Jirô TANIGUCHI

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Kiraa7
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Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 19 juil. 2012, 10:41

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Jirô Taniguchi est né le 12 août 1947 à Tottori. Il débute dans la bande dessinée en 1970 avec Un Été desséché. De 1976 à 1979, il publie, avec le scénariste Natsuo Sekikawa, Ville sans défense, Le Vent d'ouest est blanc et Lindo 3. Puis ils s'attaquent, toujours ensemble, aux cinq volumes d'Au temps de Botchan. À partir de 1991, Jirô Taniguchi signe seul de nombreux albums, dont L'Homme qui marche, Le Journal de mon père, Quartier Lointain ou encore Terre de rêve, publiés par Casterman. En 2004 paraît L'Orme du Caucase, un recueil de nouvelles adaptées de l'œuvre de Ryûchirô Utsumi. L'Homme de la toundra, son nouvel opus, sort dans la collection Sakka en 2006.
Le premier volume de Quartier Lointain a remporté, lors du Festival d'Angoulême 2003, l'Alph'Art du meilleur scénario. Il a également reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées.
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Kiraa7
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 19 juil. 2012, 10:43

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L'Orme du Caucase
Dans ce recueil de nouvelles, enfants et adultes sont en butte aux difficultés de l'existence, seuls face à eux-mêmes et à leurs espérances. Taniguchi et Utsumi explorent, avec subtilité, ces moments de reculs et de réflexion qui déterminent une vie. Avec toujours autant de finesse et d'émotion, l'auteur de Quartier Lointain et du Journal de mon père nous convie à une recherche pleine de sagesse, en quête d'une paix intérieure.

Célèbre pour ses oeuvres très "humaines" emplies d'un réalisme souvent très émouvant, Taniguchi accompagné d'Utsumi nous offre un recueil touchant en nous dépeignant les soucis de gens lambda, comme vous et moi. Enfants, jeune femme, homme quinquagénaire ou encore vieille femme, toutes les générations sont touchées par la poésie de ces deux auteurs. Voici donc 8 histoires pleines de sentiments, initialement publiées dans le Big Comic en 1993.

La première nouvelle éponyme nous conte l'histoire de M. et Mme Harada, couple de retraités venant s'installer dans une maison dont le jardin fût décimé malgré eux avant leur arrivée. Il ne reste plus que l'orme du Caucase, cet arbre géant aux feuilles virevoltantes sur les maisons voisines dès l'arrivée de l'automne, ce qui justement agace l'entourage du couple. Contraint d'écouter ses nouveaux voisins pour ne pas attirer leur colère, M. Harada se décide d'abattre l'arbre dans les jours qui suivent. Cependant, l'ancien propriétaire de la demeure vient rendre une visite pour revoir cet arbre qui lui a beaucoup apporté dans le passé...
La première histoire qui donne son nom au recueil est une nouvelle émouvante, où l'auteur nous fait comprendre par ses personnages que l'homme ne peut vivre sans la nature, que celle-ci a une âme et qu'un simple arbre peut avoir une autre fonction que de décorer un jardin. Très belle, cette histoire nous offre déjà une bonne mise en bouche qui donne envie de prolonger sa lecture de suite.

La seconde, intitulée "Le Cheval de bois", traite plutôt des relations humaines. Hiromi est la petite fille de M. et Mme Kinoshita, celle-ci est sous leur garde durant une semaine. Pendant ce temps, ses grands-parents décident de l'emmener au parc d'attraction, cependant celle-ci boude tout le temps et a l'air d'être apeurée constamment. D'où peut bien venir ce malaise ?
A travers ce récit, le duo d'auteurs nous font comprendre que les enfants sont des êtres fragiles et que leur éducation ne dépend que de leurs parents. Dès qu'Hiromi nous offre son premier sourire, on ne peut pas s'empêcher de sourire avec elle, comme quoi voir un enfant triste si jeune peut être vraiment douloureux pour des adultes...

Vînt ensuite une des histoires les plus émouvantes du recueil, "La petite fille à la poupée". Un homme de 50ans, célèbre graphiste grâce à son travail acharné du temps où il était jeune, voit un jour sur le journal un article sur son ex-femme qui l'a quitté il y a de cela 23ans. Cependant sur la photo, il aperçoit à côté d'elle une jeune femme : il reconnaît de suite sa fille qu'il n'a pas vu depuis 23ans. Celle-ci est devenue une célèbre peintre et M. Iwasaki décide d'aller à sa rencontre, tout en restant dans l'anonymat pour ne pas la choquer : voici un défi très difficile que le quinquagénaire va tenter de relever, en gardant pour lui toute émotion...
Comme dit précédemment, voici une des histoires les plus touchantes du recueil : durant tout le récit on voit que l'homme a très envie de tout avouer à sa fille, ce qui ne l'empêchera pas de pleurer en cachette...et de nous faire pleurer par la même occasion ! Bercées d'émotions, ces retrouvailles anonymes ont de quoi nous faire verser quelques larmes tant les auteurs arrivent à transmettre parfaitement les émotions ressenties par le pauvre homme.

La quatrième histoire, "La vie de mon frère", joue sur les relations fraternelles. On suit encore une fois un homme d'âge mûr qui part retrouver son frère qu'il n'a pas vu depuis 10ans.
Moins émouvante que la précédente histoire, nous avons là une conversation longue entre deux frères qui n'ont pas forcément les mêmes opinions mais ceci ne les empêchent pas de discuter longtemps de ce qu'ils sont chacun devenus en 10ans. Malgré le fait que cette histoire nous touche moins, cela n'empêche pas celle-ci d'être tout autant réussie qu'intéressante.

Nous trouvons ensuite la nouvelle intitulée "Le parapluie", avec comme protagoniste principal un personnage féminin. Le synopsis ressemble d'ailleurs un petit peu à l'histoire précédente, bien que le contenu soit totalement différent. Une jeune femme attend donc la visite de son frère cadet qu'elle n'a pas vu depuis 12ans, celui-ci ayant vécu avec leur père contrairement à elle qui a vécu avec leur mère. Nous découvrons comment ceux-ci l'ont vécu à travers leur passé, lorsqu'ils n'avaient même pas encore 10 ans. Le jeune homme a malheureusement mal vécu le fait de ne pas être aux côtés de sa mère, chose qu'il n'hésitera pas à avouer à sa soeur lors de leurs retrouvailles.
Taniguchi et Utsumi nous montrent à travers cette histoire à quel point il est difficile pour un enfant d'être séparé d'un de ses parents lorsque celui-ci est encore jeune. Ne se finissant pas forcément dans la plus grande des joies, cette histoire atteint le coeur et risque de toucher les gens qui ont vécu la même histoire, chose qui est loin d'être improbable.

S'en suit avec l'histoire qui est sans doute la plus mignonne du recueil, "Les environs du musée". Mme Ôtani, une vieille femme veuve se fait souvent réprimander sur le fait qu'elle sorte en fin de journée se balader dans le parc de la ville, un endroit où elle se sent bien. Un jour, elle y fait la rencontre d'un homme de son âge avec qui elle s'entend très bien et surtout qui la comprend. Celle-ci se rendra vite compte qu'elle devient amoureuse, mais se sent ridicule car pour elle ce n'est plus de son âge. Malheureusement, du jour au lendemain et ce pendant plusieurs jours, le vieil homme ne se rend plus au parc, et Mme Ôtani ne connaît de lui que son nom. Qu'a-t-il bien pu arriver au pauvre monsieur ?
Cette nouvelle est sans doute celle qui transmet le plus d'émotions à travers des dessins juste sublimes ! Nous ressentons les mêmes choses que la vieille dame et on ne lui souhaite que du bonheur à travers tout le récit. Encore une réussite de la part des deux auteurs qui nous prouvent leur talent avec cette histoire merveilleuse.

L'avant dernière nouvelle nommée "Dans la forêt" change totalement de personnage principal : cette fois-ci nous suivons un jeune garçon accompagné de son petit frère. Ceux-ci ont du dire adieu à leur chienne, Koro, alors qu'elle n'avait même pas encore 2ans car ils ont du déménager dans un HLM. Leur mère leur cachant ce qu'est devenue leur chienne, ils ne cessent de penser à elle jusqu'au jour où ils reconnaissent son aboiement la nuit dans la forêt. Convaincus qu'il s'agit bien de Koro, ils partent donc en escapade dans celle-ci afin de retrouver leur amie d'enfance.
Cette nouvelle fait sans aucun doute aussi partie des meilleures du recueil. Notre jeune homme prend son courage à deux mains pour traverser cette forêt tout en veillant sur son frère dont on se rendra vite compte qu'il en est jaloux, pour des raisons qui nous sont expliquées via des flash-back. Le chien est le meilleur ami de l'homme comme on dit et les deux frères seront prêt à tout pour retrouver cette chienne qu'ils portent depuis toujours dans leur coeur. Toujours très émouvante, surtout sur sa fin, cette histoire touchera petit et grand tant il est possible de s'y reconnaître lorsque l'on a déjà eu un animal auquel on tenait.

Enfin, la dernière nouvelle s'intitule "Son pays natal" et a pour héroïne une jeune française ! Cette histoire est bien sûr captivante grâce au fait que l'on retrouve une femme ayant quitté la France pour aller vivre au Japon avec son mari alors qu'elle ne parle pas un mot de japonais. Celle-ci adore la peinture et réussit grâce à son mari à se faire reconnaître, cependant celui-ci mourra prématurément à cause d'une crise cardiaque. La jeune femme se retrouve seule, et en plus n'est pas appréciée par sa belle famille qui l'accuse d'être la cause de la mort de leur fils. Cela ne l'empêchera pas de rester au Japon et de poursuivre sa carrière de peintre.
La fin du recueil se voit donc servie par une nouvelle très triste et très humaine : la situation de la jeune femme est très difficile et pourtant celle-ci s'accrochera à ses rêves. La vie peut être très dure, les imprévus peuvent surgir à n'importe quel moment, et pourtant il faut s'accrocher à la vie et ne pas se laisser abattre; voilà le message que veulent nous faire comprendre notre duo d'auteurs talentueux.

Ainsi, l'Orme du Caucase est un magnifique ouvrage à lire et à relire, qui pourrait même toucher des enfants notamment avec l'histoire "Dans la forêt". Taniguchi et Utsumi nous font le portrait de gens comme d'autres, auxquels on peut très facilement s'identifier car ils ont une vie que toute personne peut avoir. C'est par des ouvrages comme celui-ci que l'on se rend compte aussi que les mangas ne sont pas que des bandes dessinées violentes visant seulement les adolescents, ceux-ci peuvent avoir des sujets très humains qui visent un public très large et transmettre par leurs pages diverses émotions. L'Orme du Caucase est une oeuvre qui devrait être dans de nombreuses bibliothèques donc si vous la croisez en magasin ou sur le net, n'hésitez pas et testez, car après tout c'est en se penchant sur des choses inconnues que l'on fait souvent d'incroyables découvertes !

Un dernier mot sur l'édition : celle-ci est impeccable, l'Orme du Caucase se range dans la collection Ecritures de Casterman et est proposée avec un sens de lecture occidentale, ce qui est d'ailleurs une bonne idée pour pouvoir faire découvrir cette oeuvre à des non-initiés à la bande-dessinée japonaise et son sens de lecture "à l'envers". Les rabats de la couverture nous parle un peu plus de l'auteur, et la fin du volume nous offre un essai de 4 pages de Yoshikawa Ushio, critique de théâtre et romancier.
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Luciole21 » 20 juil. 2012, 12:37

Il existe déjà un topic sur Taniguchi : topic3308.html
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Dernier coup de cœur manga : Chiisakobe (Minetaro Mochizuki)
Dernier coup de cœur franco-belge : Septs Nains (Lupano)
Dernier coup de cœur comics : Bone (Jeff Smith)
Dernier coup de cœur roman : La horde du contrevent (Alain Damasio)
Dernier coup de cœur film : Perfect Sense
Dernier coup de cœur jeux vidéo : Portal 2

Platineur débutant : http://www.psthc.fr/profil-psn-Coeluli. ... c7dbc3d294

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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Koiwai » 20 juil. 2012, 12:53

C'est un topic sur ceux sortis dans la collection Made In de Kana, d'où celui-ci créé par Kiraa pour les titres qui ne viennent pas de Made In.
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 20 juil. 2012, 13:11

@Luciole21 : en fait j'ai crée un topic où l'on mettra absolument tous les Taniguchi (sachant que je chroniquerai la plus grande partie de son catalogue), ça sera plus simple de s'y retrouver comme ça :wink:

La plupart des chroniques des Taniguchi chez Made In étant courtes, je les referai certainement et les placerai ici donc :)
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Luciole21 » 20 juil. 2012, 21:01

Raaaaaaaaaaaa, je me disais aussi que c'était bizarre...
J'étais content de voir quelqu'un faire la même connerie que moi :mrgreen:
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 16 mai 2013, 21:20

Terre de rêves
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On ne présente plus Jiro Taniguchi : auteur prolifique et célèbre pour ses mangas "tranche de vie", celui-ci est reconnu telle que l'icône phare dans le genre. Réussissant à nous émouvoir par le biais de quelques pages en figurant les sentiments de la façon la plus humaine qui soit, rares sont les gens à ne pas être bouleversés par ses oeuvres. Parmi celles-ci se trouve Terre de rêves, un recueil de nouvelle où l'auteur cherche plutôt à nous toucher dans des histoires qui lient l'homme à l'animal, le foyer à son animal domestique.

Durant tout le volume (exceptée la dernière histoire) nous allons suivre une famille, composée d'un couple d'âge mûr qui v essayer de soutenir leur chien jusqu'à la mort et également de réussir à vivre convenablement avec un chat.
Le premier chapitre nous narre donc leur histoire lorsque ceux-ci voient leur chien vieillir, au point qu'il ne puisse plus tenir sur ses pattes et que seul son amour pour ses maîtres lui permette de rester en vie. C'est par le biais de ce récit que l'on se rend compte de nombreuses choses sur le meilleur ami de l'homme, avoir un chien est un travail de dur labeur dont de nombreuses personnes oublient le fait, avoir un chien c'est aussi s'occuper de lui tous les jours et l'aimer jusqu'à son dernier jour. Un chien, c'est comme un humain, ça vieillit et plus le temps passe et plus il est difficile pour lui de rester ce jeune chiot qui sautait partout lors des ballades près des sentiers il y a de cela quelques années...
Emouvant du début à la fin, il est difficile de ne pas verser une petite larme à cette lecture tant le tout s'avère empli de vérité et nous touche, notamment l'amour que porte le couple à leur chien. Une très belle histoire donc, dont on tourne la dernière page lentement, avec une légère tristesse...

Durant la suite, notre couple va décider d'avoir un chat. Encore une fois Taniguchi nous prouve ici aussi que chaque animal est différent et ne peut pas être éduqué de la même manière. Là où on voyait dans l'histoire précédente une relation entre l'homme et l'animal qui s'éteignait petit à petit à cause de la mort, nous avons ici le cas inverse où le chat s'habitue petit à petit à son foyer et où sa peur de l'inconnu se perd peu à peu. C'est sans compter sur une surprise annoncée par le vétérinaire que le couple va devoir à nouveau changer sa manière de vivre puisque d'autres habitants risquent de les rejoindre sous le même toit sous peu.
Le troisième chapitre est dans la suite de l'histoire précédente puisque le chat, qui était en réalité une chatte, vient d'accoucher de 3 petits chatons. Nous allons pouvoir donc observer sous la plume de Taniguchi comment la chatte va s'occuper de ses 3 enfants qui vont lui en faire voir de toutes les couleurs. Merveilleuse de bout en bout, nous nous rendons compte ici de la difficulté d'être une maman chatte et de prendre soin de ses petits tout en veillant constamment sur eux. Et puis quel passage émouvant lorsque le couple décide de donner un des chatons et de voir ainsi la mère chatte chercher son petit dernier en miaulant éperdument ! Un passage qui en marquera certainement plus d'un à coup sûr !

Pour le quatrième récit l'auteur met sur le banc de touche le côté "animal" pour revenir sur les relations humaines en dessinant la nièce/belle-fille de 12ans du couple qui a fait une fugue et qui a décidé de son propre chef de partir quelques jours chez son oncle et sa tante. Cette fugue n'est pas sans motif : en effet depuis le décès de son père la jeune fille a du mal à exprimer ses plus profonds sentiments à quelqu'un et le fait que sa mère décide de se remarier l'embarrasse et la dérange. Voici donc revenir des sentiments que vous avez peut être pu ressentir étant enfant, où l'incertitude vous reste en tête et où vous devez faire le point avec vous même malgré votre âge. Encore une très belle histoire donc, pleine de rêves pour la nièce/ belle-fille de ce couple !

Enfin, l'ultime chapitre casse la continuité que nous avons eu dans tout le volume pour suivre un nouvel héros, un jeune papa passionné par la montagne qui a du se séparer de sa passion pour pouvoir pleinement s'impliquer dans sa vie de famille. Cependant, cela ne l'empêche pas d'y penser régulièrement, au point de se rendre compte que ce manque s'agrandit de jour en jour et qu'il n'est pas réellement heureux tel qu'il l'est aujourd'hui. Après négociations, le voici repartir dans la fougue de sa jeunesse et retrouver avec plaisir la montagne, le point central de sa vie.
Cette histoire nous montre surtout ce que peut être une vie avec ses petits à côté, ces choses qui font que vous soyez heureux quand vous les voyez, un bonheur permanent étant difficile à garder même avec les personnes que l'on aime surtout lorsqu'il s'agit de notre plus grande passion. D'ailleurs, ce chapitre ne vous manquera pas de vous toucher à plusieurs reprises, merveilleusement adapté et illustré dans le but de se sentir vraiment dans la peau du héros.

Ainsi, Terre de rêves est sans conteste un très bon Taniguchi. En touchant un sujet relativement intéressant et le travaillant sous plusieurs angles, cette lecture se fait donc non sans rebondissements propres et il ne sera ainsi pas étonnant de pleurer un petit coup par-ci par-là ou voir même d'être satisfait pour tel ou tel personnage au point d'afficher un grand sourire sur notre visage. Une lecture donc où l'on peut se reconnaître, se rappeler des moments vécus personnellement pour le meilleur comme pour le pire, et qui ne se fera pas sans marquer votre esprit...
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 11 juil. 2013, 18:53

Les enquêtes du limier #1

Jiro Taniguchi est un auteur très célèbre autant dans ses terres d'origine que dans les nôtres. Ayant bluffé de nombreuses personnes par ses oeuvres très humaines venant à nous toucher au plus profond de notre coeur ainsi que par ses thrillers, nombreux sont ceux à avoir divers prix tout comme à avoir glaner une certaine réputation de la part de fans véritablement marqués par ses histoires (et dont je fais moi-même partie). Il n'est pas dur de savoir quels sont les marques de l'auteur au fil des lectures de ses récits, on sait que l'homme aime utiliser des personnages lambdas, avec des héros masculins d'un certain âge poussés par un objectif simple mais dont la passion les motive, et tout ceci baigné dans des histoires de faits sociaux emplies de vie, de vérité, et de réflexion sur des scénarios du quotidien qui nous amènent à réfléchir sur des petites questions parfois toutes simples...

Comme souvent depuis quelques années, c'est par le biais de Sakka que nous pouvons découvrir un des derniers titres en date du maître, Les enquêtes du limier, un récit en deux tomes inspiré du roman Chien d'aveugle de Itsura Inami qui donne d'ailleurs ce nom au sous-titre du premier tome du manga. Mélange entre thriller et drame tout avec quelques bribes de contemplation, Les enquêtes du limier est une oeuvre poignante qui mélange un peu tout les genres pour nous offrir un met des plus raffinés. Au programme nous nous contentons de suivre Taku Ryumon, détective solitaire qui vit dans la montagne avec son fidèle chien loup Joe qu'il a recueilli puis dressé. Passionné des chiens de chasse et de cette activité, cet homme est également un détective privé spécialisé dans la recherche de chiens de race portés disparus; et dans ce domaine, c'est le meilleur !

Taniguchi nous dresse ici tout d'abord le portrait d'un personnage des plus atypiques, Ryumon est un homme passionné avant tout et ne fait pas son travail pour l'argent, ceci est au second rang et cela se voit tant notre héros refuse toute gratification supplémentaire, "pas plus ni moins" comme il le dit. D'ailleurs, son aide n'est apporté qu'après une demande des plus pointilleuses, l'homme n'aidant vraiment qu'à retrouver les chiens de chasse et non le petit chien de compagnie dont le dressage est similaire à la majorité des chiens vivants dans un foyer au sein d'une famille. Vivant reclus près des forêts, autant dire que Ryumon ne fait pas partie des gens les plus sociables que l'on peut croiser, l'homme étant avant tout plus confiant envers son brave chien qui le suit partout.
C'est au fil des pages que l'on se rend compte de la véritable personnalité du personnage, où cet homme est véritablement prêt à tout pour aider son prochain et ce jamais en réclamant la moindre dette. Pour lui sa mission n'est atteinte que lorsque tout le monde se voit satisfait ou du moins récompensé de ce qu'il mérite réellement et pour cela l'homme est prêt à faire de grandes choses.

Les enquêtes du limier nous entraîne à suivre cette homme à travers plusieurs petites histoires où Ryumon sera demandé afin de retrouver un chien, il enquêtera par divers moyens et emploiera divers stratagèmes afin de récupérer le chien volé pour le ramener à son véritable maître. Mais c'est au bout de quelques chapitres que l'on passe à une histoire plus conséquente où on lui demandera de retrouver un chien d'aveugle. Le lecteur découvrira donc quel est le rôle d'un tel chien et comment celui-ci se gère et ce que cela peut entraîner lorsqu'on vole une telle bête à son maître qui en a besoin pour des raisons vitales. Et comme à son habitude, l'auteur nous touche par ces histoires qui montrent beaucoup le rapport entre l'homme et la bête, un thème déjà exploré dans d'autres de ses oeuvres; on voit d'ailleurs qu'il arrive toujours aussi à faire passer des messages et à retranscrire le lien qui unie les deux êtres vivants entre eux.

Plus que de nous émouvoir, Les enquêtes du limier attise fortement notre curiosité, car n'oublions pas que le manga est également un récit d'enquête et donc de suspens. Certaines traques où le héros est contraint de récupérer un chien par la force sont vraiment des plus poignantes et on se retrouve à sentir notre coeur s'accélérer tout comme si l'on était avec Ryumon ! Enfin, le récit montre clairement que pour certains, un chien est avant tout un ami avant d'être un animal et qu'il ne suffit pas de se l'approprier par soi-même pour s'en faire un ami proche, le chien étant toujours fidèle à son maître d'origine.

Ainsi Les enquêtes du limier mêle avec brio toutes les bonnes saveurs qui rendent marquantes les oeuvres de Jiro Taniguchi. Toutes les histoires sont menées tambour battant jusqu'à leur dénouement et on se lie vraiment d'amitié avec le personnage principal, homme au caractère des plus marquants et montrant que cet homme est une personne hors pair dont on aimerait croiser des gens du même genre dans notre vie. L'auteur n'oublie pas le côté contemplatif qui lui sied si bien et nous offre des planches merveilleuses où la forêt, bien que n'ayant pas un rôle majeur dans le décor, fleurit parfaitement dans les cases du manga. Les émotions des personnages sont également retranscrites d'une manière émouvante et l'on ressent exactement ce qu'un personnage peut ressentir à la perte de son chien, qui entraîne parfois ainsi un autre membre de la famille qui se voit perdre un animal qui lui est vital dans sa vie de tous les jours. Les dialogues et les réflexions sont également bien menées et le tout s'orchestre d'une manière remarquable, le récit se dévorant ainsi avec une fluidité hors pair.

Ainsi Les enquêtes du limier est une bonne surprise de l'auteur de Quartier Lointain. Mêlant parfaitement tous les genres clés du maître, le manga nous offre une histoire profonde et marquante et nous entraîne dans un domaine sans doute inconnu pour la plupart des lecteurs, celui des chiens guides. Si l'on peut constater un début un peu lent, c'est au fil des histoires que le tout prend une véritable ampleur et en devient vraiment passionnant pour finir dans une très belle histoire. Vivement donc le second volume pour voir ce que nous réserve encore une fois l'auteur avec ce personnage principal qui est des remarquables. Enfin, en terme d'édition Sakka a encore fait un travail exemplaire entre un livre de qualité et un travail intérieur tout à fait convainquant.
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 11 juil. 2013, 18:55

Les enquêtes du limier #2

Taku Ryûmon, le détective spécialisé dans la recherche de chien de chasse perdus ou volés, est de retour avec son fidèle Joe. Un an après l'affaire du chien guide d'aveugle, le voilà confronté à une enquête bien plus spéciale. Tout commence par un chien disparu, certes... Mais avec lui, ce sont son maître et un cheval de course qui se sont évanouis dans la nature !
Même si un tel équipage passe difficilement inaperçu, Taku ne dispose que de maigres indices. Le voici donc sillonnant tout le Japon pour les besoins d'une enquête qu'il commence à prendre un peu trop à coeur, notamment au goût de son commanditaire que les scrupules n'étouffent pas...

C'est avec un grand plaisir que nous retrouvons Ryûmon dans une nouvelle enquête après un premier tome qui s'était avéré très sympathique. Un an après l'enquête du chien pour aveugle, voici que notre héros est désormais enclin à rechercher un berger allemand qui a disparu...avec son maître ! Et ce n'est d'ailleurs pas tout : si le chien est recherché, c'est surtout parce qu'il est assurément accompagné d'un cheval pur-sang très célèbre, un cheval qui gagna de nombreuses courses mais qui ne peut plus en faire suite à une maladie contagieuse. Si son maître, l'homme qui s'en est occupé pendant plusieurs années, ne veut pas qualifier ce cheval d'inutile et veut lui laisser une fin de vie paisible, ce n'est pas le cas de son réel propriétaire qui le recherche afin de l'euthanasier !
Voici donc que notre héros va devoir faire une exception aux règles de son métier et partir fouiller le Japon entier pour retrouver ce trio des plus originaux... Mais Ryûmon est-il vraiment de l'avis de son commanditaire...?

En premier lieu, les lecteurs auront le plaisir de retrouver Ryûmon un an après l'affaire précédente : sa vie est toujours égale à elle-même, bien que le travail se fait rare et que ce dernier doit se contenter de peu pour survivre. Certains remarqueront la visite de personnages déjà vus dans le premier tome, certains ayant évolués depuis notamment Mary par exemple qui s'est tout à fait bien adapté à son chien pour aveugle.
Ce volume s'ancre dans un registre un peu plus orienté action : l'enquête en soi n'est pas le principal axe de ce tome, ici le voyage est davantage mis en avant tout comme l'aventure. En effet, Ryûmon ne tardera pas à déceler où se situe le fameux trio, mais c'est ici que tout le côté humain de l'oeuvre ressortira, l'homme étant véritablement proche de son cheval et prêt à tout afin que l'on n'y touche pas. C'est d'ailleurs à plusieurs reprises que celui-ci devra se défendre afin d'empêcher les assaillants prêts à récupérer le cheval sous les ordres de leur chef.

Il faut cependant avouer que le tout se révèle tout de même un peu moins ambitieux que le précédent volet, là où il y avait une réelle enquête que l'on suivait avec une grande envie d'en connaître le dénouement. Ce tome est très plaisant à lire mais comme dit précédemment le mot enquête est ici moins défini, l'histoire se rapprochant presque plus des mangas tranches de vie l'auteur (j'insiste clairement sur le "presque").

Au final, ce volume aura de quoi séduire même s'il se trouve dans un ton un peu plus brute que le premier. Le personnage de Ryûmon est vraiment intéressant et il en est même dommage que l'auteur n'ait pas l'intention de poursuivre avec d'autres enquêtes pour celui-ci. Très fluide, avec des personnages attachants et un final plutôt poignant, ce tome forme réellement un tout avec le premier qui s'avère être une oeuvre pas forcément extrêmement marquante, mais qui aura au moins le mérite de vous attacher aux personnages présents au sein de l'oeuvre et de vous faire passer un moment réellement agréable durant la lecture de ces deux opus.
Une belle oeuvre de l'auteur donc, qui sait également servir de bons plats avec ou sans scénariste.
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Re: Jirô TANIGUCHI

Message non lu par Kiraa7 » 07 août 2013, 11:32

La Montagne Magique

Jirô Taniguchi est un auteur célèbre en France pour son univers très humain et dont le style de dessin et de la mise en forme s'approche de la BD franco-belge. Alors qu'il est possible de lire les oeuvres de l'auteur dans un format se rapprochant des BD "de chez nous", il faut savoir qu'en 2007 est né un projet entre lui et Casterman lui proposant de réaliser son rêve : faire une véritable BD à la sauce européenne !

Qui dit BD franco-belge dit forcément format spécifique, un challenge donc pour l'auteur de Quartier Lointain. La Montagne Magique est donc un ouvrage d'une soixantaine de page, devant se limiter par ce faible nombre pour nous offrir une histoire avec un début et une fin et bien sûr une narration orchestrée par de grandes pages format A4 emplies de couleur. Accompagné de deux coloristes, Walter et Yuka, peut-on dire que Taniguchi a réussi son défi de nous émouvoir par un système qui lui est nouveau ?

La Montagne Magique nous entraîne à Tottori, ville natale de l'auteur. Arborant une montagne remarquable couverte par une forêt aussi belle que mystique, elle est le terrain de plein de légendes diverses présentes pour freiner la progression des enfants qui aiment se donner des défis consistant généralement à la visiter de fond en comble. Comme souvent dans les oeuvres de l'auteur à succès, nous suivons ici un jeune garçon de 10ans, Ken'ichi, livré à lui-même avec sa petite soeur depuis la mort de son père. Leur mère ayant de plus une maladie grave qui ne cesse d'empirer, voici que les deux enfants se retrouvent seuls avec leurs grands-parents, ne trouvant comme seule distraction le fait de se balader avec leurs amis dans la montagne. Alors que les nouvelles s'aggravent, Ken'ichi, en quittant sa maison pour noyer son désespoir en vaquant ici et là, va faire la rencontre d'une salamandre...qui parle ! Commence ainsi donc une aventure pour notre héros qui devra garder celle-ci secrète jusqu'au déroulement final qui pourrait être véritablement marquant pour le jeune homme...

Si l'histoire n'est peut être pas des plus originales tout comme les personnages par rapport à ce qu'a déjà fait l'auteur, la Montagne Magique est typiquement ce genre d'oeuvre qui ne cherche pas à apporter plus que ce qu'elle ne peut, se contentant donc de nous faire voyager durant quelques pages et surtout de nous émouvoir. Fait rare, cette oeuvre se voit être dans une lignée fantastique, un autre défi de la part de l'auteur qui généralement ne dépasse pas le cadre du réel.
Il ne faut en aucun cas prendre la Montagne Magique comme une BD où l'auteur chercherait à renouveler le genre, le côté graphique est un gros atout du titre et rend donc la lecture d'autant plus immersive. La couverture donne le ton, et ainsi vous trouverez à travers ce titre de somptueux paysages forestiers emplis de mystères, au point de donner envie de visiter ces lieux !

Bien que la lecture se veut courte, il est intéressant au final de voir comment un auteur de manga tente d'approcher un genre peu connu dans son pays, cela par une manière de narrer différente et un style de dessin qui se veut plus réaliste, notamment grâce à des couleurs qui donnent tout leur intérêt au titre. D'ailleurs, nous trouvons en premier lieu un postface de l'auteur nous racontant comment le projet et son envie d'approcher le genre sont nés, et en fin de volume une interview intéressante de quelques pages où ce dernier nous dévoilent certains de ses secrets concernant la mise en forme de ces récits.

L'édition se veut remarquable, entre une couverture en relief alléchante, un papier de qualité et surtout des couleurs magnifiquement bien retransmises, chapeau bas. Publié chez Casterman (et non sous le label Sakka), la Montagne Magique aura tout pour plaire autant aux fans de manga qu'aux fans de BD franco-belge.
Voici donc un titre plein de fraîcheur, pas forcément innovant mais relativement beau malgré le nombre de pages assez maigre pour une histoire de l'auteur dont on est habitué à des récits plus longs (le genre franco-belge oblige), dont la narration et les merveilleux dessins ont tout de la poésie.
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