Wally Doyle

Cette rubrique est consacrée à toutes les séries qui ne sont pas issues du Japon mais qui s'apparentent au manga. Vous y retrouverez donc les manwhas (Corée), les manhuas (Chine), mais aussi les séries appartenant au "Global manga" (courant qui regroupe notamment des auteurs français).
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Koiwai
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Wally Doyle

Message non lu par Koiwai » 03 avr. 2010, 23:11

Wally Doyle
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Sorti dans le plus total anonymat dans la collection "manga jeunesse" des éditions Clair de Lune, Wally Doyle est un one-shot de réalisation française, conçu par Marc Cantin et Patrice Lesourd. Et à vrai dire, il est bien dommage qu'aucune communication n'ait été faite autour de ce titre, tant il regorge d'évidentes qualités.

Depuis que son père a disparu et que sa mère l'a laissé à l'abandon chez ses grands-parents, le jeune Wally Doyle se sent seul et abandonné. Mais un soir, il va faire une bien singulière rencontre: une renarde venue chaparder une poule en pleine nuit. De fil en aiguille, Wally et la renarde vont finir par sympathiser puis par s'entraider lorsque l'heure sera venue pour Wally, abandonné par une mère égoïste et pourchassé par un baron sans coeur, de partir à la recherche de son père et de se retrouver au Passe-Mémoire, lieu dont on ne revient pas, où un monstre rôde en tentant de subtiliser la mémoire de ceux qui oseraient y pénétrer...

De prime abord, c'est bel et bien un univers exclusivement enfantin que nous proposent les auteurs: la rencontre de Wally avec une renarde parlante ou encore l'idée de ce Passe-Mémoire gardé par un monstre, par exemple, sont des éléments propres au conte. Cet aspect ne manque pas d'être renforcé par le style visuel de l'oeuvre: ici, les décors, souvent des décors naturels, sont toujours présents et dégagent, de par leur aspect régulièrement hachuré, quelque chose d'un brin féérique, imaginaire. De plus, le trait de ces paysages et des personnages est volontairement légèrement déformé ou caricatural, comme pour évoquer des dessins d'enfants. Sur ce point, l'aspect du ciel, pourvu de grosses étoiles dotées de quatre, cinq, six branches inégales, en est le parfait exemple.

Mais si Wally Doyle emprunte des éléments au registre du conte pour enfants, ces éléments ne sont là que pour servir une histoire d'une rare subtilité pour un titre destiné au jeune public: contrairement à une immense majorité des oeuvres dédiées à ce public, Wally Doyle ne prend pas les enfants pour des idiots. Les personnages sont certes assez stéréotypés et manichéens, mais tout n'est pas tout blanc ou tout noir, les dialogues n'ont rien de la guimauve habituelle, le titre parle vrai et aborde des sujets sensibles sans le moindre parti pris. Certains évènements sont cruels, voire "violents" pour un titre de ce genre. Ainsi, le principal sujet qui fâche n'est pas des moindres: le manque d'amour d'une mère envers son enfant, une mère égoïste prête à tout pour son propre plaisir, même à abandonner son fils et à le maltraiter lorsqu'il réapparaît, plein d'espoir, devant elle. Sur ce point, le lecteur ressentira autant que Wally la claque que sa mère lui inflige à la page 40.
D'autres thèmes plus classiques de ce type d'oeuvre sont évidemment abordés: à travers la rencontre entre Wally et la renarde, le message de tolérance face à la différence et l'éloge de l'amitié sont évidents. Au fil des 160 pages qui composent le récit, les notions de pardon, d'entraide, d'écoute sont également de la partie, et tous les thèmes sont abordés sans le moindre aspect moralisateur, sans la moindre assistance, avec le plus grand naturel. A ce sujet, on retiendra donc ce thème de l'enfant abandonné par sa mère, sujet abordé dans son plus simple apparat, sans la moindre tentative d'explication (mais peut-il vraiment y avoir une explication valable à cela ?). Seul l'égoïsme de la mère, absolument détestable, est en cause. Le pied de nez qui lui est fait à la toute fin n'en est que plus délicieux.

La véritable force du titre réside sans doute en cela: que ce soit dans la narration ou dans les dessins, jamais Marc Cantin et Patrice Lesourd ne se forcent ou ne se veulent moralisateurs. Leur histoire coule naturellement, presque paisiblement, les thèmes abordés sonnent d'autant plus vrais qu'ils ne sont pas servis par des gamineries exagérées. Aucune guimauve n'est à noter, aucune violence exagérée, rien d'horrifique non plus (le design, bourré d'inventivité, du monstre du Passe-Mémoire, n'a rien d'effrayant). Et les thèmes les plus délicats, les quelques moments violents, comme cette fameuse page 40, sont atténués par cette narration qui ne s'attarde en rien dessus, par ces dessins au style enfantin, par ce noir et ce blanc qui offrent à l'ensemble quelque chose de pur, par des héros délicieux (à commencer par une renarde diablement rusée et attachante) et par un humour espiègle qui est loin d'être oublié (les passages avec le chien de garde du château, par exemple, sont très bons).

Classé dans une collection jeunesse, Wally Doyle est pourtant susceptible de plaire à tout public tant l'oeuvre évite brillamment les clichés propres aux titres pour enfants. Les thèmes abordés le sont finement, et certains pourraient même trouver un écho chez les plus grands. Une curiosité ingénieuse et attachante à conseiller vivement à tout public.

Du côté de l'édition, c'est quasiment du tout bon. Le lettrage peut paraître un peu petit au début mais l'on s'y fait vite, la police choisie est bien adaptée à l'histoire, et on ne notera qu'une ou deux fautes de frappe qui passeront facilement inaperçues. L'impression est bonne, la papier souple agréable à manipuler.
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