littérature jeunesse au sens large du terme.

De base, le concept pourrait menacer de rapidement devenir redondant. Pourtant, à la lecture, ce préjugé s'estompe très vite : les petites histoires, qui s'étalent généralement sur un seul ou deux chapitre, sont dans le fond très classiques et se basent quasiment toujours sur le même schéma, mais l'auteur sait constamment enrichir son background, par petite doses, en mettant en place toute un palette de personnages récurrents qui se dévoilent petit à petit, au fil des différents récits. Il y a donc un réel fil rouge, que l'on prend plaisir à voir se peaufiner.
Ainsi, Miyamoto, premier personnage auquel Mikoshiba communique le goût pour les livres, devient ensuite un protagoniste récurrent. D'homme perdu dans la vie et n'ayant aucun goût pour les livres, il devient au fil des chapitres un élément essentiel, squattant souvent la bibliothèque, puis devenant même l'un des principaux membres l'animant. Il se redécouvre une passion, qu'à son tour il n'hésite pas à faire passer, notamment en se liant à Léo, un jeune gamin à la mère trop possessive.
Miyamoto est loin d'être le seul dans ce cas, et, à vrai dire, les différentes personnes que Mikoshiba conseille semblent destinées à revenir régulièrement pour se révéler toujours plus. Ici, la mère possessive et ultra-protectrice du petit Léo apprendra à changer de comportement en découvrant le récit de Nils Holgersson. Là, un gosse turbulent et irrespectueux se découvre un intérêt pour les livres après avoir lu le récit d'aventures de L'île au trésor. Et tous, par la suite, reviennent : on découvre un maman assagie, on retrouve un gamin plus respectueux et soucieux... Leur développement reste classique, mais les retrouver de manière récurrente est un plaisir.

Les personnages travaillant dans la bibliothèque ne sont pas en reste, à commencer par Mikoshiba, notre personnage principal, qui vaut la lecture à lui tout seul. Avec ses binocles, sa coiffure en champignon et sa mine austère, il n'attire pas forcément la sympathie, d'autant qu'il possède un caractère bien trempé qui aboutit souvent sur des réparties très cinglantes tout bonnement délicieuses et sur un franc-parler qui peut autant mettre mal à l'aise que faire prendre conscience de certaines choses aux autres. Pourtant, sous ses abords peu engageants, le jeune homme montre envers ses clients un altruisme bien caché, qui s'exprime à travers des conseils de lecture presque toujours pertinents. Passionné par son travail, véritable amoureux des livres, il évite les aspects "m'as-tu-vu" que l'on retrouve souvent dans les héros de ce genre de série, et finit également par se dévoiler petit à petit, au fil de passages revenant sur son enfance, sur la naissance de sa passion pour les livres, sur la rencontre avec un vieux bibliothécaire qui est à l'origine de son envie de devenir lui-même bibliothécaire, ou sur la naissance de la bibliothèque de la Rose Trémière.
Les deux autres libraires, deux jeunes femmes assez différentes, sont pour l'instant moins mises en avant, mais dégagent déjà un certain potentiel lors des passages où elles sont réellement actives. Une chose est sûre : elles entretiennent elles aussi l'ambiance de la série, entre découvertes des classiques de la littérature jeunesse, humour et passion communicative pour les livres.

Cette passion se ressent à quasiment chaque page, et prend des formes différentes et toutes subtiles. Les classiques de la littérature jeunesse sont variés, allant de L'île au trésor à Nils Holgersson en passant par la nouvelle d'Oscar Wilde Le Prince Heureux ou par des oeuvres nippones méconnues chez nous. Récits d'aventure, livres initiatiques, contes... tous les genres y passent, et sont autant de témoins de la diversité et de l'imaginaire sans limite que peuvent avoir les livres jeunesse. De ce fait, ceux-ci ne se limitent pas un une cible jeune, et c'est également l'un des nombreux messages de la série : ils ont beau être catalogués "jeunesse", ces ouvrages peuvent s'adresser à tous les publics, car tous peuvent y trouver quelque chose à même de les toucher.

De façon générale, Umiharu Shinohara, loin de se limiter à la simple découverte ou redécouverte de grandes oeuvres classiques, développe toute une conception de ce que peut être le monde des livres, infiniment riche. La manière différente dont chacun peut percevoir une même histoire, l'universalité de la lecture, le charme des bonnes vieilles bibliothèque au plancher craquant, à la légère odeur de moisissure et où des liens étroits peuvent se créer, mais aussi la passion de bibliothécaires livrant jour après jour leurs conseils.

Tout ceci est bien servi par des dessins classiques mais efficaces, expressifs et bien mis en avant par une narration assez posée, tantôt drôle et légère tantôt plus introspective.

Sur son premier volume, Le Maître des Livres séduit beaucoup de par ses richesses insoupçonnées. L'oeuvre est autant une invitation à découvrir ou redécouvrir des classiques de la littérature jeunesse, qu'une incursion dans le monde des livres, et qu'une tranche de vie portée par des personnages plutôt hauts en couleur, dont on prend plaisir à découvrir peu à peu les différentes facette. Le tout nous rappelle à quel point les livres peuvent changer nos vies, et nous offre une belle ode à celles et ceux qui en transmettent le goût avec passion.

L'édition de Komikku est impeccable. La couverture aux effets vernis attire l'oeil tout en restant classieuse, le papier et l'impression sont très bons, la traduction est fluide et vivante, et les notes de lecture en fin de tome, classées alphabétiquement, apporte efficacement quelques précisions sur des termes littéraires, des livres et des auteurs... tout en nous invitant à approfondir le sujet par nous-mêmes.
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 22 oct. 2014, 14:08

Tome 2 :

Après un premier volume d'excellente facture, Le Maître des Livres a le bon goût d'éviter un schéma trop répétitif, en approfondissant un peu plus sa palette grandissante de personnages.

Bien sûr, les mises en avant d'ouvrages de la littérature jeunesse sont toujours au rendez-vous : Les Quatre Fille du Dr March, Anne aux pignons verts, Le Navet géant, Alice au Pays des Merveilles... Qu'ils soient occidentaux ou orientaux comme ce récit méconnu de Kenji Miyazawa, juste évoqués ou abordés en profondeur via des mises en avant de leurs thèmes, les différents livres ont tous pour point commun d'avoir un aperçu suffisamment bon pour donner envie de les découvrir ou de les redécouvrir, Umiharu Shinohara offrant aussi quelques jolies variantes, notamment quand il évoque le magazine mensuel de prépublication Le Club des Adolescents, ou quand il aborde la conception d'un album et la lecture à voix haute pour les enfants .

Cela dit, une plus belle part est laissée aux protagonistes. L'entourage de Mikoshiba s'enrichit encore avec l'arrivée d'un libraire et surtout de son jeune disciple, un apprenti auteur qui voit d'un mauvais oeil la bibliothèque ! C'est l'occasion d'effectuer un parallèle entre librairie et bibliothèque, et de mettre en valeur le lien indispensable qui existe entre ces deux lieux emblématiques pour tout lecteur. Puis la suite nous offre quelques approfondissements : les petits tourments sentimentaux de Mizuho, le vrai bon fond de Mr Miyazaki, la situation familiale du petit Léo ou de la franche Kayo, et l'arrivée en fin de tome d'un focus dévoilant une facette inconnue de Mikoshiba lui-même. Le tout, bien sûr, étant en lien étroit avec les livres, avec des lectures d'aujourd'hui ou des souvenirs de lectures passées.

Et le résultat est toujours aussi séduisant ! Umiharu Shinohara exploite très bien son sujet, expose avec charme les différentes facettes des livres, de ceux (conseillers, vendeurs, lecteurs...) qui en font un objet indispensable de notre vie, et de cette bibliothèque en tant que véritable lieu de rencontres, de découvertes et d'épanouissement.
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 13 janv. 2015, 16:46

Tome 3 :

Lieu de vie où s'entrecroisent de nombreuses personnes, la bibliothèque pour enfants de la Rose Trémière voit encore débarquer de nouvelles têtes, à commencer par Chris, jeune enfant américain tout juste arrivé au Japon avec sa famille, et qui se montre plutôt turbulent avec tout le monde... et surtout avec Shôta ! Pourquoi un tel comportement ? On comprend très vite que la barrière de la langue est un important obstacle pour cet enfant, qui se retrouve désormais dans un pas où il ne comprend personne. Mais qui sait, peut-être que face à lui, le bon fond du caractériel Shôta pourrait se révéler, et que les deux enfants pourraient apprendre à s'apprécier grâce aux livres...
L'arrivée de Chris soulève de très belle manière les problèmes de communication entre personnes parlant des langues différentes. Au-delà des rixes entre Chris et Shôta qui animent beaucoup les pages et amusent assez, on découvre avec une certaine tendresse le mal-être de l'enfant américain ainsi que les interrogations de Shôta à son sujet. Le prétexte est parfait pour évoquer les livres en versions originales et en langues étrangères, ainsi que l'importance des traduction qui, forcément, dévient toujours un peu des textes de l'auteur original. Le pouvoir de ces écrits reste néanmoins le même, quelle que soit leur langue : une universalité capable d'être comprise par tous et de rapprocher deux enfants comme Chris et Shôta. Le tout, avec un livre parfaitement de circonstance (le "Livre d'images sans images" d'Andersen), et avec une jolie petite surprise finale sur Chris !

Mais au-delà de ce nouveau personnage attachant et haut en couleur qu'est Chris, ce troisième volume est avant tout placé sous le signe de l'approfondissement des protagonistes déjà en place, à commencer par Katsura Tsukui, la soeur de Mikoshiba apparue à la fin du tome 2. Après un début de volume mettant en avant l'animation autour des livres pour enfants via sa camarade de classe Minami Morishita, un peu plus loin nous revenons sur cette adolescente en apparence froide, mais qui cache en réalité tout autre chose... Avec son arrivée, c'est une nouvelle facette de Mikoshiba que nous découvrons : sa relation avec cette soeur longtemps éloignée de lui, leur délicate et touchante enfance commune, leur situation familiale difficile à gérer... Il ressort de ce focus une admiration encore grandie pour Mikoshiba qui a suivi de lui-même la voie qu'il souhaitait, ainsi qu'un certain attachement pour Katsura, jeune fille plus tourmentée qu'il n'y paraît. En toile de fond, bien sûr, la littérature jeunesse est toujours là, et aucun autre contre que Hansel et Gretel ne semblait plus approprié pour présenter la relation des principaux concernés.

C'est ensuite Isaki qui revient sur le devant de la scène ! A travers des retrouvailles qu'il n'attendait pas, Umiharu Shinohara développe une facette du passé du jeune librairie, permettant au passage de mieux cerner ce qui a construit son envie de faire des livres d'images. Après le travail de bibliothécaire et de libraire, c'est ici l'occasion de se focaliser un peu sur le travail d'auteur, notamment en évoquant certaines raisons nobles faisant que l'on souhaite devenir auteur, ou en abordant brièvement l'impact que peut avoir la critique.

Enfin, à travers Kayô, la fin de tome pose la question des compétences requises dans un domaine aussi spécialisé que les bibliothèques, et en profite pour mettre en place de futurs approfondissements sur l'énergique assistante bibliothécaire... ce qui promet déjà du très bon pour la suite !

Résulte de tout cela un volume particulièrement excellent, car il approfondit très joliment de nombreux personnages à travers la lecture, et continue de développer de nombreux aspects liés aux livres avec un profond attachement et sans aucune lourdeur. Portée par des personnages auxquels on s'attache toujours plus, la lecture, chaleureuse, développe à merveille son univers et devient de plus en plus addictive... C'est brillant !
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 04 juin 2015, 17:02

Tome 4 :

Après la fin du récit nous permettant d'en apprendre un peu plus sur Kayo, ce quatrième volume nous offre trois autres bref passages où nous retrouvons des têtes déjà bien connues, comme Shôta, Mana et Chris, où Morishita en fin de tome. Mais un nouveau venu, Sanô, fera aussi son apparition. Dans tous les cas, la bibliothèque de la Rose Trémière devient une nouvelle fois le théâtre de nombreux échanges pour notre sympathique palette de personnages. Entre autres, le trio Chris/Mana/Shôta se renforcera joliment et non sans humour à travers la découverte de la véritable histoire de la Petite Sirène, qui permet notamment d'évoquer le sujet des réécritures plus ou moins fidèles de contes à l'origine très durs. Quant à Morishita, elle aura fort à faire pour transmettre sa passion aux autres filles de son club, mais un passage à la bibliothèque pourrait bien l'aider.

Cela dit, le principal événement de ce tome s'étire sur pas moins de 5 chapitres et plus de 100 pages, et nous offre un approfondissement tant attendu sur Miyamoto. Alors que certains s'inquiètent de ne plus le croiser à la bibliothèque depuis un moment (en tête notre chère Kanda, évidemment, dont nous découvrons également certains aspects dont la façon dont elle a été embauchée à la bibliothèque), le jeune homme semble être en plein tourment, cherchant à faire le point sur sa vie et son avenir, notamment sur le plan familial. Que doit-il faire ? Il a beau travailler, à quoi cela le mène-t-il ? Et pourquoi lit-il tant de livres jeunesse ? C'est à travers une lecture poussée du Petit Prince qu'il risque fort d'ouvrir les yeux.
Umiharu Shinohara nous livre un focus sur l'oeuvre emblématique de Saint-Exupéry qui s'avère aussi juste que touchant, et qui est sans nul doute le focus le plus abouti de la série à ce jour. Car en plus de parfaitement mettre en valeur la double-lecture de cette oeuvre qui est bien plus qu'un livre jeunesse banal et peut revêtir un tout autre sens avec des yeux d'adulte, on ressent parfaitement tout l'impact que la lecture a sur Miyamoto via un habile parallèle. Au bout du compte, le jeune homme ne pourra que constater qu'il a avancé bien plus qu'il ne le pensait, et que la bibliothèque a étonnamment beaucoup élargi son monde qu'il pensait restreint, sans même s'en rendre compte.
En somme, c'est un excellent bilan que Miyamoto peut se faire, l'auteur en profitant également pour aborder des question en apparence si simples et pourtant si essentielles. Pourquoi lit-on ? A cette question, chacun aura sa propre réponse, et celles évoquées ici sont riches de sens.

Chacun a sa manière d'aborder les livres. Certains en font leur travail car c'est leur raison de vivre, comme Mikoshiba, ou en y arrivant par hasard mais en s'y forgeant peu à peu, tels Kayo et Kanda. D'autres, sans en faire leur emploi, lisent par simple divertissement, dans l'espoir de retrouver certains souvenirs, ou dans l'optique d'y trouver de quoi faire un point sur leur vie comme le fait Miyamoto. Les livres peuvent avoir d'infinies richesses, il peut y avoir autant de manières de les aborder que de personnes sur terre, et le mangaka s'applique toujours aussi bien à retranscrire tout cela. La bibliothèque de la Rose Trémière, elle, reste le théâtre de rencontres, de retrouvailles, de découvertes, voire de petites disputes que l'on prend plaisir à suivre. Et le résultat global est à nouveau brillant dans sa mise en valeur de la littérature et de ce qui l'entoure.

Le Maître des Livres est une oeuvre toujours aussi riche et habile, indispensable pour quiconque aime les livres ou aimerait les découvrir plus en profondeur.
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 31 août 2015, 17:55

Tome 5 :

La bibliothèque de la Rose Trémière, lieu de rencontres, est à nouveau le théâtre de divers rebondissements !
Alors que Léo Yoshikawa vient apprendre à Mikoshiba et aux autres qu'il sera bientôt grand frère, l'heureuse nouvelle est entendue par Risa, la fille de Kaneko, qui souhaite alors elle aussi avoir un petit frère ou une petite soeur... et décide de se mettre en quête de son papa pour ça ! Ce début de volume est ainsi l'occasion de suivre la petite aventure de cette adorable fillette, bientôt épaulée par Isaki, et pendant que sa mère s'inquiète pour elle. Habituellement si calme et réserve, la petite Risa nous offrira ici un moment attendrissant et amusant, dont elle ressortira quelque peu grandie, vivant sa première sortie seule, se faisant un compagnon de voyage, et tirant des leçons de l'échec de sa quête... comme dans un bon roman d'aventure. C'est aussi l'occasion de mieux souligner et renforcer le lien entre la fillette et s amère qui la fait si souvent attendre, pour un résultat qui ne fait que peaufiner encore plus les personnages.
Le chapitre suivant, lui, voit Kanda confrontée à une demande atypique tandis que Mikoshiba est absent car malade. Souhaitant retrouver un livre demandé par une dame âgée, la jolie blonde voit ses recherches rester infructueuses... Ce livre, soit disant écrit par son défunt mari, existe-t-il réellement ? Quelle réponse devra-t-elle apporter à la cliente pour ne pas la brusquer , En l'absence de Mikoshiba, on apprécie de voir Kanda s'affirmer un peu plus dans ce problème qu'elle devra régler à sa manière... Après tout, les demandes impossibles font aussi partie du travail de bibliothécaire.

C'est néanmoins la suite du tome qui est la plus intéressante, car elle s'intéresse de plus près aux deux principales figures de la Rose Trémière : sa patronne Madame Aoi, et ce cher Mikoshiba.
Au fil de trois chapitres, nous découvrons une facette de la jeunesse de la patronne, alors jolie et très studieuse lycéenne décidée à poursuivre ses études, quitte à s'opposer à son oncle voulant lui trouver un mari. Umiharu Shinohara nous offre une vision intéressante de l'époque d'après-guerre, entre les débuts de l'émancipation féminine au Japon, l'opposition aux anciennes traditions véhiculées notamment par l'oncle et par une connaissance d'Aoi, et les manifestations estudiantines de l'époque. On découvre une Aoi dans le doute, tandis que l'on voit naître son intérêt pour les romans jeunesse à travers une habile exploitation du roman "Deux ans de vacances" de Jules Verne et de ses principaux personnages.
Quant aux deux derniers chapitres, ils entament un focus sur une facette du passé de Mikoshiba, via l'apparition d'un ancien camarade de fac qui va le confronter à ses choix... Il faudra toutefois attendre le prochain volume pour découvrir la suite de cet événement. En attendant, ce cinquième volume est à nouveau très plaisant, car le mangaka y essaie de nouvelles choses et y trouve un certain équilibre entre le petit approfondissement des personnages, le travail de bibliothécaire et l'évocation de classiques de la littérature jeunesse.
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 15 avr. 2016, 09:58

Tome 6 :

Takehana, ancien camarade de promotion de Mikoshiba, est apparu dans la Bibliothèque de la Rose Trémière en accusant le bibliothécaire à tête de champignon de "traître"... Mais pour quelle raison ? Pour cela, il faudra tenter d'en apprendre plus sur le parcours de ces deux-là aux côtés de leur enseignant commun, dans une première partie de tome qui conclut joliment ce qui fut commencé dans le volume précédent. L'opposition entre Takehana et Mikoshiba apporte deux visions intéressantes, amène à s'intéresser à chacun des deux personnages, et laisse entrevoir en partie la façon dont Mikoshiba a été recruté par Kotegawa, tout en offrant tout au long des pages une excellente mise en avant de l'écrivain jeunesse Mimei Ogawa.

La suite repart sur des récits un peu plus courts faisant un ou deux chapitres.
Ici, la petite Nagisa Kishio, camarade de Mana et Shôta regrettant d'être nulle en cuisine, aura droit à une jolie leçon grâce à la bibliothèque et à un passage du livre Les Quatre Filles du Dr March d'Alcott, leçon qui aura une incidence sur sa relation avec sa mère.
Là, nous découvrons Toride, éditeur apathique muté dans le secteur jeunesse qu'il connaît mal, ayant une relation délicate avec sa fille Seira, et ayant rejeté le projet d'un jeune garçon que l'on ne connaît que trop bien ! Mais son passage à la bibliothèque pourrait bien lui ouvrir les yeux sur certaines choses.
Quant à la fin du tome, elle entame un nouveau récit en s'intéressant au club lycéen de Morishita. Tout en nous offrant un focus sur la véritable histoire de Pinocchio, Umiharu Shinohara se focalise sur la dénommée Nishino et nous permet également de cerner encore un peu mieux Tsukui, la soeur de Mikoshiba désormais à la fac.

Le point commun de ces différents récits : les qualités habituelles de l'oeuvre. L'auteur offre des focus intéressants sur des oeuvres de littérature jeunesse, mais pas seulement, car il propose des récits variés où s'entrecroisent des personnages bien différents, et poursuit habilement l'évolution de certains d'entre eux comme Isaki ou Tsukui. La Bibliothèque de la Rose Trémière nous apparaît alors, encore et toujours, comme un grand lieu de vie, de rencontres, où les lectures peuvent parfois changer doucement ou en profondeur la vie des gens.
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Re: Le Maître des Livres

Message non lu par Koiwai » 15 avr. 2016, 09:58

Tome 7 :

Le quotidien au sein de la bibliothèque "la rose trémière" se poursuit inlassablement, et nous en dévoile à nouveau un peu plus sur ses "pensionnaires". Après la fin réussie du récit sur le club de Morishita puis un court chapitre sympathique, on retrouve Miyamoto alors qu'il vient de faire la connaissance d'une jeune femme qu'il prend d'abord pour Mizuho Kanda, chose logique puisqu'elle est sa soeur et lui ressemble énormément... du moins physiquement. Car côté caractère, la dénommée Sanae est l'exacte opposée de sa paisible et timide petite soeur. Mais peut-être bien que, derrière sa facette délurée, Sanae cache quelques tourments liés à entre autres à son rôle de soeur...
Au fil de trois chapitres, Umiharu Shinohara dépeint une nouvelle facette de certains de ses personnages, en dévoilant une nouvelle facette jusque là inconnue de la calme Mizuho : sa grande soeur et la relation qu'elle entretient avec elle. En mettant face à face les deux jeunes femmes, l'auteur confronte leur ressenti, essentiellement à travers leur rapport aux livres. Mizuho a ainsi l'occasion de nous faire comprendre un peu mieux ce qui l'a poussée à travailler dans ce domaine, tandis que Sanae témoigne d'une incapacité à ses plonger dans les livres... Une chose qui, au sein de "la rose trémière", pourrait bien changer... et la changer. Ce rapport entre soeurs est subtilement évoqué via l'abord des contes où la figure de la grande soeur ou du grand frère est souvent celle du méchant... du moins est-ce la vision que l'on a, via les plus célèbres contes comme Cendrillon. Mais est-ce totalement le cas ? La réponse se dessine doucement, et tandis que l'abord de contes moins renommés comme "l'oie d'or" et les "trois oisillons" permet à Sanae de prendre conscience de certaines choses, Shinohara peut aborder nombre de détails passionnants : les changements des contes de tradition orale au fil de leurs réécritures, l'identification aux personnages... tout en affirmant encore un peu plus les sentiments de Mizuho et Miyamoto. Cette partie s'avère très réussie.

Et la suite n'est pas en reste en mettant en avant l'autre femme de la bibliothèque, Itaya, qui retrouve son ancien collègue Atô, et fait la connaissance du caporal Kazami, jeune homme en plein doute concernant sa situation. Le temps de deux chapitres, on retrouve avec plaisir Atô qui vient de nouveau dynamiser les pages aux côtés d'Itaya, tandis qu'on cerne avec intérêt les doutes du dénommé Kazami sur son avenir. Au programme, de nouvelles précisions intéressantes sur les choix d'Itaya d'avoir quitté les FJA et intégré la bibliothèque, et un focus sur le nouveau personnage qui permet de mettre en avant les récits jeunesse de Ryûnosuke Akutagawa (surtout "Le wagonnet"), de souligner l'importance des manuels scolaires comme transmetteur d'histoires, et de mettre à nouveau en avant la façon dont la littérature jeunesse peut aussi toucher les adultes.

Le dernier chapitre du tome, lui, ouvre une nouvelle partie qui s'annonce particulièrement intéressante dans le prochain tome, car elle promet d'évoquer plus en détails certains éléments concernant Mikoshiba, autour de sa soeur Tsukui, de sa famille, et de son histoire d'amour avec les livres... En attendant de découvrir plus profondément tout ça, Le maître des livres s'offre un septième volume tout aussi plaisant que ses prédécesseurs.
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