Ce goût

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ShadO
Dreamer in the rain
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Ce goût

Message non lu par ShadO » 11 févr. 2011, 22:54

Ce goût
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Harold est un employé modèle à l'humeur cynique qui vit une existence ordinaire et sans histoires. Plus jeune, cependant, il a été abandonné par sa mère. Son seul souvenir d'elle ? Les dimanches midi, lorsqu'elle lui préparait à manger toute la matinée durant pour le combler lors du déjeuner. Mais voila qu'un beau jour, tout bascule. Harold se met à ressentir un goût étrange dans la bouche, un goût que rien ne peut effacer. Ayant consulté en vain un docteur, ayant tenté les solutions farfelues proposées par son ami Nelson, Harold ne sait plus quoi faire et perd petit à petit les pédales...

Avec ce point de départ peu commun, Neyef va nous emmener dans une intrigue rondement menée où il n'y de place ni pour la lassitude, ni pour l'ennui. S'il a souvent recourt à la troisième personne pour parler de ses personnages, et par la même occasion à sortir des phrases parfois un peu lourdes et maladroites, ceux-ci n'hésitent cependant pas à y aller de leur petite réplique cinglante de temps en temps. C'est notamment le cas d'Harold qui en impose vraiment dans son rôle de héros antipathique et dérangé. L'humour noir qui en découle est d'ailleurs particulièrement savoureux. Mais les autres ne sont pas en reste pour autant. Nelson, en tant que second rôle, remplit également parfaitement bien sa tâche. Se faisant remarquer quand il faut, sachant rester discret lorsqu'on a pas besoin de lui. Bref, si il y a relativement peu de personnages qui gravitent autour d'Harold, ceux-ci sont néanmoins bien maîtrisés par l'auteur.

Et il en va de même pour la narration et l'histoire. Aucun temps mort, beaucoup de rythme malgré le peu d'action pure, la quasi non-présence de longs monologues y est sans doute pour beaucoup, et un scénario qui se dévoile petit à petit pour finalement nous offrir une conclusion surprenante et réussie, tout en étant parfaitement logique. En outre, en marge de cela, on peut également retrouver une critique virulente de la société de consommation à travers les faits et gestes d'Harold. Si, dans un premier temps, il reste humain tout en consommant abondamment les ressources à sa disposition, il se mue peu à peu en bête sauvage, perd sa conscience, et se rue sur tout et n'importe quoi. Consommer, consommer, et consommer encore pour éteindre le feu qui le brûle de l'intérieur, autrement dit ce gout insupportable qui le hante jour et nuit, le plongeant peu à peu dans la folie. Neyef ne fait pas dans la demi-mesure ni dans la subtilité, n'hésite pas à ajouter l'une ou l'autre scène assez trash, mêle un peu d'humour à l'ensemble et, encore une fois, le résultat est à la hauteur de nos attentes.

Côté dessin, on retrouve un trait agressif, imprécis, couplé à une colorisation tape-à-l'œil. Déroutant au départ, on en vient cependant rapidement à la conclusion que cette atmosphère instaurée correspond à merveille au héros mis en place. Qui plus est, on a droit à des décors bien détaillés et il faut reconnaitre qu'un certain style se dégage de l'ensemble. Un style loin d'être déplaisant, à vrai dire.

Grâce à des personnages décalés, des dialogues légèrement surréalistes et une intrigue bien ficelée, le tout enrobé d'un aspect graphique collant parfaitement bien à l'ensemble, Ce gout ne tarde pas à convaincre et à s'imposer comme une lecture très agréable. Certes, certains passages sont assez inégaux et moins intéressants que d'autres mais, globalement, Neyef nous offre un ouvrage original et plein de charme.
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