Ghost in the Shell

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Raimaru
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Ghost in the Shell

Message non lu par Raimaru » 16 oct. 2011, 10:16

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GHOST IN THE SHELL

La fiche sur Manga-News

Tome 1

Aux environs de l’année 2030, le monde a connu des innovations scientifiques sans précédent. Il est désormais possible de mécaniser l’homme partiellement ou complètement. Ces personnes sont ainsi appelées cyborgs et représentent une part non négligeable de la population mondiale. À côté de cela, les inventeurs sont même parvenus à créer des androïdes, des robots qui ne sont pas issus de corps humains, et qui sont utilisés pour des tâches de gestion courante. En plus de la biomécanique et de la robotique, l’informatique s’est immensément répandue, et l’alliance des cyborgs, des androïdes, et de l’informatique forme un monde où la mécatronique est au centre des préoccupations. En conséquence, les gouvernements ont mis en place des sections spéciales visant à lutter contre la cybercriminalité.
Au Japon, c’est la section 9, aux commandes du chef Aramaki et du major Motoko Kusanagi, un cyborg femelle complet, qui est chargée des affaires de cyber-terrorisme, la plupart des interventions étant physiques, violentes et même au bord de la légalité.

Ghost in the Shell est un manga communément admis comme appartenant au genre de science-fiction cyberpunk. En effet, l’aspect sous lequel Shirow Masamune décide de raconter son histoire donne l’impression au lecteur que l’ultra-vulgarisation des nouvelles technologies représente un danger permanent : le lavage de cerveaux, le hacking à grande échelle, les virus qui rendent les machines sanguinaires… L’ambiance se prête parfaitement à la définition de ce style. Et c’est à travers les missions de la section 9 que cet aspect froid du futur est présenté. Chaque chapitre du manga met en scène une mission de la faction. Pour ce tome un, il sera question de mettre fin aux activités d’un foyer d’orphelin qui met en place un programme éducatif des plus illégaux, d’identifier le coupable du piratage du cerveau d’un interprète politique, d’arrêter un virus qui rend fous certains modèles d’androïde au point de dévorer des humains et de retrouver un cyborg de combat russe introduit illégalement sur le territoire nippon.

Ces histoires en elles-mêmes forment un divertissement tout à fait satisfaisant. Les chapitres offrent leur lot de rebondissements, mais force est de constater que l’intérêt du manga n’est pas là. Il faut savoir qu’il est difficile d’établir un lien entre les chapitres, il n’y aucune intrigue de fond dans ce tome un. Et pour aller de pair, on entre rarement pleinement dans le subconscient et la vie personnelle des protagonistes. On sait que le major est une cyborg complète, que Batou vient de l’armée et est un cyborg partiel, que Togusa était dans la police et à une femme et un enfant, mais cela n’ira guère plus loin dans les détails.

En réalité, Shirow Masamune a opté pour un manga de courte longueur, mais offrant des thématiques variées et surtout poussées. L’auteur est un mordu de sciences, et il nous fait partager son savoir, ses théories et ses avis personnels dans Ghost in the Shell. Il le fait bien sûr en l’intégrant dans l’histoire, à travers les évènements, mais aussi de manière plus abrupte, par le biais de notes qui apparaissent au fil des pages. Elles sont nombreuses et riches en informations, ce qui peut poser un souci de fluidité dans la lecture, mais elles donnent au manga une dimension intellectuelle. Pour vérifier si ses théories ainsi que la façon dont il les intègre dans l’histoire sont plausibles, il faut avoir beaucoup de notions en informatique, en mécanique et en biologie. L’univers apparait au lecteur comme tout à fait cohérent, voire envisageable, il en ressort donc une sensation d’immersion totale au cœur d’un futur qui nous parait loin mais qui pourrait être le nôtre. Shirow Masamune a d’ailleurs son propre propos au sujet de ce qu’il appelle "Ghost" et qui a donné son nom au manga. C’est un concept assimilable à l’âme, à la faculté de penser, qu’on peut imputer aux humains et aux cyborgs mais pas aux androïdes et aux intelligences artificielles. Et en plus des sciences, le cadre des missions la section 9 emmène les personnages à rencontrer des hommes politiques japonais et étrangers, qui offre une variation supplémentaire aux thématiques et qui se rattache bien souvent au présent (ou plutôt au moment où l’auteur a écrit le manga, c’est-à-dire en 1989). S’il y a bien toutefois un reproche à faire à cette volonté de créer un univers cohérent plutôt que de favoriser l’intrigue, c’est qu’il est parfois difficile d’appréhender certains éléments clés propres à chaque histoire. Les personnages réagissent en fonction de qu’ils voient et savent et il y a très peu d’apartés avec les lecteurs pour recadrer les clés de compréhension, notamment sur tout ce qui est scientifique. Bizarrement, ce ne sont pas les notes de l’auteur qui arrangent vraiment les choses, car lui-même ne pose pas de base sur ses thématiques et expose ce qu’il sait, il ne clarifie que ce qu’il ne trouve lui-même pas clair.

D’un point de vue graphique, Shirow Masamune n’est peut-être pas le meilleur dessinateur de son époque. Il n’y a pas de réel défaut de proportion, mais trop souvent des simplifications. Par moment, les personnages prennent des expressions étonnées et le trait devient plus basique, pas fin du tout, pas de détail. On notera aussi que le design des personnages est relativement instable. Il suffira que Batou mette des lunettes pour qu’on ne le reconnaisse pas ! Le découpage des actions est quant à lui satisfaisant.

En ce qui concerne l’édition, il y a des choses à dire. Sorti en 1996, il semblerait que Glénat ait voulu vendre Ghost in the Shell comme une BD plus que comme un manga : grand format, couverture cartonnée, sens de lecture occidental. À cette époque, Glénat est passé par les Américains de Dark Horse Comics pour obtenir les droits de la licence, ce qui signifie que l’ouvrage est basé sur la version américaine du manga. Pour conséquence, la traduction est faite à partir de l’Anglais, or une double traduction peut déformer les vrais propos de l’auteur, et des planches à caractère érotique du chapitre Junk Jungle ont été supprimées à titre de censure (sinon, le manga aurait été interdit aux moins de 18 ans aux États-Unis). Malgré tout, il n’y a pas vraiment de quoi se plaindre. Les pages sont imprimées sur papier glacé, les paroles des protagonistes ne sont pas guindées malgré la double traduction. Le vrai bémol concerne la couverture, l’idée de mettre un dessin découpé du manga sur un fond de synthèse ne rend pas très bien.

Ghost in the Shell est donc réservé à un public à la recherche d’une lecture dense. Shirow Masamune a une vraie vision du futur, et peut se définir comme un grand auteur de science-fiction.
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Raimaru
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Re: Ghost in the Shell

Message non lu par Raimaru » 20 oct. 2011, 17:53

Ghost in the Shell tome 2

Les missions du major Kusanagi et de la section 9 se poursuivent. Au programme dans ce volume deux : un attentat contre le major et son petit ami perpétré par un terroriste qui veut se venger d’elle ; la fuite d’un cyborg qui possède une faculté hors du commun ; et une mission commando qui vire au scandale politique pour la section et l’Etat japonais. Ce tome est dans la continuité du premier et accentue encore les forces et les faiblesses du parti-pris de l’auteur de créer une histoire riche mais courte.

Le premier chapitre intitulé Dumb Barter nous permet de mieux cerner le major. On en apprend plus sur sa vie privée et sa façon de penser pendant les missions, pour le moins radicale. Il est intéressant de constater par exemple que Motoko est capable de provoquer une mort vicieuse en réponse à l’assassinat de ses propres subordonnés, induisant ainsi une volonté de vengeance envers elle, qui est l’objet de ce chapitre. On apprend aussi qu’elle est à la recherche d’une relation sentimentale, puisqu’elle est dans ce chapitre en compagnie de son petit ami attitré, et qui selon les dires de Batou, n’est pas le premier. Motoko gagne en profondeur, et pose simplement une question qu’on se pose depuis le début : les cyborgs peuvent-ils avoir des relations ? La réponse est apparemment oui. En revanche, la façon dont cet élément est amené est complètement bancale. L’arrivée de son compagnon dans l’histoire est brutale, il faut que le lecteur admette qu’il soit apparu en un éclair dans l’intrigue. C’est d’autant plus dérangeant que le lecteur attentif aura fait attention aux dates (indiquées en début de chapitre) et s’apercevra qu’il n’est mentionné nulle part dans le premier tome, or il est déjà présent dans la vie de Motoko.

Dans les chapitres suivants, qui cette fois se relient indirectement, Shirow Masamune décrit avec maestria une entité nommée Marionnettiste, issue d’une masse d’information et qui se revendique comme étant une nouvelle forme de vie. L’auteur excelle sur tous les points grâce à ce personnage : il pose les problèmes éthiques, scientifiques et juridiques qui découlent de cette découverte extraordinaire. Avec cet évènement, le manga prouve la richesse de son contenu. En revanche, il est toujours difficile de suivre la trame scientifique du manga, et on se perd dans la masse de notion qu’on peut confondre (la distinction entre cyborg, androïde et robot n’est pas explicitée…).

Visuellement, l’auteur n’a toujours pas un style très fin, mais sait tirer parti de ses atouts. Certaines pages couleurs de début de chapitre sont magnifiques et instaurent une ambiance, comme celle d’une mission matinale en mer dans le chapitre Brain Drain. Shirow se sert aussi de ses connaissances scientifiques pour dessiner ce qui selon lui ne peut pas se voir. Il s’agit du plongeon dans le cyber-cerveau du marionnettiste, qui visuellement n’existe pas. L’auteur l’a représenté sous forme de lignes, comme une puce magnétique, ce qui permet de comprendre que Motoko progresse dans cet environnement à travers un chemin labyrinthique. C’est l’idée qu’on peut se faire des systèmes informatiques et c’est bien pensé de la part de l’auteur.

Le tome se clôt sur un entretien entre Motoko et le marionnettiste qui aboutit à une décision surprenante de part de cette dernière, tellement surprenante qu’on regrettera de ne pas savoir le pourquoi de cette décision. L’explication de cette fin accélérée peut s’expliquer par le fait que ce deuxième conclu la première partie de Ghost in the Shell. Les numéros suivants parus chez Glénat comme étant les tomes trois et quatre forment une autre série qui fait directement suite à la première. Espérons que la décision de Motoko nous sera plus clairement expliquée.
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