La Tour Fantôme

Rubrique consacrée aux seinen, c'est à dire des séries se destinant à un lectorat adulte.
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Koiwai
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La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 18 mars 2014, 20:06

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La fiche sur le site


Tome 1 :

En 1898, la romancière britannique Alice Muriel Williamson publie "A Woman in grey" ("Une femme dans le gris") l'oeuvre qui la fait connaître jusqu'au Japon, où Ruiko Kuroiwa, dès 1899, traduit l'oeuvre en la revisitant à sa sauce, sous le nom Yûreito. En 1937, c'est le célèbre Ranpo Edogawa qui, à son tour, se réapproprie l'oeuvre de Kuroiwa en en livrant l'adaptation la plus connue à ce jour. A présent, c'est entre les mains de Taro Nogizaka, l'auteur de Team Medical Dragon, que l'oeuvre passe. En s'appuyant sur le texte de 1899 de Kuroiwa, le mangaka nous propose une mise en images très libre du fameux Yûreito, ou la Tour Fantôme en français, en en changeant une nouvelle fois certains rebondissements, mais également en plaçant l'oeuvre dans une période de l'histoire nippone assez peu courante dans le domaine du manga : les années 1950.

A Kobe se dresse depuis longtemps une tour énigmatique, dont les aiguilles, en un siècle, n'ont bougé qu'une seule fois : en 1952, lorsqu'une femme fut retrouvée morte, attachée et mutilée sur les aiguilles de l'horloge, visiblement tuée par sa fille suicidée juste après. Depuis, paraît-il, un fantôme errerait dans cette tour qui, depuis toujours, abreuve les légendes.
En 1954, Taïchi Amano, lui, semble bien loin des mystères de la tour. Jeune homme sans travail, sans ami, sans copine ni famille, il se contente de vivre paresseusement dans un appartement dont il ne paie plus le loyer depuis des mois, en se contentant de parcourir des revues perverses achetées en revendant d'autres livres. Mais sa vie bascule quand il croise son amour du lycée, la belle Megumi Hanazono, journaliste sur le point de se marier avec Tatsuhiko Mitsumura, millionnaire hautain et prétentieux. Ne pouvant s'empêcher de mentir sur sa situation en se faisant passer pour richissime, Amano voit son honneur sauvé par l'arrivée opportune d'un inconnu énigmatique, qui se présente comme son majordome et le fait monter dans sa voiture. Aussi beau et élégant qu'hypnotique et mystérieux, celui-ci, qui se fait nommer Tetsuo Sawamura, donne un bon plan à notre héros sans le sou : le poste de gardien de la célèbre tour fantôme est libre. Mais Taïchi est à peine entré seul dans la tour qu'il se retrouve assommé. Quand il se réveille, il est attaché aux aiguilles de la tour, celles-ci ayant repris leur marche, prêtes à mutiler son corps... Jusqu'à ce que Tetsuo, encore lui, ne vienne à nouveau le sauver pour lui proposer (le contraindre serait plus juste) de participer à sa quête, directement liée à la tour...

La Tour Fantôme s'offre un démarrage pour le moins immersif. Tout prend place dans un Japon des années 1950 minutieusement dépeint par Nogizaka, qui s'applique à faire ressortir les particularités de cette poignée d'années. Alors que le pays est sur la voie de la modernisation et que la presse où travaille Megumi se libéralise, c'est une ambiance rétro qui domine, portée par un gros travail sur les nuances de gris qui offre beaucoup de cachet à l'oeuvre, et par un souci du détail dans les éléments propres à ces années : les carrosseries d'époque, les intérieurs anciens avec vieux téléphones et phonographes, l'architecture et la gastronomie occidentalisées (comme le traditionnel petit déjeuner britannique... un clin d'oeil aux origines premières de l'oeuvre ?), les petits détails historiques (comme le typhon Jane), les vêtements souvent élégants... et les petites références aux oeuvres d'époque comme les premiers films Godzilla, les livres occidentaux comme Anne of Green Gables, et les écrivains dont, évidemment, l'autre adaptateur du livre de Kuroiwa, Ranpo Edogawa (la boucle est bouclée).

C'est dans ce cadre vintage impeccable que débute l'inquiétante aventure de Taïchi. Et l'époque a beau être belle en apparence, elle cache plus d'un secret inquiétant. Les énigmes de l'assassinat sanglant de la tour et de son soi-disant fantôme ressurgissent devant un héros... qui n'a rien d'un héros. Loser laid et paresseux, Taïchi se retrouve presque de force dans l'aventure que lui propose Tetsuo, une aventure où il faudra percer le secret de la tour et du soi-disant trésor qui s'y cacherait. Un trésor qui devient aisément le centre d'attention du jeune homme, qui y voit l'opportunité d'enfin se faire une place dans la société... mais pas forcément de la bonne manière, puisque, non sans un rictus, il se dit qu'il va enfin pouvoir se venger de ceux qui l'ont longtemps dénigré en les soumettant à sa volonté. Le personnage est posé. Et il est loin d'être le seul individu inquiétant.
Déjà, la quête de gloire de Taïchi est bien entretenue par son acolyte, par celui qui l'a emmené presque de force dans cette histoire : le dénommé Tetsuo. Beau, élégant, bel orateur, il affiche son côté hypnotique dès la couverture... mais ne vous fiez pas aux apparences, car il est avant tout un manipulateur de premier ordre, faisant presque ce qu'il veut de Taïchi... pour une véritable raison encore floue, qui se dévoile petit à petit, et de manière de plus en plus inquiétante. Un personnage très ambigu et étonnamment fascinant à suivre, d'autant qu'il nous fait aller de surprise en surprise, que ce soit sur ses motivations, sur son identité, sur son sexe, et sur ce qu'il est prêt à faire ou non pour arriver à ses fins... Le manipulateur est-il également un meurtrier ?

A partir de sa rencontre avec Tetsuo, Taïchi doit donc suivre les directives de ce dernier, et même s'il sait que le beau blond n'est pas totalement digne de confiance, même s'il sait qu'il doit se méfier de lui, il est poussé à suivre ses demandes, parce qu'il y va également de son propre salut. De la bouche de Tetsuo, certaines légendes de la tour se dévoilent, bien que les plus grands mystères s'épaississent au fur et à mesure que le duo avance dans ses plans. Se rapprocher de Megumi devient presque une petite obsession pour Taïchi, tandis que, pour atteindre le trésor, il devient une obligation de duper son monde et de se rapprocher de personnes peu fréquentables, comme le procureur Dokuro Marube qui a racheté la tour, et qui possède lui aussi plus d'un secret malsain et immoral. Pour Taïchi, s'il veut pouvoir accomplir la quête de Tetsuo, il faudra, comme son inquiétant compagnon, devenir vil, manipulateur, méchant, et cela alors même que notre "héros" finit par montrer quelques élans d'altruisme et de générosité quand les pires drames arrivent.
En fait, Taro Nogizaka nous régale avant tout dans ses portraits de personnages quasiment tous malsains, qui ont tous des secrets ou des comportements détestables, allant de la manipulation à l'inceste en passant par le mensonge ou la négligence. Au fil de cette aventure qui ne fait que commencer, il reste difficile de savoir à qui se fier, et les faux-semblants éclatent les uns après les autres, tandis que les rares personnages innocents ne seront rien d'autre que les premières victimes d'une machination captivante. Le crime peut prendre bien des formes...

A vrai dire, dans cette façon de procéder, dans sa peinture de personnages malsains et un peu détraqués, dans son histoire policière étrange et morbide, dans son personnage central aussi hypnotique qu'inquiétant, dans son goût pour les nuances de gris, pour les visages marqués, pour les ambiances rétro et pour les mises en scène minutieuses de meurtres et autres événements sombres, Taro Nogizaka s'offre un style qui n'est pas sans rappeler un peu des romanciers comme, encore lui, Ranpo Edogawa, ou des auteurs de manga appréciant eux aussi ce type d'ambiance et de style visuel, dont Usamaru Furuya dans Je ne suis pas un homme. Après Team Medical Dragon, Taro Nogizaka change de genre et le fait d'excellente manière.

Avec ce premier tome, La Tour Fantôme s'offre des bases très solides, pour un rendu immersif à la fois malsain et fascinant, et une histoire mystérieuse qui a encore tout à dévoiler pour nous surprendre.
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Koiwai
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 22 mai 2014, 22:04

Tome 2 :

Marqué par la mort atroce de Megumi, Taichi est un peu plus décidé à retrouver la trace du meurtrier, qui est sans doute le même qu'il y a deux ans... Mais dans ce cas, peut-il vraiment s'agir de Reiko, puisque celle qui a été accusée du meurtre d'il y a deux ans a été déclarée morte peu de temps après ? Pourrait-elle être encore vivante ? Ou y a-t-il eu un coup monté pour la faire accuser à la place d'un autre ? De nombreuses questions animent l'esprit de Taichi, et une piste lui est offerte par le procureur Marube : Reiko avait un fiancé, Shiro Honjo, qui a disparu sans laisser de traces, en emportant avec lui l'unique photo de Reiko, qui permettrait de lever le voile sur l'identité du cadavre retrouvé dans l'eau deux ans plus tôt. Mais jusque là, personne n'a retrouvé la trace de Shiro. Encore plus motivé par le procureur qui lui fait miroiter de jolies choses, Taichi, accompagné de Tetsuo, part sur les traces de Reiko et Shiro, en commençant par se rendre sur une île près de Hiroshima, où la famille Honjo exerce son influence depuis des générations. Rapidement coupés du monde par un typhon, ils découvrent une grande famille en apparence bien sous tous rapports, mais cachant en réalité de sombres secrets. Au coeur de la nuit, alors qu'ils explorent les lieux, nos héros sont prix à parti par des individus cagoulés, et si Tetsuo s'échappe de justesse, Taichi est capturé et enfermé en attendant sa mise à mort...

Si l'histoire de la famille Honjo se devine dans les grandes lignes, elle n'en reste pas moins tendue et oppressante, Taro Nogizaka jouant à merveille sur l'ambiance créée par cette île coupée du monde et plongée dans la nuit. L'auteur offre à nouveau de jolis moments de mise en scène, et, tout en apportant quelques pistes encore vagues pour retrouver Shiro, parvient à croquer avec brio la face sombre de ses différents protagonistes, y compris de ceux qui semblent les plus purs...

Il en est de même dans le dernier tiers du tome, qui nous embarque sur la poursuite de la maigre piste. Celle-ci confronte Taichi et Tetsuo, rejoints par un inspecteur de police pas toujours très net, à une nouvelle menace étrange : Tesla, un savant fou qui va se faire un plaisir de les manipuler pour atteindre son propre objectif... Mais le savant est-il si fou que ça ? Dans tous les cas, nos trois larrons doivent s'exécuter au plus vite, mais, sans en dire trop, l'épreuve contraint Taichi à s'interroger plus en profondeur sur la notion de crime, au coeur de l'oeuvre.

Dans la Tour Fantôme, chacun des personnages conserve précieusement en lui ses crimes ou ses envies de meurtre. Que ce soit par soif de pouvoir ou d'argent, pour satisfaire son plaisir, par vengeance, pour protéger ce à quoi l'on tient, ou même pour tenter de sauver plus de vies en en sacrifiant une seule, le crime a ici bien des facettes, qui ne sont pas toujours faciles à appréhender tant elles plongent dans la psyché humaine. Et c'est cela qui pousse chaque personnage, de l'inquiétant et incestueux Marube à Taichi en passant par Tesla ou l'inspecteur Yamashina, à manipuler à sa manière son entourage, à mentir, à cacher certaines vérités... à brouiller les pistes, si bien que l'on a constamment le sentiment que Taichi ne peut totalement se fier à absolument personne.

Ajoutons à cela un contexte d'époque toujours aussi intelligemment utilisé (la première greffe réussie, la grande inondation de Hanshin...), et c'est avec toujours autant de plaisir qu'on se laisse balader par l'auteur.
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Luciole21
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Luciole21 » 05 juin 2014, 11:26

Une série efficace, aux dessins maîtrisés, et au scénario aboutit. Je pense que tout fan de bon "polar à énigme" y trouvera un intérêt (avis aux fans de détectives Conan, même si ici le propos est légèrement plus mature).
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Dernier coup de cœur manga : Chiisakobe (Minetaro Mochizuki)
Dernier coup de cœur franco-belge : Septs Nains (Lupano)
Dernier coup de cœur comics : Bone (Jeff Smith)
Dernier coup de cœur roman : La horde du contrevent (Alain Damasio)
Dernier coup de cœur film : Perfect Sense
Dernier coup de cœur jeux vidéo : Portal 2

Platineur débutant : http://www.psthc.fr/profil-psn-Coeluli. ... c7dbc3d294

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John Doe
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par John Doe » 18 juin 2014, 14:17

J'ai vraiment bien aimé ce premier tome, avec ses personnages malsains et son ambiance morbide. Il ne faut pas grand chose au "héros" pour devenir [spoiler]aussi manipulateur[/spoiler] que son "majordome". Et le dessin est très bon, ce qui ne gâte rien.
Une série qui part sur d'excellentes bases !
"Better a life like a falling star, brief and bright across the dark, than the long, long waiting of the immortals, loveless and cheerlessly wise" - The Broken Sword

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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 31 juil. 2014, 08:09

Tome 3 :

Taichi, Tetsuo et le détective Yamashina ont été empoisonnés par le docteur Tesla, et s'ils veulent obtenir l'antidote, ils sont contraint de se plier à la requête du savant fou : trouver une vie à sacrifier pour ses expériences, sans quoi, c'est Taichi qui aura l'"honneur" d'être le sujet des expérimentations. Les choses paraissent simples : il leur suffit de désigner quelqu'un, et même pas de le tuer. Pas besoin de se salir les mains, seuls quelques mots suffiront pour dévoiler une future victime au docteur. Mais leurs trois vies valent-elles forcément mieux qu'une ? Et peut-on seulement juger ainsi la valeur d'une vie ? Même si Yamashina pense trouver une solution en désignant l'homme qui a autrefois tué son ami d'enfance et violé sa petite soeur, rien n'est écrit d'avance...

En reprenant la bonne vieille recette du savant fou, Taro Nogizaka soulève avec brio des interrogations pertinentes sur ce que vaut la vie, et entre Taichi qui se retrouve partagé entre la lâcheté et son humanité le poussant à ne pas vouloir suivre les ordres, Yamashina qui tente de se convaincre que tuer un tueur supposer est juste, ou même Tesla qui est prêt à sacrifier des vies pour en sauver encore plus, l'auteur amène une belle variété de cas psychologiques, pour un abord du sujet pertinent, déstabilisant, et aboutissant sur un final pas forcément attendu. Pour arriver jusque là, c'est une nouvelle fois Tetsuo qui vole la vedette à tout le monde, en mettant au point un plan aussi tordu que risqué, et qui, surtout, finit de dévoiler d'importante informations sur son identité...
Depuis le début de la série, Tetsuo, aussi séduisant qu'énigmatique ou inquiétant, porte la série et ne cesse de multiplier les interrogations. Qui est-"il" vraiment ? Lui qui semble si doué pour manipuler les autres, peut-on réellement croire en ce qu'il affirme ? Cette fois-ci, il semblerait que oui, tant il en connaît long sur ce qu'il affirme. Et tout ne fera que se confirmer dans une suite où nos héros, plus proches que jamais de Shiro, poursuivent leurs investigations dans le plus sordide des lieux : le labyrinthe caché sous la Tour Fantôme.

C'est cette deuxième partie de tome qui bluffe le plus. Lieu de tous les secrets, évoqué depuis le premier tome, le labyrinthe se dévoile, et entre nos héros, Satoko, le dénommé Shirai, la nouvelle gouvernante des lieux et son fils et la flicaille, personne n'en ressortira indemne, car le tueur de la tour est là, rôde, prêt à abattre sa cisaille...
Le rythme effréné et l'action prennent le dessus, et si Taro Nogizaka ne fait que reprend des grands classiques du genre horrifique (le labyrinthe rempli de pièges mortels et d'ouvertures secrètes, le tueur cagoulé qui rôde...), il les mêle avec une maestria impressionnante. Tandis que le parfum de mort est plus que jamais présent et s'abat à plus d'une reprise, l'ambiance en huis-clos malsain est parfaitement rendue par un impeccable travail de mise en scène, où chaque recoin du labyrinthe devient un lieu inquiétant pouvant cache un piège mortel ou, pire, le tueur, capable de surgir de n'importe où. Dans cette atmosphère oppressante dont il semble impossible de s'échapper, le véritable fond des personnages se dévoile peu à peu : la lâcheté de Shirai, la force d'une mère qui serait prête à tout pour sauver son enfant, la bonne volonté mêlée de panique et de faiblesse de Satoko, les flics accomplissant avec abnégation leur rôle... Tout ceci laisse entrevoir un travail psychologique qui se révèle parfois touchant, parfois inquiétant, et qui nous amène avec talent vers une fin de tome impressionnante et inattendue, où tout se précipite en redéfinissant considérablement ce que l'on pensait déjà acquis. L'identité du tueur, les relations entre les personnages dont celle entre Taichi et Tetsuo... Taro Nogizaka ouvre de nouvelles voies pour la suite de son récit, qui reste maîtrisé de bout en bout.

Une nouvelle fois, La Tour Fantôme confirme son statut d'excellente série, et se place comme l'une des références du moment dans sa catégorie. L'auteur offre un bijou de mise en scène qui ne laisse pas insensible.
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 18 nov. 2014, 15:23

Tome 4 :

Le labyrinthe souterrain de la Tour fantôme a été détruit, et a emporté avec lui plusieurs personnes prises dans les nombreux pièges ou entre les griffes du tueur. Taïchi et Tetsuo ont pu en réchapper, mais non sans conséquences : ils sont forcément accusés des meurtres et sont désormais recherchés par la police. En convalescence chez le Dr Tesla, Taïchi est rongé par des doutes de plus en plus forts depuis que Tetsuo lui a révélé sa véritable identité : il est une femme, qui plus est la fameuse Reiko, accusé du meurtre ayant eu lieu quelques années auparavant sur l'horloge de la Tour. Taïchi peut-il lui accorder pleinement sa confiance ? Tetsuo a beau sembler lui cacher encore des choses, la réponse fait de moins en moins de doute pour lui, tant sa fascination pour le (la) sublime blond(e) grandit, encore et encore. Et puis, Tetsuo sait tellement bien trouver les mots qu'il faut pour le convaincre de lui faire confiance... En début de volume, Taro Nogizaka excelle toujours dans l'art de rendre le personnage de Tetsuo fascinant et énigmatique, tout en lui conférant tout de même une plus grande part de fragilité. Forcément, l'impression laissée sur Taïchi est très ambiguë (sera-t-il capable de ne pas tomber amoureux d'un être si envoûtant ?), mais on retient encore plus le jeu de l'auteur sur la confusion des sexes, Tetsuo souhaitant être un homme et Taïchi se montrant moins masculin que sa compagne...

Taro Nogizaka continue d'ailleurs de jouer là-dessus par la suite. Ayant mis la main sur une nouvelle piste, nos deux héros se remettent en route, direction Tokyo, mais étant recherchés, ils doivent se déguiser et se faire passer pour un jeune couple, où Taïchi se retrouve à faire la femme, tandis que Tetsuo reste en homme. Situation qui va étonnamment bien à Taïchi, qui, grimé en épouse, se découvre des penchants discrets mais existants, et certaines scènes valent évidemment le détour (quand le policier entre dans la chambre d'hôtel...). Sur leur route pour Tokyo, tous deux se retrouvent néanmoins dans un village pour le moins particulier, dont les moeurs ancestrales s'avèrent inquiétantes... d'autant que les habitants, dominés par la vieille Kume, leur interdisent de quitter les lieux...
Dans la façon dont elle est amenée, l'intrigue dans ce village coupé du monde peine à convaincre. Comme par hasard, nos héros se retrouvent dans un tel lieu, vite fait bien fait... et ce qu'ils y découvrent manque un peu de piquant. L'auteur amène pourtant plusieurs pistes intéressantes, comme le pavot, les légendes sur le nombre de personnes devant habiter le village, le soi-disant malédiction, les inquiétantes statues... mais pour la plupart de ces éléments, il ne fait finalement pas grand chose, et se concentre plutôt sur une nouvelle affaire de meurtre dans la pure lignée d'un genre précis, où la personne morte est retrouvée dans un endroit fermé de l'intérieur. L'enquête, dans son ensemble, va assez vite, et ne comporte pas d'énormes surprises, hormis une délicieusement malsaine sur les motivations du coupable. Et au bout du compte, on se demande un peu ce qu'apporte ce récit dans la série, tant rien ne semble le rattacher à l'intrigue principale.
Néanmoins, il y a toujours cette ambiance qui fait des merveilles. Comme toujours dans l'oeuvre,on frôle le paranormal sans jamais réellement tomber dedans, ce qui crée une atmosphère inquiétante du plus bel effet, atmosphère encore renforcée par la mise en scène soignée du mangaka. Il n'en faut pas plus pour se laisser happer et pour passer un bon moment.

Malgré une intrigue secondaire (rien ne semble indiquer qu'elle se rattachera de quelque manière que ce soit à l'intrigue principale) assez facile et classique, La Tour Fantôme reste une lecture plaisante, immersive, qui doit ici beaucoup à son travail d'ambiance inquiétant, à sa confusion des sexes et à sa mise en scène de très bonne facture. Mais après cet aparté, on a surtout envie de voir le récit redécoller dans le prochain volume.
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 20 nov. 2014, 19:46

Tome 5 :

Après leur escale malsaine dans un village coupé du monde, Taïchi et Tetsuo arrivent enfin à Tokyo, sur la piste de l'écrivain Fuhenboku Sakai, qui semble en savoir beaucoup sur la Tour fantôme, son roman "Le Labyrinthe gris" décrivant avec une précision étonnante les pièges qui s'y cachent. Sur place, ils obtiennent quelques précisions utiles de la part de Yamashina. Mais la présence de ce dernier dans la capitale signifie également que Marube s'y trouve. Accompagné de Satoko, il cherche lui aussi Fuhenboku Sakai, et quand l'écrivain est enfin repéré, les chemins se croisent pour un résultat imprévisible, fait de révélations surprenantes et d'un nouveau parfum de mort...

La découverte du personnage de Fuhenboku Sakai s'accompagne d'informations et de confirmations autour de la famille Marube. Informations sur les origines de Satoko, et confirmations sur la perversité très malsaine du père de la jeune fille, qui dévoile des penchants toujours plus sulfureux. Par ailleurs, Taro Nogizaka exploite toujours aussi intelligemment le contexte de l'époque, évoquant ici la percée du communisme et les heurts qui y sont liés au Japon et en Corée. Le résultat est habilement dépeint sans non plus en faire trop, même si des facilités sont toujours là (certains événements arrivent un peu trop au moment opportun) et que certains personnages ont un rôle un peu trop basique (et reverra-t-on le dénommé Moon plus tard ?).
L'auteur sait toujours tirer le meilleur des facettes sombres de ses personnages, tous ayant des secrets ou des pulsions à cacher (hormis Satoko, seule figure qui jusque là paraît innocente, mais qui se fait encore bafouer), et l'ambiance est parfaitement préparée pour la suite, qui nous offre un nouveau petit massacre oppressant, avant d'intriguer encore et toujours autour de l'Horloge de la mort et de son lien exact avec un Tetsuo qui cache encore des choses.

Le récit continue d'avancer, finalement assez doucement (il a quand même fallu quasiment deux tomes avant de concrétiser réellement la piste Fuhenboku Sakai, et cette concrétisation reste assez sommaire dans l'avancée de l'intrigue principale) mais en développant toujours aussi efficacement les personnages et l'ambiance, qui doivent beaucoup à la mise en scène et à la narration quasiment impeccables. La fin du tome arrive à point nommé pour jeter un nouveau voile de doute autour de la relation Taïchi/Tetsuo, pris dans le piège d'un Marube plus inquiétant que jamais...
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 10 avr. 2015, 13:16

Tome 6 :

Pour avancer dans leur quête, Taïchi et Tetsuo doivent désormais se plier aux exigences de Dokuro Marube. Les voici pris au piège dans son manoir, contraints de travailler pour lui... ce qui ne présage rien de bon pour eux. Car les moeurs de Marube, son goût pour l'humiliation et ses facultés à manipuler les autres sont autant de menace qui planent...
Dans un début de volume où nos deux héros doivent côtoyer de plus près l'un de leurs inquiétants adversaires, Tarô Nogizaka continue de nous plonger dans une ambiance où ambiguïtés sexuelles et moeurs décadentes restent un régal, d'autant que le mangaka sait s'arrêter au bon moment en n'allant pas trop loin, son histoire restant donc accessible.
En filigrane, il continue d'approfondir doucement la psychologie de ses personnages, autour du soutien dont a besoin Tetsuo face aux humiliations de Marube, et des tourments d'un Taïchi tombé dans le piège sournois d'un inspecteur dont la perversion ne semble avoir aucune limite.

Et c'est cette perversion qui s'exprime à nouveau dans la suite du tome : ayant tiré parti de la situation, Marube peut désormais mettre au point un plan aussi machiavélique que dérangeant pour dénicher le trésor de la Tour. Une grande chasse au trésor où sont conviés des criminels de tous type est organisée, des duos parfois inattendus se forment et tous les principaux personnages sont au rendez-vous, y compris la douce Satoko qui se dévoile un peu plus. Mais forcément, la Tour, à l'instar du labyrinthe qu'elle renfermait sous terre, cache de nombreux pièges qui n'auront de cesse de s'abattre sur les nombreux participants. Et entre ces pièges et les criminels qui peuvent à tout moment retourner leur veste, les dangers peuvent venir de partout pour les principaux protagonistes...
Grâce à son dessin détaillé et à sa mise en scène nous immergeant totalement dans cette inquiétante tour remplie de pièges, Nogizaka nous offre à nouveau un brillant moment de lecture, où l'on ressent à chaque page les dangers possibles et le parfum de mort qui peut s'abattre à tout moment. Certains personnages, à commencer par Yamashina, en profitent pour révéler leurs secrets les plus inavouables, et les pièges, tout aussi inventifs et ingénieux soient-ils, ne sont peut-être rien à côté d'une autre menace : l'Horloge de la mort, qui n'a jamais été si près de révéler son identité, est là, prête à abattre ses adversaires...

Une nouvelle fois, il est donc difficile de lâcher la lecture en cours de route, et la suite de cette mortelle chasse au trésor risque fort d'être tout aussi palpitante.
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 09 juin 2015, 16:37

Tome 7 :

Au sein de la Tour Fantôme et de ses nombreux pièges et énigmes, la mortelle chasse au trésor a déjà commencé et de nombreuses morts sont déjà à noter.
D'un côté, Yamashina et Taïchi sont parvenus à se sortir vivants d'un plafond piégé. Quand il se réveille, Taïchi est seul, mais ne tarde pas à retrouver le policier. Et tous deux croisent bientôt la route de Satoko, la pauvre jeune fille étant mal en point face à deux criminels. Une fois sauvée, elle leur apprend que l'inspecteur s'est fait avoir par l'Horloge de la Mort, et c'est ensemble que les trois personnages poursuivent leur route vers le trésor... non sans quelques heurts.
Quant à Marube et Tetsuo, ils entreprennent une périlleuse et impossible escalade pendant laquelle, menottés, ils risquent de se rapprocher en devant compter l'un sur l'autre. C'est le moment que choisit Marube pour proposer à Tetsuo de le rejoindre... Taïchi perdra-t-il son amie ?

C'est en suivant en parallèle les deux groupes que se poursuit la quête du trésor, non sans révéler de nouvelles choses sur chacun de nos cinq principaux protagonistes, à commencer par Tetsuo, confrontée à la perspicacité d'un Marube décidément aussi inquiétant qu'intelligent. Après avoir révélé ce qu'il envisageait de faire de sa fille adoptive, le brave détraqué pousse Tetsuo dans ses retranchements alors même qu'ils sont suspendus au-dessus du vide, et le voile se lève alors enfin sur la façon dont est morte la mère de cette dernière. On découvre tout l'horreur de cette mère adoptive qui fut l'une des premières à enfoncer Tetsuo dans son ambiguïté sexuelle, alors même que la tension est entretenue par le danger planant autour du duo menotté et accroché à un mur quasiment infranchissable.
On retrouve cette ambiguïté sexuelle du côté d'un Yamashina dont on connaît désormais l'homosexualité. A une époque comme celle des années 1950, la chose n'est pas forcément bien vue, et la première à le démontrer n'est autre que Satoko, véritablement dégoûtée par la chose. Et alors que l'aura de pureté de cette dernière commençait déjà à être doucement entachée, elle manque de basculer réellement à un moment précis... Où s'arrêtera la décadence dans la Tour Fantôme ? Aura-t-elle raison des personnages ?

Pendant ce temps, la route sinueuse à travers la tour se poursuit, des hypothèses se créent et se consolident concernant l'identité de l'Horloge de la Mort... Où se situe la vérité ? Et le trésor sera-t-il bientôt atteint ? Il reste deux volumes à la série pour lever tout le voile, et pour l'instant Taro Nogizaka reste pleinement maître de son récit.
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Re: La Tour Fantôme

Message non lu par Koiwai » 25 sept. 2015, 11:26

Tome 8 :

Accompagné de Satoko et de Yamashina, Taïchi est à deux doigts de dénicher le trésor de la Tour. Il a résolu la dernière énigme... du moins le pense-t-il. Quel est le dernier piège de ces labyrinthiques souterrains ? Et est-il parvenu à distancer l'Horloge de la mort ?

La réponse à ces questions arrive très vite, et se fait de la plus implacable des manières. Dès les premières pages, Taro Nogizaka nous replonge dans un rebondissement qui, en quelques pages quasiment muettes dont la soudainement et la brutalité sont parfaitement rendues, relance de plus belle l'ambiance tendue et l'intensité dramatique. L'Horloge de la mort est bien là. Elle frappe encore. Et l'heure est venue pour elle de tomber le masque.

Pour un lecteur mieux replongé que jamais dans la tension du récit, l'heure est alors venue d'enfin découvrir la vérité sur l'un des principaux mystères de la série : l'identité de l'assassin. Et l'auteur parvient à surprendre un peu en reliant le parcours de celui-ci à quasiment tout ce qui s'est passé jusque là, de façon cohérente et en n'oubliant pas certaines pistes qui étaient restées ouvertes. On pense notamment au rôle de Moon, que nous avions laissé quelques tomes auparavant.
Pour le vaincre, Taïchi devra ruser... et ne pas hésiter à tuer, pour s'en sortir, pour sauver ceux qui sont encore vivants, et surtout pour venger les êtres chers qu'il a perdus. Ici, on ressent enfin pleinement à quel point le personnage principal, au tout début si faible et apathique, a changé au fil de cette aventure et des rencontres qu'il a faites... à commencer par celle de Tetsuo. Et la suite du tome ne fera que confirmer cela, Taichi étant amené à faire le point sur Tetsuo, mais aussi sur ses évolutions en voyant réapparaître une trace du souvenir de Megumi.

Mais même s'il parvenait à se débarrasser de l'assassin, tout serait-il réellement terminé ? Le terme d'Horloge de la Mort n'est-il bon qu'à désigner uniquement celui qui s'est sali les mains ? Taichi devra le découvrir dans la dernière ligne droite de la série, qui commence avec ce volume, et où le plus inquiétant personnage de l'oeuvre, Dokuro Marube, révèle enfin ses folles ambitions liées à Tetsuo... Les révélations sur Marube, sur Tetsuo, pleuvent à nouveau, montrent à nouveau certains penchants décadents chez les personnages, et l'ambiance tendue repart de plus belle en nous annonçant un neuvième et dernier tome mouvementé...
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