Arsène Lupin

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Koiwai
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Arsène Lupin

Message non lu par Koiwai » 12 nov. 2015, 09:17

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La fiche sur le site


Tome 1 :

En cette année 2015, les éditions Kurokawa aiment la littérature française ! Après l'excellente adaptation des Misérables par Takahiro Arai en début d'année, l'éditeur nous propose de découvrir l'adaptation manga d'un autre sommet de notre Histoire littéraire, mais dans un tout autre genre : Arsène Lupin, la saga de Maurice Leblanc née il y a tout juste 110 ans, et qui a fondé tout un sous-genre du récit policier en mettant en scène un gentleman cambrioleur devenu culte.
Aux dessins, on découvre Takashi Morita, mangaka qui n'en est pas à son coup d'essai sur Lupin : avant cette adaptation manga entamée en 2013 dans le magazine Gekkan Hero's de Shôgakukan, il en a dessiné une autre entre 2011 et 2013, qui a été stoppée après 5 volumes.

Dans cette seconde série, Morita adaptera les histoires de Lupin sortie dans le cadre de ce qu'il appelle la saga principale d'Arsène Lupin, ce qui visiblement devrait donc nous emmener des toutes premières aventures du célèbre voleur jusqu'au récit "Les Dents du Tigre", en passant notamment par les cultissimes "L'Aiguille Creuse" et "813". Chaque tome proposant une adaptation de l'une des histoires de Maurice Leblanc, il n'est aucunement nécessaire de connaître la première série manga (de toute façon inédite en France à ce jour) pour apprécier cette seconde série. Bien au contraire, puisque Morita, ici, repart en quelque sorte du début en proposant un récit qui s'avère parfait pour commencer. Et ce n'est pas l'un des romans qu'il a choisi d'adapter, mais "Le diadème de la Princesse de Lamballe", une pièce de théâtre écrite quand la saga de Maurice Leblanc commençait à rencontrer le succès.

Nous y plongeons aux côtés de personnalités gâtées par la société : Germaine Gournay-Martin, fille du richissime Gournay-Martin, va prochainement épouser le duc de Charmerace, son fiancé récemment revenu d'une expédition au Pôle Sud après 7 ans d'absence. La jeune demoiselle, qui n'a toujours connu que l'aisance, est on ne peut plus hautaine, et même désagréable avec ses (fausses) amies ou avec Sonia, sa demoiselle de compagnie. Et face à l'absence très longue de son fiancé, elle fut même tentée d'aller fricoter avec son cousin... Son père, quant à lui, est un nouveau bourgeois qui a pu s'enrichir en profitant de la révolution industrielle, et qui profite désormais de sa fortune pour agrandir constamment sa collection d'oeuvres d'art, notamment en peinture. Hélas pour lui, quelques années auparavant, il fut la victime du plus grand voleur du pays, échappant à la justice ou s'évadant depuis une dizaine d'années : le dénommé Arsène Lupin, qui lui a dérobé une bonne partie de sa collection !
Mais désormais, le duc est revenu, le mariage avec Germaine est en route... mais les choses commencent à basculer de nouveau quand, au château de Charmerace, arrive une lettre. Elle st signée Arsène Lupin, et elle prévient Mr Gournay-Martin qu'il reviendra bientôt dérober de nouvelles oeuvres d'art, à commencer par le diadème de la Princesse de Lamballe, le bien le plus précieux de millionnaire, qu'ils conserve précieusement dans un endroit secret, et que Lupin n'avait pu dérober quelques années auparavant...

S'il est facile de connaître les romans d'Arsène Lupin, il est sans doute moins aisé de connaître la pièce de théâtre inspirant l'histoire de ce premier tome. Rien que pour ça, la version manga vaut le coup, malgré le grand classicisme de ce récit. Mais qui dit classicisme ne dit pas forcément absence de qualité, et le scénario du "Diadème de la Princesse de Lamballe" était tout simplement parfait en guise de premier tome, car il profite très bien de son scénario simple pour présenter toutes les facettes qui ont fait d'Arsène Lupin un personnage fascinant ayant traversé les décennies en conservant sa popularité. Au fil de cette affaire de vol qui ne se veut pas surprenante, l'occasion nous est donnée d'apprécier tout l'intellect de Lupin, puisque nous voyons qu'il a pensé son plan de vol du diadème d'un bout à l'autre... et sur plusieurs années ! Et cet intellect ne serait rien sans la maestria de l'homme dans l'art du déguisement, son don pour manipuler à sa guise ses cibles afin de leur faire faire des erreurs, sa façon de s'entourer d'acolytes fiables, l'attirance qu'il exerce sur les femmes, son jeu d'acteur et son self-control quasiment parfaits face à l'ennemi... et son goût profond pour le danger, car prendrait-il autant de plaisir dans ses vols s'il ne s'amusait pas à titiller de très près ses adversaires ?
Mais Arsène Lupin, c'est également une certaine forme de justice, celle d'un homme ne volant que les plus riches et venant volontiers en aide aux plus démunis, à une époque où les inégalités sociales restaient fortes. L'homme est-il parfait ? Non, il lui arrive tout de même de faire des erreurs, le poussant ainsi à revoir ses plans dans l'urgence, notamment parce que l'une de ses plus grosses faiblesses réside justement dans les femmes qu'il attire à lui. A ce titre, dans ce premier tome un personnage cristallise parfaitement à la fois son désir d'aider les démunis et son attirance envers la gente féminine : la douce Sonia, jeune femme aussi charmante qu'attachante bien qu'elle soit un cliché du genre. Mais nous ne vous en dirons pas plus...
Enfin, si commencer le manga en adaptant cette pièce de théâtre est si intéressant, c'est également parce qu'elle offre une bonne vision du passé et de l'enfance de Lupin (venant expliquer en partie pourquoi il est devenu ce qu'il est), qu'elle voit la toute première apparition du personnage de Victoire qui sera ensuite récurrent dans d'autres romans de Lupin, et qu'elle propose de mettre en place de façon marquante l'éternel ennemi de Lupin : l'inspecteur de police Ganimard, poursuivant le cambrioleur depuis des années au point de désormais avoir qu'il faut toujours se méfier de lui, et possédant un flair et une expérience souvent susceptibles de mettre à mal les plans de notre héros... Son rôle ici est marquant grâce à ce flair, à son sens de la déduction, et à l'opposition finale riche en tension entre Lupin et lui !

Suivant de très près le scénario original, Takashi Morita en profite également pour couvrir brièvement d'autres récits importants pour bien poser le personnage et son entourage : le premier recueil de nouvelles d'"Arsène Lupin gentleman cambrioleur", et "La dame blonde", l'un des deux épisodes du livre "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès". Une construction maligne, qui permet notamment au mangaka d'évoquer les évasions passées de Lupin, et ses précédents différents avec Helrock Sholmès, personnage qui sera au coeur du deuxième tome du manga.

Pour parfaire son récit, Morita emballe le tout dans une narration d'orfèvre. La construction est impeccable, met tout en place d'excellente façon, déroule le scénario sans réel temps mort alors que le tome fait 250 pages assez bavardes... Le mangaka en profite aussi pour resituer clairement le contexte de la Belle-Epoque, cette période faste située entre la révolution industrielle et la première guerre mondiale. A ce titre, ses dessins délivrent un Paris de début de vingtième siècle tout à fait crédible, aux décors extérieurs et intérieurs soignés sans qu'il soit fait insistance dessus. Les traits épais des personnages, eux, pourraient rebuter un peu au départ en s'alignant légèrement des traits élancés que l'on prête généralement à Arsène Lupin, mais on s'y fait très vite tant l'ensemble profite d'une excellente expressivité pour faire ressortir le tempérament de chaque personnage : La prestance, l'amusement face au danger et le charisme de Lupin, l'expérience d'un Ganimard au visage très marqué, la douceur de Sonia, l'orgueil de la hautaine Germaine, le physique d'un Gournay-Martin que l'on adore voir se mettre dans tous ses états... Et puis, Morita n'oublie pas les symboliques Haut-de-forme et monocle de Lupin !

Sur l'adaptation d'un scénario certes classique et un peu facile sur sa fin, mais qu'il maîtrise de bout en bout, Takashi Morita entame de la meilleure des manières son manga, avec ce premier récit parfait pour tout mettre en place. L'excellente connaissance de la saga de Maurice Leblanc et la passion pour celle-ci se ressent totalement chez le mangaka, que ce soit dans sa préface, dans la façon de mener son récit, ou dans les nombreuses informations de sa postface... Que vous connaissez déjà les romans d'Arsène Lupin ou non, tout est là pour contribuer au plaisir de lecture. Y compris l'édition française, qui s'offre une bonne qualité d'impression, une traduction au poil, plusieurs notes de traduction bien utiles sur l'époque, et un prix de 7,65€ tout à fait honnête pour un pavé de 250 pages.
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Mon top lectures (hors nouvelles séries) de 2015 :
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Mon top nouvelles séries de 2015 :
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Koiwai
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Re: Arsène Lupin

Message non lu par Koiwai » 16 déc. 2015, 15:21

Tome 2 :

Brillant détective anglais, Herlock Sholmès est contacté par le baron parisien Victor d'Imblevalle pour une étrange affaire de vol : celle d'une lampe juive, où il a toujours eu l'habitude d'enfermer une précieux trésor dans une cachette que quasiment lui seul connaît. L'affaire l'intrigue quelque peu, mais sa motivation se voit surtout décuplée par une autre missive reçue en même temps. Celle-ci lui conseille de ne pas se mêler de cette affaire... et est signée Arsène Lupin ! En compagnie de son fidèle Wilson, Sholmès se met en route pour Paris, prêt à se confronter une nouvelle fois au célèbre cambrioleur...

Après avoir adapté d'excellente manière dans le tome 1 de son manga une pièce de théâtre assez méconnue d'Arsène Lupin, Takashi Morita s'attaque ici à "La Lampe Juive", deuxième et assez courte nouvelle du recueil "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès", et troisième confrontation entre les deux personnages après "Herlock Sholmès arrive trop tard" et "La dame blonde".

Même sans avoir lu les nouvelles d'origine, le nom de Herlock Sholmès vous dit quelque chose ? C'est normal : il s'agit bien sûr d'un hommage légèrement moqueur au célèbre Sherlock Holmes créé par Sir Arthur Conan Doyle. Et contrairement à l'histoire du tome 1 qui nous plongeait directement aux côtés de Lupin, la narration de ce deuxième récit se place du point de vue de Sholmès, dont l'on suit les investigations pour tenter de démêler le vrai du faux dans cette affaire. Pourquoi Lupin l'a-t-il contacté pour lui conseiller de ne pas s'en mêler ? Pourquoi reçoit-il, à son arrivée en Gare du Nord, le même conseil d'une jeune inconnue qui se révèlera être la gouvernante des d'Imblevalle ? Pourquoi seule la Lampe Juive a été volée, et de quelle manière ? Et quel est le rôle de Lupin dans tout ça ? Ces premières interrogations en appellent rapidement d'autres, au fil des avancées de Sholmès dans son enquête et des nouveaux événements a priori inexplicable qui arrivent ensuite : un nouveau vol, un étrange suicide...

La nouvelle d'origine étant assez courte, il faut avouer que de base elle s'avérait assez peu alambiquée dans l'enquête de Sholmès et qu'elle reposait surtout sur son assez étonnante conclusion. Dans la version manga, c'est exactement la même chose ! Mais la lecture reste vraiment plaisante car on y sent à nouveau toute la passion de Morita pour la saga créée par Maurice Leblanc. On y découvre (ou redécouvre) un Sholmès doté d'un esprit expérimenté et connaissant désormais les techniques d'Arsène Lupin puisqu'il s'est déjà frotté à lui par le passé, notamment dans l'affaire de "La dame blonde". Le détective anglais sait très bien que Lupin n'use pas de certaines ficelles grossière vues dans cette nouvelle affaire, et il lui faudra réellement trouver comment démêler ça... De son côté, concrètement ici Arsène Lupin apparaît assez peu de façon directe, mais ses apparitions les plus importantes sont dignes de lui : on y retrouve son goût du danger, ou encore son côté un peu théâtral, surtout pendant le passage sur la Seine. Quant à la dernière ligne droite, elle vaut surtout le coup pour la confrontation entre ces deux hommes, tous deux des génies dans des domaines opposés, mais se vouant malgré tout une sorte de respect. Les connaisseurs des romans pourront également s'amuser à dénicher les quelques clins d'oeil, comme la brève intervention de Dieuzy et Folenfant qui apparaissent dans d'autres histoires de Lupin.

Un élément qui pourrait gêner un petit peu certains lecteurs concerne le fait que "La Lampe Juive" ne soit pas la première confrontation entre les deux hommes, et de ce fait il est à quelques reprises fait mention de leur précédent affrontement, celui de "La dame blonde", que Morita semble avoir déjà traité dans son premier manga d'Arsène Lupin que nous n'avons pas eu en France. Heureusement, cette gêne n'est que très secondaire et n'empêche aucunement le récit de fonctionner comme il se doit tout au long de ses 240 pages.

Pour le reste, le rythme du récit est bien entretenu, et les dessins conservent leurs qualités dans leur expressivité et leur peinture de l'époque, même s'il faudra à nouveau s'habituer à certains choix comme les oreilles un peu pointues de Sholmès.

L'édition de Kurokawa reste vraiment très bonne, notamment pour sa traduction essayant d'offrir un langage à la fois vivant et un peu "d'époque" par certaines tournures. Attention toutefois aux quelques fautes d'inattention qui se sont glissées, à l'image, dans le dernier chapitre, d'un "mais amis" au lieu de "mes amis". Ce sont heureusement des erreurs très isolées.

Et la longue postface de Morita est à nouveau passionnante, le mangaka y exposant sa volonté de suivre un schéma en quelque sorte biographique d'Arsène Lupin en tentant d'offrir une chronologie à ses aventures, et expliquant les difficultés et petites incohérences qu'il rencontre en tentant d'établir cette chronologie ! Il n'est également pas avare en anecdotes, par exemple en expliquant le changement de nom de l'inspecteur Ganimard dans l'un des récits de Leblanc.

Le troisième rendez-vous avec cette plaisante adaptation manga est fixé par Kurokawa pour le mois de mars, et elle s'annonce très prometteuse puisque Morita y adaptera l'une des plus célèbres aventures de Lupin : L'aiguille creuse !
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Re: Arsène Lupin

Message non lu par Koiwai » 10 mars 2016, 23:08

Tome 3 :

Il s'agit sans doute de l'aventure d'Arsène Lupin la plus célèbre et la plus populaire : L'Aiguille Creuse a d'abord été publié sous forme de feuilleton dans le journal Je sais tout du 15 novembre 1908 au 15 mai 1909, avant d'être édité en juin 1909. Depuis, ce récit a fait le tour du monde, y compris du Japon.

L'action démarre sur la côté normande, près de Dieppe, et plus précisément à Ambrumésy. Au sein du château du Comte de Gesvres, bâti à côté des ruines d'une ancienne abbaye, la fille du Compte Suzanne, et sa nièce Raymonde de Saint-Véran, sont réveillées en pleine nuit par des bruits suspects. Elles ne tardent pas à se rendre compte que trois hommes sont en train de cambrioler la demeure, et constatent avec effroi que Daval, un serviteur, a été tué d'un coup de couteau en plein coeur. Dans sa rage, Mlle de Saint-Véran s'arme d'un fusil et tire sur le dernier voleur prenant la fuite et qui, bien que blessé, parvient à disparaître. Les hommes de la maison sont prêts à accueillir le criminel à toutes les sorties du domaine, tâche qui devrait s'annoncer d'autant plus facile qu'il est blessé. Pourtant, aucune trace de lui. Et ce mystère est loin d'être la seule étrangeté de cette sordide affaire qui ne fait que commencer, car il reste difficile de déterminer qui a tué le pauvre Daval, et absolument rien dans la demeure ne semble avoir été volé, alors que les deux demoiselles sont persuadées d'avoir vu les bandits emporter d'encombrantes charges. Le juge d'instruction Filleul a bien du mal à expliquer tous ces faits étranges, et l'Inspecteur Ganimard, faisant le voyage depuis Paris car il est persuadé d'y reconnaître la trace de son ennemi de toujours Arsène Lupin, n'y comprend pas grand chose non plus. La solution pourrait alors venir d'une aide aussi surprenante qu'inattendue : celle d'Isidore Beautrelet, jeune garçon de 17 ans, lycéen brillant en dernière année avant le baccalauréat, et adorant jouer les détectives amateurs à ses heures perdues. Très rapidement et à la stupéfaction de tous, l'adolescent déclare avoir déjà commencé à comprendre ce qu'il se trame et quelles sont les clés de ces énigmes. Mais il ne se doute aucunement que ses investigations vont le mener sur une affaire de plus en plus incroyables... et de plus en plus dangereuse, car menaces de mort et les cadavres finiront par se faire de plus en plus présents...

Si L'Aiguille Creuse s'est taillée une si solide popularité au fil des décennies, ce n'est pas pour rien. En effet, cette histoire est sans doute celle réunissant le plus d'éléments typiques de la saga Arsène Lupin. Des mystères insondables (une mort inexpliquée, un criminel qui disparaît mystérieusement sans laisser de traces, un vol où rien ne manque, un mystérieux parchemin codé), des dangers de plus en plus pressants, un parfum d'aventure emmenant le lecteur dans plusieurs villes de France, une jolie demoiselle mise en danger en la personne de Mlle de Saint-Véran, le retour des poursuivants emblématiques de Lupin que sont Ganimard et Herlock Sholmès, et même une plongée dans certains secrets de l'Histoire de France... Autant dire que tout est là pour entretenir un récit captivant. Mais il ne s'agit pourtant pas encore de la principale chose ayant fait la réputation du roman.

Cette réputation, elle provient essentiellement d'un personnage. Et il ne s'agit pas forcément de Lupin, en réalité peu présent dans cette aventure puisqu'il est simplement celui que l'on recherche et qui semble insaisissable jusqu'à un certain moment. Le véritable héros de l'histoire, celui que l'on suit au plus près, est bien le fameux Isidore Beautrelet, décrit comme un esprit brillant, génie de la rhétorique, à l'allure quelque peu efféminée, et dont les capacités sont d'autant plus étonnantes qu'il n'a que 17 ans. C'est précisément ce dernier point qui a marqué un grand nombre de lecteurs, car Beautrelet, avec Rouletabille (héros créé par Gaston Leroux en 1907 et dont Maurice Leblanc s'est visiblement inspiré), est probablement le premier grand détective non-adulte de la littérature populaire. Un élément qui a influencé nombre d'artistes par la suite, y compris au Japon si l'on en croit la postface de Takashi Morita, à nouveau riche, passionnante et excellente, où le mangaka explique notamment l'impact que Beautrelet et plus généralement la saga Lupin ont pu avoir sur des romanciers cultes comme Edogawa Ranpo et sur les mangas.

C'est donc aux côtés de ce jeune garçon que l'on assiste à une enquête dont les tenants et aboutissants, les énigmes et les révélations, se feront toujours plus captivantes tandis que le danger devient de plus en plus persistant. Suivre Beautrelet dans ses investigations, ses interrogations ses déductions, s'avère réellement palpitant sous la plume d'un mangaka qui amène chaque évolution avec une vraie passion. Il faut dire que le mangaka met les bouchées doubles dans sa mise en scène de Beautrelet, tant on sent, y compris dans sa postface, que ce jeune détective en herbe l'a captivé. A tel point qu'un seul tome n'était pas suffisant pour qu'il adapte tout le roman !

En effet, l'histoire de L'Aiguille Creuse n'est pas bouclée dans ce tome : elle le sera avec le quatrième volume, ce qui en fait pour l'instant l'adaptation la plus ambitieuse de Morita. Et les fans du roman constateront qu'avec ce pavé de 250 pages qu'est le volume 3, Takashi Morita n'adapte qu'un gros tiers du roman original ! Le mangaka a en effet choisi de s'attarder le plus possible sur la mise en avant de la figure d'Isidore, nouvelle preuve qu'il a décidément été très marqué par le personnage.

On note également que le mangaka a choisi le meilleur moment pour inclure L'Aiguille Creuse dans sa série. Il déclare dans sa préface qu'il pense que les récits des deux premiers tomes, à savoir La Lampe Juive et Le Diadème de la Princesse de Lamballe, étaient nécessaires pour apprécier au mieux L'Aiguille Creuse. Et en effet, ceux-ci ont parfaitement posé les éléments typiques de la saga et que l'on retrouve dans L'Augulle Creuse, comme les figures de Ganimard et Sholmès, ou simplement l'aspect insaisissable de Lupin.

Riche, passionnée et passionnante, on peut dire sans problème que cette première partie de la plus célèbre aventure d'Arsène Lupin est une franche réussite, d'autant que le volume se termine sur l'un des principaux climax du roman original ! Le mieux étant que la suite du roman nous plonge dans une aventure toujours plus grande, ce qui nous promet dès lors un quatrième volume de très haut niveau.
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