L'ère des cristaux

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Koiwai
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L'ère des cristaux

Message non lu par Koiwai » 14 janv. 2016, 10:26

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Tome 1 :

Démarrée au Japon en octobre 2012, L'ère des cristaux est la première série longue de Haruko Ichikawa, une jeune auteure de 35 ans ayant entamé sa carrière en 2006. Après avoir développé sur des récits courts un style graphique assez unique, elle connaît la consécration avec cette série qui fut classée 10ème au Kono Manga ga Sugoi 2014 et fut nominée dans pour le Prix Manga Taisho de 2015. Et pour cause : l'auteur y présente un univers tout à fait à part.

Cet univers, il nous plonge à une époque qui n'est pas clairement déterminée, mais que l'on pourrait assimiler à un très lointain futur. L'humanité a disparu, et de ses cendres sont nées une nouvelle forme d'évolution : les Gemmes, des êtres vivants minéraux qui vivent en tout petite communauté. Ils ne sont que 28, et se sont partagés les tâches : artisans, sentinelles, combattants, médecins... chacun a une ou deux spécialités permettant une complémentarité. Et du fait de leur nature minérale, ils se nourrissent de lumière, et ne peuvent mourir. Même s'ils sont brisés en morceaux, ils se régénèrent. Quant à savoir ce qu'ils font là... ils l'ignorent en bonne partie, mais savent qu'ils doivent constamment combattre les Séléniens, peuple lunaire souhaitant faire d'eux leurs parures.

Phos est l'un de ces êtres minéraux, mais il est considéré comme le plus faible de tous. Fait de cristal, sa dureté n'est que de 3,5, et le moindre impact ou poids sur son corps est susceptible de le briser. De ce fait, il ne peut participer à aucune activité de la vie communautaire. Il est inutile, et certains de ses compagnons le lui font bien comprendre. Jusqu'au jour où le Maître Vajra trouve une tâche à lui confier : écrire une histoire naturelle de leur peuple. Quand les autres combattent ou aident la communauté à prospérer, lui se fait l'observateur de ses pairs et du monde environnant... Et c'est à ses côtés que nous découvrons peu à peu ce petit monde, au gré de chapitres s'apparentant essentiellement à de la tranche de vie. Au gré des observations de Phos, nous prenons connaissance du fonctionnement de la communauté, et de ses habitants. Certaines figures se détachent un peu plus comme Cinabre, Bort ou Diam, et celles-ci laissent déjà entrevoir des tourments et interrogations des personnages sur leur propre nature. Pourquoi ne peuvent-ils pas mourir, même s'ils le désiraient ? Pourquoi le pauvre Cinabre, de nature un peu différente des autres, est-il voué à ne vivre que la nuit tandis que tous ses congénères sont plus faibles quand le jour n'est plus là ? Pourquoi Diam, bien qu'elle apprécie beaucoup Bort, ressent-elle parfois une certaine jalousie à son égard ? Mine de rien, la condition de ces êtres s'immisce doucement au fil des pages, et certains aspect de cette condition ont quelque chose de très humain.

Humains, pourtant, ils ne sont pas (ou ne sont plus ?). De par leurs facultés, bien sûr, mais aussi de par leur physique. Ceux-ci ont globalement silhouette humaine, mais sont beaucoup plus fins, beaucoup plus élancés, et leur chevelure fait parfois écho à l'être minéral dont ils sont inspirés. Car l'auteure, évidemment, puise une partie de son inspiration dans des minéraux existant vraiment, et pousse la chose assez loin en reprenant certaines de leurs caractéristiques : la fragilité du cristal, la dureté des différentes sortes de diamant...

Et du fait des corps très fins et élancés de ces êtres, la mangaka peut se permettre de laisser s'exprimer sa créativité artistique. Celle-ci ne s'arrête d'ailleurs pas au physique de ses héros. Ichikawa s'adonne régulièrement à un gros travail de mise en scène, notamment quand il s'agit de faire ressortir les visages de ses personnages sur des cases à la fois longues et rapprochées, ou de mettre en avant un aspect assez hors-du-temps et solitaire via des fonds régulièrement absent, simplement dominés de blanc ou d'aplats de noir. L'ensemble se veut très artistique, y compris lors des quelques attaques des Séléniens qui privilégient totalement l'esthétisme sur le dynamisme, ainsi lors de ces passages les formes indescriptibles s'enchainent dans d'immenses jeux sur l'encrage, et on en prend plein les yeux... à défaut de comprendre quoi que ce soit à ces scènes de combat souvent difficiles à lire.
Et c'est bien là le principal élément qui pourrait rebuter à la lecture : à force de privilégier constamment l'esthétisme (tout aussi beau soit-il à de nombreux moments), l'auteure en oublie souvent la lisibilité de l'action et la fluidité dans la narration.

Mais dans tous les cas, L'ère des cristaux s'annonce comme une expérience unique en son genre. Visuellement, Haruko Ichikawa délivre un travail très stylisé et esthétique, auquel tout le monde n'accrochera pas, mais qui vaut clairement le coup qu'on y jette un oeil. Quant au récit, hybride, il mêle de façon assez fascinante SF, tranche de vie, psychologie des personnages, action autour des combats contre les Séléniens... mais ne fait pour l'instant que balbutier son éventuel scénario (va-t-on se centrer sur le parcours de Phos ? Sur les combats contre les Séléniens ? Sur la découverte des origines de ce monde ? Sur tout ça à la fois ? Impossible de le dire pour l'instant).
A Essayer !

Côté édition, on est dans les standards actuels de Glénat : un papier un peu trop fin mais souple, pour une qualité d'impression ni excellente ni mauvaise. La traduction tient la route, et il faut saluer l'effort fait sur la couverture, dotée d'effets brillants tels des cristaux.
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