Bye bye, my brother

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Koiwai
Rider on the Storm
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Bye bye, my brother

Message non lu par Koiwai » 09 janv. 2013, 21:36

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La mine résignée, le bonnet enfoncé sur la tête, Nidô survit en vendant de vieux magazines dans la rue. Mais autrefois, il n'était pas comme ça. Autrefois, il était un boxeur prodige qui a vu ses rêves de gloire détruits par un coup de couteau dans sa jambe. Un drame qu'il a toujours vu comme une sorte de punition pour avoir autrefois délaissé son petit frère, Shirô, mort dans la rue selon lui par sa faute.
Aujourd'hui, un boss mafieux garde toujours de lui les souvenirs d'un grand boxeur, et plusieurs personnes s'inquiètent encore pour lui, mais Nidô, devenu solitaire et replié sur lui-même, n'en a que faire. Il ne montre plus un signe d'espoir. Jusqu'au jour où il fait la rencontre de Jirô, un jeune boxeur qui ressemble à son frère disparu, et qu'il décide de prendre sous son aile, ravivant ainsi sa passion passée pour la boxe. Au fil des pages, Nidô s'occupera de Jirô comme il n'a jamais pu le faire avec son petit frère, et de son évolution dépendra sa mort ou sa survie. Car dans l'ombre, le Dieu de la Mort veille, et en théorie Nidô n'en a plus pour longtemps. A moins que ses décisions ne changent le cours de son destin.

Derrière Bye bye, my brother, on trouve un mangaka jusque là inconnu en France, Yoshihiro Yanagawa, ancien assistant de Tsukasa Hôjô bientôt 50 années au compteur dont près de la moitié dans le milieu du manga. Et plus encore, on trouve un projet de longue haleine, qui a connu bien des déboires avant de nous parvenir en volume relié.
Projet le plus personnel de l'auteur dans sa carrière, Bye bye my brother aborde des sujets que celui-ci a toujours gardé dans un coin de son esprit, mais des sujets loin d'être commerciaux. Il n'en faut pas plus pour que l'auteur rencontre toute les difficultés du monde en voulant publier la courte série dans un magazine. Certains refusent directement, d'autres demandent des modifications de l'oeuvre avant de refuser à leur tour. Au bout du compte, et à force de persévérance, c'est le magazine Manga Sunday qui accepte de la publier, alors que Yoshihiro Yanagawa était allé les voir sans trop y croire, leur ligne éditoriale très axée manga adulte étant éloignée du ton de BBMB (qui a le mérite de s'adresser à un large public, comme ça c'est dit). Mais les malheurs continuant, la série est trop courte pour pouvoir être ensuite publiée en tome relié. S'en suit alors pour Mr Yanagawa de nouvelles recherches d'éditeur, ponctuées de plusieurs problèmes de santé qui lui font frôler la mort, et au bout desquels il reste touché par l'inconditionnel soutien de sa femme. Après bien des épreuves, BBMB finit par être publié en tome relié, non sans avoir été agrémenté d'une histoire inédite de 50 pages.

A l'origine de l'idée de BBMB, une anecdote, aussi vraie que simple. Celle de la vision de deux chats abandonnés qui s'aident l'un l'autre, le plus gros surveillant le plus petit pendant que celui-ci mangeait. L'auteur les vit plusieurs fois, jusqu'à ce que le plus petit disparaisse. Puis, bien plus tard, le plus gros.
L'idée des chats anthropomorphes germe alors dans l'esprit du mangaka, de même que certains sujets de BBMB, liés à la protection ou à l'abandon des siens, et à la mort. Pour faire un récit humain, quoi de plus vrai qu'une... histoire vraie ? Et même s'il s'agit d'une histoire de chats, voici l'auteur décidant enfin de l'"adapter", plusieurs années après, en gardant un aspect félin chez ses personnages.

Les héros de BBMB sont donc tous des chats, de taille plus ou moins grande, de races différentes. Ce qui aide grandement à les reconnaître la plupart du temps, même si l'on aurait malgré tout vite fait d'en confondre certains au détour de quelques pages. Ce sont des chats, mais des chats humanisés (on y reviendra), qui n'empêchent jamais à l'auteur de développer de manière pertinente son récit.

Et cette pertinence commence avec le personnage principal, Nidô. Pour saisir toute la subtilité des fantômes hantant celui-ci, le récit se partage autour de trois époques : l'époque où il survivait dans la rue avec son jeune frère, jusqu'à la mort de ce dernier. Puis l'époque où il était boxeur, tentant de trouver dans la boxe un refuge pour faire redécoller son goût pour la vie, jusqu'au nouveau drame l'obligeant à stopper sa prometteuse carrière. Enfin, le présent, où il est replongé dans la solitude, replié sur lui-même... jusqu'à l'arrivée de Jirô, qui pourrait de nouveau offrir une lueur d'espoir à son existence.
Au fil des pages et des époques, l'auteur nous permet de cerner de mieux en mieux Nidô, et cela malgré une narration qui, malgré toutes ses qualités, pèche uniquement sur les transitions entre les différents époques. Attention, donc, à bien rester attentif, pour ne pas perdre le fil.

Mais Nidô n'est pas le seul personnage à être soigné. Il sera vite rejoint par Jirô, l'autre personnage central. Puis viennent plusieurs personnages secondaires mais de prime importance.
Peu à peu, on voit se révéler des personnages tout naturellement touchants, sans que l'auteur n'ait besoin de faire dans le pathos. Cela, on le doit notamment à une narration bien huilée, qui prend le temps de dévoiler petit à petit les fantômes du passé de Nidô, mais également ceux de Jirô. Les deux êtres se rapprochent, même plus qu'on ne le pense de par leur passé commun, et s'en suit alors une belle histoire de pardon et de rédemption pour tous les deux, et chacun se montre capable de pardonner ou d'accepter d'être pardonné afin de pouvoir repartir de l'avant ou de redonner un sens à sa vie. Autour d'eux, les différents personnages secondaires, bien qu'assez discrets, sont bien campés, sèment le trouble ou soutiennent les deux personnages centraux naturellement, sans forcer, voire sans chercher spécialement à le faire.

L'une des forces du récit vient sans doute de ce ton tout naturel, qui coule de source, où les personnages vont naturellement les uns vers les autres sans se la jouer, pour le bon ou le moins bon, car aucun ne sort de l'ordinaire, chacun est humain et a ses qualités et défauts : solitude, cupidité, égoïsme, corruption, désillusion... et, surtout, au bout du compte, solidarité.

L'autre force est visuelle, car Yoshihiro Yanagawa nous offre un travail aussi personnel qu'abouti et esthétique. Revenons sur l'aspect anthropomorphe des chats : si tous les personnages sont des félins, on l'oublierait presque tant ils apparaissent humains. Leurs réactions sont toutes humaines, un gros travail a été apporté sur leurs expressions, l'auteur parvenant même à apporter de jolies nuances. Par exemple, un sourire triste tout juste esquissé, sans pour autant aller outre l'aspect félin. Il y a une alchimie épatante, qui nous fait dire que Yanagawa fait partie de ces expressionnistes de génie capables d'apporter énormément de nuances sans forcer. Un peu comme Tsukasa Hôjô à sa meilleure époque.
Très réalistes, les décors se font pourtant bien souvent discrets, afin de laisser s'exprimer au mieux ce design des personnages très abouti, qui se trouve encore sublimé par des teintes de gris ou de noir du plus bel effet, comme faites à l'aquarelle, et qui finissent d'offrir à l'ensemble une ambiance de conte réaliste.

Conte réaliste, oui. En fait, BBMB, c'est peut-être tout simplement ça. Un mélange entre deux concepts que l'on n'a pas forcément l'habitude de voir ensemble, pour un résultat qui offre une belle alchimie. Le ton se veut réaliste et humaniste, évite le pathos et se permet même une lueur d'espoir à la fin, tandis que la forme a des allures de conte universel, capable de toucher tout le monde, avec ses personnages félins, son aspect "aquarelle"... sans oublier le Dieu de la Mort, sorte de croisement entre le chat-bus de Mon Voisin Totoro pour le visage et les héros du Royaume des Chats pour le look, et personnage à part, sorte de narrateur s'adressant d'abord aux lecteurs, avant de se plonger dans l'histoire et d'en être un acteur à part entière.

Au bout du compte, BBMB est sans doute une expérience unique, très personnelle. Yoshihiro Yanagawa a créé son monde, qui peut paraître un peu bancal, mais qui respire la sincérité et l'humanité, et nous laisse entrevoir tout le talent d'un auteur que l'on espère vivement pouvoir relire en français.

Côté édition, c'est du tout bon. Le papier et l'impression sont de qualité, la traduction est d'une fluidité très appréciable.
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Hitsuji
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Re: Bye bye, my brother

Message non lu par Hitsuji » 13 janv. 2013, 18:20

Voilà qui vient de me convaincre (au cas où la seule présence de chat n'aurait pas suffit). :3
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