Au gré du vent

Cette rubrique est consacrée à toutes les séries qui ne sont pas issues du Japon mais qui s'apparentent au manga. Vous y retrouverez donc les manwhas (Corée), les manhuas (Chine), mais aussi les séries appartenant au "Global manga" (courant qui regroupe notamment des auteurs français).
Avatar du membre
Koiwai
Rider on the Storm
Messages : 9190
Enregistré le : 18 avr. 2008, 11:52
Localisation : Lille

Au gré du vent

Message non lu par Koiwai » 10 mars 2016, 10:29

Image

La fiche sur le site


Au Gré du Vent revient de loin : initialement annoncé fin 2014 pour une sortie en janvier 2015 dans la collection Chin'Art de Pika Edition (collection qui semble désormais aux oubliettes) avant de disparaître des plannings sans explications, cet ouvrage débarque finalement en ce mois de mars 2016 pour relancer la collection Graphic de l'éditeur, qui était laissée à l'abandon et pour laquelle il souhaite désormais des auteurs asiatiques aux codes narratifs et au trait proches du roman graphique. Pour relancer la collection dans cette nouvelle optique, le choix de Golo Zhao, que l'on connaît déjà pour La Balade de Yaya, Entre terre et ciel et Passeurs d'âme, semblait plutôt évident tant l'artiste chinois a su imposer un style et une vision propres, à même de plaire au public français et de créer une passerelle entre celui-ci et la Chine.

A la base d'Au gré du vent, on trouve un film scénarisé par Jingjing Bao et sorti sur les écrans chinois fin 2013, que Golo a choisi d'adapter en près de 170 pages en insistant sur une thématique universelle : la recherche du bonheur.

Cheng Yumeng, jeune employée d'un magazine vivant à Pékin, a déjà beaucoup voyagé, mais est désormais chargée par sa supérieure de partir au Népal pour préparer un article sur un sujet précis : pourquoi l’indice de bonheur des Népalais est-il si élevé malgré leur pauvreté ? Une interrogation qui, peu à peu, finit par intriguer la jeune femme elle-même, qui, dans une ville et un travail peu reconnaissants où elle peine à s'épanouir et à trouver sa place, peine à faire le point sur sa vie, sur son travail, sur son parcours. Durant le voyage, elle rencontre plusieurs autres personnages, comme Wang Can, un gosse de riches qui vient de rater son mariage, Li, une jeune fille spontanée que son copain vient de quitter, ou Na, une femme plus âgée ayant une relation un peu houleuse avec sa fille adolescente. Au fil du voyage, entre bavardages, petites disputes, moments festifs ou découvertes, ces différentes personnes apprennent à se découvrir, à mieux se cerner, à se confronter les uns aux autres pour tenter de trouver un sens à leurs échecs et leur vie, tout en découvrant les beautés et limites d'un pays qui n'a pas fini de les étonner et de leur faire prendre conscience que le bonheur ne tient pas forcément à grand chose.

C'est sur un ton parfois presque naïf (certains diront basique) que Golo Zhao narre la quête personnelle de Cheng mais aussi des autres voyageurs. Et même s'il y a quelques maladresses, comme des passages temporels peu clairs ou des dialogues parfois trop basiques dans la façon dont ils sont amenés, on se laisse très facilement prendre dans le récit de ces personnages tentant tous de faire le point sur leur vie après diverses désillusions : l'incapacité à s'épanouir dans un travail éreintant et sans réelle reconnaissance, les échecs sentimentaux, les difficultés familiales... Le voyage au Népal devient alors un moyen de tenter de se ressourcer, de comprendre quelle voie prendre pour trouver le bonheur. L'argent ? L'ambition ? L'amour-propre ? Sans doute pas. D'autres réponses, parfois différentes, se dressent chez chacun de ces personnages.

Pour porter ce récit aussi simple qu'essentiel et universel, le travail visuel de Golo Zhao fait des merveilles, l'artiste nous plongeant totalement dans quelques vues de Pékin et surtout dans un Népal qu'il dépeint dans toutes sa beauté et ses limites, et toujours avec une certaine magnificence. Les scènes presque contemplatives de paysages naturels ou nocturne alternent avec les visions de la vie des habitants, les instants chaleureux en intérieur ou extérieur, tout comme les passages de doutes laissent place aux moments de grâce libérateurs, comme en toute fin de tome face à l'immense et sublime montagne. On retrouve le goût de l'artiste pour les visages un peu arrondis et doux, pour l'énorme travail sur les couleurs qui s'adaptent toujours avec nuances aux différentes ambiances, et pour les nombreux jeux de lumière fins qui finissent de sublimer le tout. Sur le plan visuel, Golo Zhao ne fait que confirmer toutes ses qualités vues sur ses récits précédents.

Quant à l'édition de Pika, elle s'avère très qualitative : grand format, traduction globalement convaincante malgré quelques dialogues parfois un peu poussifs, notes de traduction bien présentes et utiles, papier bien épais, qualité d'impression faisant honneur aux planches de l'artiste... Sans oublier, en fin de tome, quelques pages bonus dévoilant des croquis préparatoires.
Image

Mon top lectures (hors nouvelles séries) de 2015 :
RiN 5, A Silent Voice 6, Ushijima 27.

Mon top nouvelles séries de 2015 :
Deathco, Underwater, Les Enfants de la baleine, One-Punch Man.

Répondre