Gundam la saga!

Pour nous faire découvrir un animé, un film asiatique ou donner des informations relatives à ces univers.
Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 08 juil. 2014, 02:06

Au cas où certains voudraient découvrir Gundam, je précise que Sunrise met directement à disposition différentes séries en visionnage gratuit et légal sur le site officiel de la franchise et sur leur chaîne Youtube.

http://en.gundam.info/index/white

http://www.youtube.com/channel/UCejtUitnpnf8Be-v5NuDSLw
Modifié en dernier par Glass Heart le 17 avr. 2015, 01:19, modifié 1 fois.

Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 24 juil. 2014, 22:21

Mobile Suit Gundam Formula 91

Image

Studio: Sunrise.
Réalisateur: Yoshiyuki Tomino.
Année: 1991.
Durée: 2h00.
Editeur: Beez.
Univers: Universal Century 0123.


http://www.manga-news.com/index.php/vol ... ndam-F-91/

J2duSaXppPQ

Casting:

Seabook Arno : Koji Tsujitani
Cecily Fairchild : Yumi Toma
Carozzo Ronah : Masaki Maeda
Zabine Chareux : Kiyoyuki Yanada
Dorel Ronah : Takeshi Kusao
Meitzer Ronah : Teppei Takasugi
Dwight Camury : Takehito Koyasu
Drosie Mua : Ai Orikasa
Reese Arno : Sayuri Ikemoto
Monica Arno : Miyoko Shoji



L'Histoire

Universal Century 0123.

Le monde est entré dans une nouvelle ère. Trente ans après la rébellion de Char Aznable, l'humanité est partie s'installer dans l'espace afin d'offrir à la Terre le répit nécessaire pour pouvoir renaître. Mais à peine l'homme commençait-il à s'adapter à son nouvel environnement qu'il voulut revenir sur sa planète natale. Seuls les hauts-gradés de la Fédération Terrestre furent autorisés à y retourner pour y couler des jours paisibles dans l'oisiveté alors qu'au dessus de leurs têtes, l'espace commençait de nouveau à sombrer dans une ère de guerres et de conflits. Livrées à elles-mêmes et voulant se débarrasser de l'influence vacillante de la Fédération, certaines colonies proclamèrent leur indépendance et leurs ambitions conquérantes.

Autrefois paisible, la colonie Frontier Side IV est subitement attaquée par l'organisation militaire Crossbone Vanguard dirigée par la famille Ronah. Les forces fédérales encore présentes dans la colonie sont en nombre insuffisant et surtout beaucoup trop désorganisées et trop lâches pour pouvoir leur résister, au point de provoquer plus de pertes civiles que s'ils s'étaient abstenus. Crossbone Vanguard s'empare ainsi rapidement de la colonie qu'elle rebaptise au nom de Cosmo Babylonia, aspirant à en faire un régime utopiste et à faire réaliser aux dirigeants de la Fédération que leur temps est révolu et que l'avenir de l'humanité viendra de l'espace et non du sol terrestre. Les forces fédérales encore en mouvement dans la région se positionnent à proximité de la colonie afin de préparer la contre-attaque avec l'appui de la guérilla locale, embrigadant de force de jeunes civils dans leurs rangs.

Seabook Arno, un jeune mécanicien de Frontier Side IV, a été séparé de sa petite amie Cecily Fairchild au cours de l'attaque, capturée par les membres de la famille Ronah dont elle est en réalité l'héritière légitime disparue, la princesse Berah Ronah. Alors que le nouvel empereur Meitzer Ronah, son grand-père, lui demande de l'assister afin d'assurer la transition pacifique dans les instances dirigeantes de la colonie, ayant vécu au sein de ses habitants pendant des années, la jeune femme se voit imposer un destin glorieux qu'elle n'a jamais désiré. De son côté, Seabook et ses amis rescapés du désastre rejoignent contre leur gré les forces fédérales. Il apprend que la mère qui l'a abandonné autrefois travaille secrètement pour la Fédération Terrestre en tant que scientifique et qu'elle a mis au point un nouveau prototype de Gundam, le F91, dont il devient le pilote attitré et qui est amené à devenir le fer de lance de la contre-attaque fédérale pour la libération de la colonie. Aux commandes du nouveau Mobile Suit, Seabook va donc devoir affronter les forces de Crossbone Vanguard afin de sauver Cecily. Mais que se passera t-il quand les deux amants se retrouveront face à face sur le champ de bataille, devenus ennemis ?



Commentaires

Après le film Mobile Suit Gundam: Char contre-attaque sorti en 1988 qui mettait le point final à l'histoire d'Amuro Ray et de Char Aznable, on pensait que Yoshiyuki Tomino en avait terminé avec sa saga phare et l'Universal Century. Pourtant, quelques années après, le réalisateur décide finalement de revisiter son univers avec une nouvelle série animée qui sera une sorte de réinvention de la franchise, située une trentaine d'années plus tard dans le futur de l'Universal Century. Après la mise en chantier avortée du projet série suite à des difficultés de production, Tomino décide finalement de raconter son histoire sous la forme d'une série de long-métrages dont le premier, Mobile Suit Gundam F91, sorti dans les salles japonaises en 1991, est une adaptation remaniée de l'intrigue initialement prévue pour la série afin de tenir sur une durée de deux heures avec l'intention de lancer une suite en cas de succès. Malheureusement, le film ne rencontra pas le succès escompté et Tomino ne reviendra sur la franchise trois années plus tard avec une toute nouvelle série, Victory Gundam, qui sera sa seconde tentative (réussie cette fois) de raconter le futur de cet univers. Il donnera plus tard une suite aux événements de ce film sous la forme d'un manga, Mobile Suit Crossbone Gundam, afin d'achever certaines de ses intrigues.

Tomino reprend donc son univers à zéro ou presque car l'histoire de Gundam F91 possède une certaine continuité thématique et géopolitique avec celle des précédentes séries. Trente ans après la disparition de Neo Zeon, le monde a bien changé et l'humanité est partie s'installer dans l'espace conformément au souhait exprimé par le défunt leader indépendantiste Char Aznable. Toutefois, cela ne marqua pas la fin des conflits armés pour autant car l'homme répéta dans l'espace les guerres qu'il menait autrefois sur Terre, amorçant ainsi un nouveau siècle de guerres spatiales tandis que l'influence de la Fédération Terrestre sur les colonies vacille grandement. Cela mène à l'émergence de nouveaux régimes et de nouvelles idéologies tels que l'utopique Cosmo Babylonia fondée par l'organisation militaire Crossbone Vanguard à la solde de l'illustre famille Ronah qui vise à s'emparer des colonies spatiales afin de fonder un empire unifié qui incarnera le nouvel avenir de l'humanité. Ainsi, tout en s'inscrivant dans l'héritage des séries précédentes, le film tente de s'en démarquer et de nous raconter sa propre histoire, indépendante de ce qui a précédé.

Le film commence alors que la colonie Frontier Side 4 est attaquée par Crossbone Vanguard, les citoyens tentant d'évacuer dans la panique et se trouvant pris en plein coeur de la bataille entre l'envahisseur et les forces fédérales toujours sur place. Les adolescents Seabook Arno et Cecily Fairchild tentent d'échapper à la bataille en compagnie de leurs amis, mais la jeune femme se retrouve séparée du reste du groupe et elle est rapidement capturée par les membres de la famille Ronah dont elle est l'héritière légitime disparue, la princesse Berah Ronah. Très vite, la colonie devient le premier territoire de l'empire Cosmo Babylonia et la famille Ronah tente de convaincre Cecily de reprendre sa place à leurs côtés afin de les aider à gouverner, ayant vécu pendant de nombreuses années parmi le peuple. Pendant ce temps, Seabook et ses compagnons sont forcés de rejoindre la rébellion mise en place par les forces fédérales et la guérilla locale. Découvrant ses talents de newtype (une évolution naturelle de l'humanité qui résulte de son adaptation à son nouvel environnement spatial), l'adolescent est amené à prendre les commandes de la meilleure arme à la disposition des forces fédérales, le nouveau prototype de Mobile Suit "Gundam F91" conçu par la scientifique Monica Arno... sa propre mère qui n'a pas hésité à abandonner sa famille autrefois au profit de son travail. Alors que leurs vies ont emprunté des chemins très différents, poussées par des héritages familiaux dont ils n'ont jamais voulu, les deux jeunes amants deviennent ennemis, forcés de lutter dans des camps opposés sur le champ de bataille qui s'annonce.

Le film tourne donc essentiellement autour de la notion d'héritage familial, un sujet qui concerne particulièrement les japonais. Contre leur souhait, deux jeunes sont forcés d'assumer la volonté de leurs parents, Seabook en pilotant le Gundam conçu par une mère absente à qui il a toutes les raisons d'en vouloir et Cecily en devenant la reine d'un peuple au détriment de ses désirs personnels et de ses convictions propres, notamment en froid avec son père Carazzo Ronah, l'instigateur de l'attaque. Ce dernier est un homme qui a été trompé et trahi autrefois par sa femme et par une personne en qui il avait toute confiance et qui, en signe de repentance, a dû dissimuler sa honte derrière un masque de fer et devenir l'homme de l'ombre de son beau-père, le patriarche de la famille Ronah, dans l'accomplissement de ses grands projets à la tête de Crossbone Vanguard. Masque de Fer est ainsi un être qui s'est entièrement soumis à la notion de respect envers ses parents et sa relation avec Cecily s'en ressent fortement, la jeune femme n'ayant que du dédain et du dégoût envers un homme qui a renoncé à ses désirs personnels pour devenir l'esclave des rêves d'un autre et qui n'est plus que le fantôme de l'homme admirable et aimant qu'il était autrefois. De son côté, Seabook va suivre le chemin inverse, réalisant peu à peu les émotions qui habitaient sa mère en choisissant d'abandonner sa famille au profit du développement du Gundam et apprenant progressivement à lui pardonner.

L'histoire du film présente donc des éléments intéressants avec une dynamique prometteuse entre les trois personnages principaux. Sans atteindre la richesse d'une série de 50 épisodes, il était possible d'arriver à créer un bon long-métrage de deux heures à partir de ces bases. Malheureusement, Tomino a plutôt mal géré le coup en tentant d'introduire beaucoup trop d'éléments de ses projets initiaux pour la série. Ainsi, le film introduit une quantité faramineuse de personnages secondaires qui n'ont pas une grande utilité pour la plupart. On pense notamment au groupe d'amis de Seabook qui sont surtout là à des fins humoristiques, ou même des personnages qui n'apportent rien à l'intrigue principale comme une pilote de Crossbone Vanguard qui dispose de sa propre intrigue l'amenant à changer de camp, clairement le résidu d'un épisode prévu à l'origine pour la série et qui n'avait rien à faire dans le film. Le problème est que certains personnages ont bien de petits axes narratifs qui évoluent au cours du film au cours du film mais, par manque de temps, aucune de ces intrigues n'est réellement développée et leurs évolutions personnelles passent pour forcées, traitées durant deux ou trois scènes où les personnages changent subitement d'état d'esprit, atteignant la finalité de leurs évolutions sans qu'on sache ce qui a provoqué ces changements en eux. Plutôt que de rendre ces axes narratifs incompréhensibles au spectateur, il aurait nettement mieux valu les supprimer purement et simplement afin de se concentrer davantage sur l'essentiel du film, quitte à renoncer à certains personnages qui n'étaient pas nécessaires, mais on reconnait bien là la tendance de Tomino à vouloir développer des intrigues complexes autour de ses personnages. Mais ce qui était intéressant à aborder au cours d'une série n'a pas forcément sa place dans un film de long-métrage et ici ça l'alourdit inutilement.

Le problème aussi, c'est que Tomino n'a pas forcément fait les bons choix sur la manière d'aborder ce film. Dans la volonté d'attirer le plus large public possible, le réalisateur n'a ainsi pas hésité à blockbusteriser son univers. Et quand on connait ses autres travaux sur la franchise, on y perd vraiment beaucoup en terme de richesse. Loin de son style habituel, Tomino semble se focaliser davantage sur les scènes d'action, nombreuses et longues, plutôt que sur le développement de l'intrigue qui ressemble parfois à une série de petites scènes transitoires en marge des affrontements, ce qui n'est pas franchement un choix terrible. Surtout, alors qu'il affiche son intention de réinventer l'univers de la saga Gundam avec une histoire sans lien direct avec ses oeuvres précédentes avec pour objectif d'attirer un nouveau public, personne ne semble avoir songé à rendre l'histoire un peu plus compréhensible aux non-initiés. Le film s'appuie en grande partie sur la connaissance que les fans ont déjà de cet univers avec les premières séries animées et le film Char contre-attaque et les seules explications apportées, pas forcément très claires, portent essentiellement sur les évolutions géopolitiques de l'univers depuis cette période. Mais des éléments importants de l'histoire tels que la Fédération Terrestre, les colonies spatiales ou les revendications indépendantistes ne sont pas réintroduits dans leur contexte mythologique, ce qui rend l'univers difficile à saisir pour les néophytes et qui rend donc nécessaire une certaine connaissance préalable des grandes lignes de l'Universal Century via les séries précédentes, ce qui ruine donc totalement l'intention première. En plus de ça, il m'a fallu voir la série Mobile Suit Victory Gundam (située plus loin dans la chronologie de l'U.C.) afin de comprendre de manière plus précise le contexte géopolitique durant ce second centenaire de l'U.C., le film n'étant pas non plus suffisamment clair là-dessus.

Alors certes, on retrouve bien dans ce film certaines qualités de l'oeuvre générale de Tomino avec sa réalisation travaillée, son animation somptueuse et même les character-designs qui, pour le coup, sont signés à nouveau par l'illustre Yoshikazu Yasuhiko (le chara-designer des deux premières séries, très populaire auprès des fans). D'un côté purement technique, le film assure parfaitement le contrat. Mais en ce qui concerne la narration, difficile de reconnaître le travail du génie derrière des chefs d'oeuvre comme Mobile Suit Zeta Gundam et Mobile Suit Victory Gundam, ou même le très auteuriste Turn A Gundam. Pour tenter d'assurer le succès du film, Tomino s'est complètement vendu aux sirènes du commercial et on en retrouve de nombreux symptômes: des scènes d'action à grand spectacle visuellement impressionnantes mais pour le reste très fades, une histoire convenue et sans surprise avec des personnages formatés et sans saveur pour la plupart (exception faite de Cecily Fairchild, mais même le héros Seabook parait bien quelconque et assez fade en comparaison des autres héros des séries de Tomino). En plus de ça, le film n'hésite pas à copier de nombreux éléments des films de Star Wars, comme si la franchise Gundam n'était pas une valeur suffisante pour assurer le succès du film (j'aurais plutôt tendance à penser que ça l'a définitivement plombé en fait). Le méchant n'est en soi qu'une pâle copie de Darth Vader, la dimension torturée en moins. Alors qu'il est censé être soumis à la dualité entre homme et machine, il est évident que la machine a pris complètement le pas sur l'humain et le combat final s'en ressent: à aucun moment le spectateur n'a l'impression que Cecily affronte son père, le traumatisme psychologique habituel visant à tuer des humains est même carrément absent. Masque de Fer n'est qu'une machine, au mieux un fantôme. Et dans le genre "fantomatique", on a vu beaucoup mieux avec Full Frontal dans Gundam Unicorn par exemple. Difficile aussi d'y retrouver la richesse de Star Wars, la dynamique du duel final de la trilogie étant justement que Vader était un être torturé entre la machine qui avait pris le contrôle et son humanité qui réémergeait au contact de son fils, ainsi que le fait que Luke affronte Vader sans pour autant renoncer à son père. Dans Gundam F91, Masque de Fer avait tout le potentiel pour être un adversaire mémorable et différent des hommes masqués habituels et il finit par n'être... qu'un méchant quelconque à abattre. Tomino tente de faire du blockbuster mais il semble ne même pas savoir comment ça fonctionne, faisant encore plus formaté et impersonnel que nécessaire.

Ce formatage se ressent jusqu'aux scènes de batailles qui perdent de leur saveur habituelle. Certes, j'avais dit plus haut qu'elles étaient visuellement impressionnantes, qu'elles misaient sur le grand spectacle et que la réalisation et l'animation étaient toujours de haut vol. Mais à côté de ça, elles perdent toute leur substance habituelle, censées être des moments forts des séries où les personnages sont amenés à "tuer" les pilotes ennemis à l'issue de duels épiques à l'issue souvent tragique. Ici, la réalisation est pensée de manière à ce que les batailles soient toujours funs à regarder mais à aucun moment on n'a vraiment l'impression que des gens sont en train de mourir à chaque fois qu'on voit des Mobile Suits exploser à l'écran, et les rares fois où le film se montre plus explicite en tuant des personnages secondaires, on a tellement peu eu l'occasion de s'attacher à eux faute de développements que ça n'a qu'un impact minime. Ce ne sont pourtant pas les morts qui manquent et elles sont relativement violentes d'un point de vue graphique, mais à aucun moment elles ne sont réellement traumatisantes ou tragiques. Parfois, on reconnait même certaines situations qui seront reprises plus tard avec la série suivante Mobile Suit Victory Gundam, par exemple une jeune mère brutalement abattue au milieu d'une rue d'un tir perdu avec son bébé encore dans les bras au cours de l'attaque d'une ville, et on ressent à quel point c'est le jour et la nuit au niveau du traitement. Victory Gundam a su faire une scène réellement traumatisante et déprimante, d'une rare violence psychologique, saisissant la quintessence de la noirceur de cet univers au sacrifice de sa dimension commerciale, quitte à choquer la sensibilité des spectateurs. A côté de ça, Gundam F91 fait dans le grand spectacle et on a l'impression que toutes ces morts sont finalement un ressort dramatique assez superficiel, se contentant de donner une image de ce à quoi ressemble l'univers de Gundam sans vraiment aller au fond des choses et nous le faire ressentir. Et ça ruine à peu près tout ce que Tomino a bâti autrefois sur cette franchise, amenant peut-être le réalisateur à vouloir faire amende honorable avec sa série suivante.

Dans le même ordre d'idée, on ne peut que regretter le choix narratif d'avoir voulu représenter une guerre qui serait menée par le biais de machines à tuer. L'intention est louable car cette thématique n'avait encore jamais été abordée dans la saga et qu'elle présente un réel intérêt, et il est intéressant de voir que, contrairement aux pilotes humains qui sont soumis à leur conscience lorsqu'ils tuent les pilotes adverses et qui ressortent souvent traumatisés des batailles, les machines n'ont pas ce même genre d'état d'âme et elles ne font de crises de conscience. Pour elles, tuer revient à exécuter un protocole, rien de plus, et cela mène à des carnages aveugles réminiscents des massacres orchestrés par les nazis, à ceci près que les humains n'ont même plus à se salir les mains et que cela leur permet de parvenir aux mêmes résultats tout en se donnant bonne conscience. Sur le papier, cette idée était excellente et cette thématique de la déshumanisation de la guerre possédait un vrai potentiel. Malheureusement, dans les faits, on se rend vite compte que ça ne fonctionne pas et que le film y perd un peu plus de ce qui fait la pertinence et la consistance de la saga Gundam. Car finalement, le coeur des batailles, c'est bien d'opposer les pilotes de deux camps qui se retrouvent forcés de s'entretuer par la force des choses, créant toujours plus de victimes inutiles dans des guerres absurdes et sans que le survivant n'en tire aucune gloire personnelle (à moins d'être un gros psychopathe), prouvant que la place des hommes n'est pas sur un champ de bataille. Mais là, en mettant en scène une bataille où l'un des camps est entièrement composé de machines, on perd ce qui faisait la richesse et la pertinence de ces séquences et on déculpabilise en même temps les héros qui sont totalement dédouanés des morts qu'auraient normalement dû engendrer les combats. Il est beaucoup plus facile de tirer sur des machines sans vie que sur des pilotes ennemis et Seabook n'a pas à hésiter puisqu'il ne tue plus personne dans l'histoire. Merci de soulager sa conscience et de perdre totalement de vue en même temps tout ce qui fait l'esprit de la franchise ! Car du coup, Seabook ne vit pas les mêmes expériences traumatisantes qui ont forgé les héros des autres séries de Tomino et cela gâche en partie l'intérêt des dernières batailles virent à la grosse esbroufe visuelle où les héros peuvent bourriner à tout va les machines ennemies sans se soucier de rien. Alors certes, ça colle bien avec l'esprit blockbuster à la Michael Bay du film, mais Tomino perd de vue ce qui a fait le succès et la popularité des premières séries. Là encore, il faut croire que le remord l'amènera à faire de Victory Gundam une série beaucoup plus hardcore.

Mais un autre problème inattendu va s'ajouter à tout cela. J'avais évoqué un peu plus haut la forte influence de Star Wars sur le film. Cette influence se ressent également dans le travail du compositeur qui ressemble à s'y méprendre aux musiques de la célèbre saga de George Lucas, au point même de virer presque au plagiat avec des reprises de passages issus de la bande originale de L'Empire contre-attaque. Le film ne tente pas vraiment de s'en cacher et les fans n'auront certainement aucun mal à repérer les morceaux en question. Cela étant dit, ces musiques fonctionnent très bien dans le contexte du film et elles accompagnent bien l'action, mais voler le travail d'un autre n'était pas forcément la meilleure façon de faire malgré tout. On retiendra toutefois le thème du générique de fin, "Eternal Wind", qui est absolument somptueux, plein de romance et de poésie. Quant au doublage japonais (pas de VF sur le disque), il est plutôt bon mais il manque cruellement de voix emblématiques ou de prestations inoubliables. Là, ça fonctionne correctement dans le contexte du film mais ce doublage n'est pas aussi marquant comme pouvaient l'être ceux de nombreux autres animés de la franchise. Mais bon, ce n'est pas comme si le film était inoubliable de toute manière.

Concernant l'édition DVD de Beez, on ne s'attend bien sûr pas à une grosse édition remplie de bonus compte tenu de la popularité très "underground" de la franchise Gundam chez nous, mais pour le reste l'éditeur a très bien fait son travail. L'image et le son sont de très bonne qualité, le menu est agréable à naviguer et bien animé, et surtout le sous-titrage français est un sans-faute avec une traduction d'excellente qualité. Pour le reste, l'édition se contente du minimum avec un boitier DVD standard, ce qui est bien suffisant pour un film dont on ne s'espère pas forcément qu'il rencontre un grand succès et qui nous est proposé à un prix relativement abordable.

Je terminerais en disant que Gundam F91 n'est clairement pas un film à la hauteur des attentes. Certes, il y a eu du travail pour arriver à raconter en l'espace d'un long-métrage d'une durée de 2h une histoire qui se suffise plus ou moins à elle-même, même si on sent bien qu'elle n'a pas vraiment de fin définie et qu'elle était censée se poursuivre au-delà du film. Mais ce travail de transposition difficile d'une histoire conçue pour un format de série à celle d'un film, accusant de nombreux défauts et autres lacunes dans sa narration, et les choix artistiques de Tomino plutôt mal pensés pour le coup font que Gundam F91 n'est au mieux qu'un film de divertissement sympathique mais qui passe totalement à côté de son véritable potentiel et qui n'a pas la richesse habituelle des autres animés de cet auteur. Toutefois, il nous donne une vague idée de ses intentions pour le futur de l'Universal Century, une vision qu'il concrétisera enfin pleinement deux années plus tard avec la série Mobile Suit Victory Gundam, laquelle reprendra d'ailleurs pas mal d'éléments de ce film avec un traitement bien supérieur et beaucoup plus personnel. Pour l'heure, ce film ne parvient pas à s'imposer comme un indispensable de la franchise et il n'intéressera principalement que ceux qui veulent parfaire leur connaissance de l'Universal Century ou qui veulent tout simplement se divertir avec un bon petit animé Gundam sympathique et divertissant sans pour autant avoir à s'enchaîner 50 épisodes à la file. Mais pour ceux qui veulent profiter d'une excellente oeuvre réalisée par Tomino sur l'univers de Gundam, mieux vaut se tourner vers ses autres séries ou vers le film Char contre-attaque qui reflètent bien plus la véritable nature de son travail d'auteur et le véritable esprit Gundam en comparaison de ce blockbuster dénué d'une partie de l'âme de la franchise. Il y a bien assez d'excellentes oeuvres dans le tas et même la série suivante, Victory Gundam, peut être considérée comme une version supérieure, plus aboutie et plus personnelle de cette histoire. Il n'y a que quand il laisse pleinement épanouir sa personnalité d'auteur que Tomino est capable de nous pondre des oeuvres géniales. Dès qu'il tente de faire dans le commercial, ça sonne faux tout de suite et ça aboutit à des animés sans grand intérêt comme c''était le cas avec les films de Zeta Gundam (alors que la série était un chef d'oeuvre) et comme c'est à nouveau le cas ici. Gundam F91 aurait potentiellement pu être un grand film si les choses avaient été conçues différemment. Hélas, on trouve là un successeur bien pauvre au génial Char contre-attaque, mais le film se laisse toutefois regarder comme un divertissement sympathique à défaut d'y retrouver le génie habituel de l'univers de Tomino.

Verdict: Bon (12/20).
Modifié en dernier par Glass Heart le 18 avr. 2015, 01:09, modifié 6 fois.

Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 02 août 2014, 16:58

Le film Mobile Suit Gundam: Char contre-attaque rejoint la liste des animés mis gratuitement à disposition des internautes par Sunrise sur la chaine Youtube de la franchise Gundam (en VOSTA).

http://www.youtube.com/watch?v=F4TDGDKhy6s

Edit: le film n'est plus disponible, la diffusion des animés sur la chaîne étant temporaire.
Modifié en dernier par Glass Heart le 17 avr. 2015, 01:20, modifié 2 fois.

Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 08 août 2014, 00:58

Mobile Suit Victory Gundam

Image

Studio: Sunrise.
Réalisateur: Yoshiyuki Tomino.
Année: 1993-1994.
Episodes: 51.
Univers: Universal Century 0153.


Casting:

Uso Ewin : Daisuke Sakaguchi
Shakti Kareen : Yumi Kuroda
Marbet Fingerhat : Ayako Shiraishi
Katejina Loos : Kumiko Watanabe
Chronicle Asher : Tomoyuki Dan
Maria Pia Armonia : Emi Shinohara
Oliver Inoue : Keiichi Sonobe
Odelo Henrik : Masayuki Nakata
Tomache Massarik : Tomokazu Seki
Warren Trace : Rika Matsumoto
Suzy Relane : Satomi Koorogi
Elischa Kranskie : Michiyo Yanagisawa
Martina Kranskie : Konami Yoshida
Fonse Kagatie : Kaneomi Oya
Fuala Griffon : Ai Orikasa
Tassilo Vago : Hidetoshi Nakamura
Lupe Cineau : Miki Ito
Arbeo Pippiniden : Junji Kitajima
Myura Miguel : Mako Hyoudou
Hangelg Ewin : Kenyu Horiuchi



L'Histoire

Universal Century 0153.

Soixante ans se sont écoulés depuis la rébellion de Char Aznable et la disparition de Neo Zeon. L'humanité, responsable de la pollution de la Terre, a décidé de quitter sa planète natale afin de trouver un nouvel avenir dans l'espace. Ce faisant, elle est entrée dans une nouvelle ère. Malheureusement, même éloigné de son monde d'origine, les vieux démons de l'homme ne cessèrent de le rattraper et les mêmes problèmes qui entraînèrent le déclin de la Terre étaient amenés à se répéter dans l'espace. Alors que le monde bascule dans une nouvelle ère interminable de guerres spatiales, nombreux sont ceux qui choisirent de retourner sur la Terre qui commençait à peine à se remettre des ravages de l'humanité.

L'Empire Zanscare, ex-Side 2, proclame son indépendance et affiche ses ambitions conquérantes envers les autres colonies de l'espace. Face à l'absence de réaction d'une Fédération Terrestre qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, la domination de l'Empire ne tarde pas s'étendre à travers l'espace et menace désormais la Terre. Afin de prévenir tout acte de résistance par la terreur, les territoires conquis durent réinstaurer l'usage de la guillotine, symbole de leur hégémonie tyrannique. Craignant que le même sort n'attende la Terre si personne ne les arrête, la Ligue Militaire, une milice composée de civils, tente d'endiguer la progression des forces d'invasion en espérant que leurs actions pousseront la Fédération à sortir de sa léthargie. Comme symbole de leur combat, la Ligue ressuscite la légende du Gundam, le Mobile Suit qui combattit autrefois les colons de l'espace aux côtés de la Fédération lors des grandes guerres d'indépendance du passé.

Dans un petit hameau à proximité de la ville de Woowig où résident les classes aisées, Uso Ewin, un jeune réfugié clandestin, mène une existence paisible avec son amie Shakti Kareen. Lorsque l'invasion de Zanscare s'étend à leur région natale de Kasalelia, les circonstances entraînent Uso à prendre les commandes du Victory Gundam de la Ligue Militaire afin de défendre les habitants des villes attaquées. Ce faisant, il entre dans une nouvelle existence faite de combats et de tragédies où la défaite signifie bien souvent la perte de sa tête. Mais plus que de combattre pour défendre la Terre de l'envahisseur, Uso espère plus que tout retrouver ses parents et ceux de Shakti qui ont mystérieusement disparu quelques temps avant l'émergence de l'Empire Zanscare.



Commentaires

Réalisée en 1993, Mobile Suit Victory Gundam est la quatrième série télévisée de la franchise et la dernière à prendre part à la chronologie de l'Universal Century, son univers originel. Deux ans après l'échec du film Gundam F91, il s'agissait de la seconde tentative du réalisateur Yoshiyuki Tomino, le créateur de la saga, de nous raconter le futur de son univers phare se déroulant durant le second centenaire de l'Universal Century, soixante ans après les événements du film Char contre-attaque qui concluait la première saga (les séries Mobile Suit Gundam, Zeta Gundam et Gundam Double Zeta). La production de Victory Gundam fut toutefois marquée par d'importants bouleversements au sein du studio Sunrise suite à son rachat par l'entreprise Bandai et les nouvelles difficultés rencontrées entraînèrent un fort mécontentement de la part du réalisateur, forcé de s'adapter à certains impératifs commerciaux qu'il vécut comme des contraintes restreignant sa liberté créative. Dépressif et voyant l'univers de sa propre saga lui échapper, Tomino allait ainsi marquer les esprits en faisant de Victory Gundam l'une des séries les plus noires, déprimantes et violentes psychologiquement que la franchise ait connue.

Situant sa nouvelle histoire plus d'un demi-siècle après la guerre d'indépendance de Neo Zeon, Tomino se réserve ainsi la liberté de prendre ses distances avec ses travaux précédents afin de réinventer dans une certaine mesure son univers sans pour autant renier le lien de filiation avec ses autres séries. Victory Gundam nous présente donc une nouvelle histoire essentiellement indépendante des intrigues des séries qui l'ont précédé mais se situant toutefois dans le même univers comme en témoignent l'existence de la Fédération Terrestre et des colonies spatiales et la reprise des thématiques habituelles de la saga sous Tomino. Seulement, les choses s'avèrent avoir bien changé depuis la rébellion de Char Aznable. Au cours des soixante dernières années, l'humanité, responsable de la pollution de la Terre, a ainsi quitté sa planète natale pour partir vivre dans l'espace, lui offrant un peu de répit. Mais alors que l'histoire commença à se répéter dans ce nouvel environnement avec l'éclatement de nouvelles guerres spatiales entre les colonies devenues indépendantes, l'homme commença à faire machine-arrière et à retourner dans son monde d'origine, risquant ainsi de rendre caduques les efforts qui avaient été entrepris jusque là pour permettre à la Terre de renaître.

Alors que la Fédération Terrestre a perdu presque toute son influence, passive face à l'émergence de nouveaux régimes dictatoriaux au sein des anciennes colonies, Side 2 proclame son indépendance et devient l'Empire Zanscare. Gouverné par la reine newtype Maria Armonia, Zanscare se lance dans une guerre d'envergure contre l'ensemble des colonies afin d'étendre sa domination sur l'univers. Les territoires conquis durent réinstaurer l'usage de la guillotine, symbole de leur hégémonie, afin de condamner tout acte de rébellion allant à l'encontre de la volonté sacrée de leur reine, élevée au rang de prophète. Les ambitions de Zanscare se portent à présent vers le sol terrestre où elles doivent faire face à la résistance acharnée de la Ligue Militaire, une milice constituée de civils, qui tente de les chasser de leur monde. Traquant la milice qui se dissimule au sein des grandes villes, parmi leurs populations, l'armée Zanscare n'hésite pas à attaquer ces dernières afin d'éliminer toute menace potentielle, ne laissant souvent qu'un tas de cendres et de cadavres brûlés sur leur passage.

C'est dans ce contexte que nous faisons la connaissance du personnage principal de la série. Uso Ewin, un jeune garçon de 13 ans, est un réfugié clandestin résidant dans un petit hameau nommé Kasalelia en marge de la ville de Woowig où il vit avec son amie Shakti Kareen du fruit de la culture des champs et de l'élevage d'animaux. Les deux enfants vivent seuls depuis la disparition subite de leurs parents, ignorant même ce qu'ils sont devenus, et ils n'ont pu survivre qu'en apprenant à se débrouiller seuls et à devenir indépendants, acquérant très tôt le sens des responsabilités. Mais dernièrement, la région est perturbée par les combats entre la Ligue Militaire et les forces d'invasion de Zanscare. Vouant une haine farouche à l'envahisseur de l'espace, Uso se met en travers du chemin du lieutenant Chronicle Asher, le frère de la reine Maria, lui infligeant une sévère humiliation en lui volant son Mobile Suit avant de se porter au secours de Woowig où vit son amie Katejina Loos. Ces événements allaient marquer son entrée au sein de la Ligue Militaire, découvrant sa nature de newtype et ses talents innés de pilotage de Mobile Suits, en prenant les commandes du Victory Gundam, le fer de lance de la lutte armée de la résistance contre l'armée de Zanscare.

Uso s'affiche ainsi comme un pilote de Gundam particulièrement jeune, pas encore entré dans l'adolescence, et cela sert les thématiques de la série avec la traditionnelle dénonciation de la guerre qu'on retrouve dans les séries de Tomino. Le message du réalisateur est clair: la place des enfants n'est pas sur un champ de bataille quand ils sont en âge de jouer. Pourtant, cette époque troublée a fait naître cette aberration où un enfant est amené à prendre les armes pour défendre ses proches et où les adultes sont prêts à lui confier leur destin, reconnaissant ses talents exceptionnels dans une ère où les newtypes ne sont plus qu'un mythe oublié de tous dont on ignore presque s'ils ont jamais réellement existés. Mais si Uso n'est encore qu'un jeune garçon, n'ayant donc pas les mêmes préoccupations existentielles que les héros adolescents des autres séries, il n'en demeure pas moins un personnage d'une exceptionnelle maturité pour son âge, comme de nombreux enfants qui prennent conscience trop tôt de la dure réalité du monde en y étant confrontés en temps de guerre. On a alors affaire à un protagoniste pris à la frontière entre deux âges ce qui entraîne certains paradoxes: d'un côté, il a une maturité très proche de celle des adultes et il agit comme tel, mais de l'autre il lui arrive encore de réagir comme un enfant ou de ressentir les choses de manière très sensible, étant amené à découvrir la réalité des champs de batailles et choqué par tous les drames et toutes les horreurs de la guerre dont il va devenir le témoin. Nombreux sont les camarades qui vont périr tragiquement au combat après avoir partagé de nombreux moments ensemble, et il est lui-aussi hanté par l'idée qu'il doit tuer des êtres humains à chaque fois qu'il affronte des Mobile Suits avec ce motif récurrent de la gâchette comme déclencheur de mort qui trouve sa finalité lors d'une scène particulièrement traumatisante où Uso provoque un génocide de masse dans les rangs adverses, souillant définitivement son âme par le sang du péché. Tout cela a bien sûr un impact très violent sur son esprit mais, contrairement aux adultes qui pourraient facilement sombrer dans la folie avec les traumatismes occasionnés, Uso réalise surtout à quel point la guerre peut être une chose absurde, sans pour autant se défausser de sa part de responsabilité ou même avoir la naïveté de croire que ses actions puissent changer la nature des choses. On a donc affaire à un protagoniste très intéressant auquel il est facile de s'identifier et de s'attacher et qui change un peu des traditionnels adolescents aux problèmes existentiels et en colère contre le monde auxquels nous avait habitué Tomino jusque là.

Par ailleurs, un aspect très intéressant du personnage est de voir à quel point son background se marie vraiment bien avec les enjeux de la série. Alors qu'il recherche ses parents disparus dont il est sans nouvelle, le fait qu'Uso rejoigne la Ligue Militaire et qu'il se retrouve aux commandes du Gundam est loin d'être aussi anodin qu'il puisse apparaître initialement, tel un appel du destin. Avant même que ses parents soient introduits, Uso se retrouve à protéger ses proches grâce à la machine conçue par sa mère, tandis qu'il devient lui-même l'engrenage d'une autre "machine" inventée par son père: la Ligue Militaire. Notre jeune héros hérite ainsi de la force et de volonté de ses parents mais les rapports qu'ils entretiennent sont eux aussi particulièrement intéressants: l'absence de sa mère pèse sur Uso qui se cherche une autre figure maternelle de substitution à travers différents personnages et leurs retrouvailles lui apporte une vraie présence réconfortante, une chaleur maternelle qui lui a manqué et qui lui permet brièvement de retrouver un peu son enfance devenue si éphémère, même si cela ne fait qu'amener à un drame abominable qui achèvera définitivement son enfance de la manière la plus violente qui soit. Du côté du père, Uso a évolué dans son ombre sans le savoir et, à leurs retrouvailles, il est choqué de réaliser à quel point cet homme n'a plus rien à voir avec celui qu'il a connu autrefois, évitant les contacts humains avec son fils afin de se concentrer sur sa mission qu'il estime bien plus importante. On retrouve dans ces relations une dynamique très proche de celle que Hideaki Anno, l'ancien assistant de Tomino, allait insuffler au héros de son oeuvre phare Evangelion quelques années plus tard avec la même approche très sensible et complexe sur les rapports humains où toutes les épreuves sont censées anéantir l'esprit du protagoniste.

Du côté du traditionnel personnage du rival, on a droit à l'immense Chronicle Asher qui est certainement l'un des clones de Char Aznable les plus intéressants et charismatiques à ce jour. Frère de la reine Maria Armonia et fier lieutenant de son armée, Chronicle est un soldat admirable et déterminé qui est prêt à tout pour soutenir sa soeur dans sa mission tout en étant très attaché au sens de l'honneur, veillant à ce que les agissements de l'armée de Zanscare restent respectables afin de préserver leur image et veillant sur ses subordonnés. Sur bien des aspects, et malgré son arrogance et son ego, c'est un homme de valeur et de convictions auquel le spectateur puisse s'attacher facilement, mais les circonstances de la guerre et son orgueil personnel l'amènent à devenir l'ennemi juré d'Uso. Car ce qui rend aussi cette rivalité si riche et si complexe, c'est le fait que les deux hommes occasionnent de nombreuses pertes dans le camp adverse, qu'ils ne cessent de tuer des personnes familières à l'autre, s'entraînant comme des aimants dans une spirale de vengeance qui ne pourra prendre fin qu'avec la mort de l'un d'entre eux. Mais plus que tout autre chose, l'un des motifs principaux de cette rivalité, ce sont avant tout les femmes, ou plus précisément deux femmes, qu'ils se disputent sans cesse, alimentant leur haine réciproque...

La première est l'amie d'enfance de Uso, Shakti Kareen, une autre immigrée clandestine qui vit à ses côtés. Personnage féminin principal de la série, elle tient en gros essentiellement un rôle de demoiselle en détresse, la fille qu'Uso doit sauver à longueur de temps. Dans un premier temps, elle passe son temps à se plaindre de le voir se battre au sein de la Ligue Militaire et elle s'inquiète de le voir changer en une personne plus agressive, n'arrêtant pas de lui demander de rentrer ensemble à Kasalelia, loin des combats, pour finalement finir par partir seule et se fourrer dans le pétrin. Dans un second temps, elle apprend qu'elle est la princesse disparue de l'Empire Zanscare et cela ne fait que la rendre encore plus conne, se livrant parfois à l'ennemi de son plein gré dans l'espoir de faire cesser les combats, ruinant d'un revers de la main tous les efforts que le groupe d'Uso a entrepris pour la protéger, parfois au prix de certaines morts. Et cela finit systématiquement par engendrer de nouvelles tragédies qui auraient pu être facilement empêchées si elle s'était abstenue de faire n'importe quoi, ce qui ne l'empêche jamais de recommencer sans prendre conscience de sa part de responsabilité dans ces drames. Cette fille est un véritable porte-poisse et, si sa naïveté et ses erreurs innocentes peuvent encore être compréhensibles du fait de son jeune âge, Uso aurait certainement toutes les raisons du monde de la haïr et de la laisser tomber avant qu'elle n'empire encore davantage les choses avec ses conneries. Pourtant, envers et contre tout, il ne cessera jamais de tenter de la sauver et les massacres continuent donc. Et cela finit par devenir l'un des moteurs principaux de la rivalité entre Uso et Chronicle qui ne cesseront de se disputer Shakti, le premier voulant préserver son amie d'enfance des mains de l'ennemi qui compte se servir d'elle et de son statut, et le second s'étant juré sur sa vie de protéger sa jeune nièce et future souveraine et de la ramener en sécurité auprès de sa mère en prévision du jour où elle sera amenée à gouverner à son tour en tant que newtype porteuse du sang de la reine Maria. Ce personnage se trouve donc au centre de grands enjeux qui nourrissent les relations entre les personnages, mais elle n'en demeure pas moins plutôt agaçante et assez conne ce qui préfigure déjà la future Relena Peacecraft de la série Gundam Wing.

L'autre personnage féminin important, et limite le personnage le plus emblématique de cette série, c'est Katejina Loos. Pourquoi donc le plus emblématique ? A l'origine, il s'agit simplement d'une jeune femme résidant à Woowig et issue d'une classe aisée à qui Uso porte secours au cours de l'attaque de la ville. Initialement, elle apparait donc comme une des nombreuses victimes de la guerre et une alliée d'Uso, luttant aux côtés de la Ligue Militaire et tentant de préserver le jeune garçon contre l'influence des adultes qui le poussent à risquer sa vie à leur place aux commandes du Gundam, ne comprenant pas pourquoi son ami finit toujours par le piloter de son plein gré. Cette incompréhension, combinée à l'agacement que Katejina ressent face aux sentiments inappropriés d'Uso à son égard, étant son premier amour, lui valent de ressentir une profonde frustration et l'affection qu'elle porte au jeune garçon finit par se muer en profond dégoût et en une haine implacable de tout ce qu'il incarne à ses yeux. Alors qu'elle se reconnait en les idéaux prônés par la reine Maria Armonia de Zanscare, elle en devient à devenir l'ennemie d'Uso, profondément choqué de voir son premier amour changer de la sorte en une véritable psychopathe sur le champ de bataille dont le but ultime semble être de vouloir le tuer. Ne pouvant accepter que la fille qu'il aime soit devenu ce monstre de haine, Uso en reporte toute la responsabilité sur Chronicle Asher, accusé de l'avoir manipulée, devenant là encore une source de tension violente entre les deux. A mesure que la série progresse, Katejina ne cesse de sombrer davantage dans la folie jusqu'à atteindre le point de non-retour. Si, de prime abord, on aurait pu penser que Chronicle la manipulait bel et bien, on ne peut que réaliser que la nature profonde de cette femme est réellement démoniaque et qu'elle est la seule responsable de ses actions et de son destin, manipulant en réalité les deux hommes se disputant ses faveurs afin de les faire s'entretuer pour le seul plaisir de flatter son ego complètement tordu. De tous les personnages de la franchise Gundam, Katejina s'impose donc sans conteste comme le plus dérangé et comme l'un des plus machiavéliques, ne cessant de recourir aux méthodes les plus perverses pour torturer l'esprit du jeune Uso afin de le détruire, avec cette métaphore persistante d'un viol présenté sous la forme d'attaques mentales particulièrement perverses.

A côté de ce quatuor principal, on trouve tout un casting de personnages secondaires excellents et tous très bien développés. En premier lieu, Tomino recycle l'une de ses idées principales du film Gundam F91 avec la Ligue Militaire, sorte de milice composée de civils de tout âge, dans laquelle le héros se retrouve embrigadé comme pilote du Gundam (encore une fois conçu par sa mère) après que l'on ait découvert ses talents de newtype le rendant particulièrement intuitif au pilotage de Mobile Suits. La série s'attarde à nous présenter plusieurs de ses membres que nous apprenons à découvrir à mesure des épisodes, de la pilote d'élite Marbet Fingerhat qui devient la supérieure hiérarchique d'Uso et son substitut de mère à la Shrike Team, une unité d'élite composée exclusivement de femmes glamours qui est nous décrite à juste titre comme "un harem". Comme dans tout bon "harem", chacune de ces filles possède un caractère bien défini et différent les unes des autres et nous apprenons à nous attacher à chacune d'entre elles. A la différence cependant que le terme "harem" n'a pas sa connotation romantique habituelle dans l'univers de Tomino, la vraie question étant plutôt de savoir dans quel ordre ces filles vont crever et quelles manières ignobles Tomino va encore pouvoir inventer pour les faire mourir dans d'atroces souffrances de manière à choquer le personnage principal et le spectateur. Ces morts ne sont jamais utilisées de manière gratuite puisqu'elles servent toujours à faire évoluer le personnage d'Uso et à faire progresser l'histoire, mais on ne peut que constater la manière perverse dont Tomino se sert de ces filles comme d'un compteur, comme s'il fallait passer par la mort d'un groupe tout entier de personnages pour qu'Uso puisse évoluer. Il est évident que c'est là leur utilité principale et que l'intention de Tomino a toujours été d'éliminer l'ensemble des membres de la Shrike Team, ce qui en dit très long sur l'esprit de la série. Et c'est d'autant plus triste que, comme pour pratiquement l'ensemble des personnages, ces filles étaient vraiment très attachantes et charismatiques, chacune offrant de belles scènes avec Uso.

Pour alléger quelque peu cette ambiance, Uso est amené à voyager en compagnie d'un groupe d'enfants et d'adolescents qui n'est pas sans rappeler la bande à Judau dans Gundam Double Zeta ou encore le groupe à Seabook dans Gundam F91. Si dans ces deux séries, c'était surtout un élément comique plus ou moins dispensable, ici l'approche est beaucoup plus sérieuse qu'on ne l'aurait imaginé de prime abord. Loin d'édulcorer l'ambiance de la série, la présence d'enfants de l'âge d'Uso au sein de la Ligue Militaire sert au contraire à appuyer son propos, la jeunesse du héros principal et le fait qu'il se retrouve forcé à lutter sur un champ de bataille à un âge où il devrait encore profiter de sa jeunesse. Ces enfants ne sont clairement pas dans leur environnement, ils ne sont pas là où ils devraient être, mais ils ont encore des espoirs pour leur avenir qui leur justifient de mener les combat actuel auprès des adultes, définissant ainsi l'importance des enjeux. On se dit alors que ce groupe représente quelque part la volonté de Tomino pour la jeunesse, que ces personnages sont en quelque sorte ses protégés et qu'ils doivent survivre alors que tout le monde autour d'eux se fait descendre. Ce serait grandement sous-estimer Tomino que de penser qu'il va épargner une catégorie de personnages: la mort ne fait pas de distinction, elle peut frapper tout le monde au cours d'une guerre. La grande question, à ce niveau, n'est même plus de se demander quel est le prochain à mourir mais plutôt qui va survivre à la fin de la série. Parce que l'on sait que Tomino serait bien capable de tous les tuer s'il le voulait, et il ne s'est pas privé de le faire dans certaines de ses oeuvres (les personnages survivant au film Char contre-attaque se comptaient réellement sur les doigts d'une main).

On pourrait alors penser que tout cela sert à appuyer la cruauté de l'Empire Zanscare et, qu'en tuant autant de personnages attachants dans des circonstances aussi horribles, Tomino cherche avant tout à nous faire haïr ces adversaires. Sauf que ce n'est absolument pas le cas puisque tout le monde est logé à la même enseigne dans cette série: Tomino n'use d'aucune ficelle aussi manichéenne, il cherche juste à représenter le thème de la guerre de la manière la plus réaliste, la plus violente et la plus crade possible, avec tout ce que cela peut impliquer de morts et de tragédies. Le fait que des personnages auxquels le spectateur s'attache meurent est une chose naturelle, de même que la mort de leurs ennemis qui sont des personnes tout aussi humaines qu'eux. Ainsi, si Zanscare est représenté comme un empire d'une grande cruauté comme en témoigne l'usage de la guillotine pour punir les rebelles, on n'en oublie pas moins que les personnages qui composent son armée sont des humains comme les autres, tout aussi complexes que les héros et soumis à leurs propres contradictions, si bien que certains personnages peuvent commettre des actes absolument impardonnables et demeurer extraordinairement ambigus en continuant à dégager une certaine sympathique aux yeux du spectateur, comme Fuala Griffon ou de nombreux autres, et même les plus grosses ordures peuvent se révéler très humaines dans la poursuite de leurs ambitions personnelles. La reine newtype qui dirige cet empire du mal est elle-même l'illustration d'une personne portée par des idéaux nobles mais qui recourt à des méthodes cruelles et tyranniques afin de les imposer au reste de l'humanité, les souillant de ce fait par ses propre péchés.

Que ce soit les membres de la Ligue Militaire ou ceux de l'Empire Zanscare, on a donc droit à un très large casting où la quasi-totalité des personnages sont développés de manière à ce que le spectateur puisse toujours s'y attacher en prévision de leurs futures morts afin de les rendre aussi tragiques et mélodramatiques que possible. La série affiche donc de vraies ambitions narratives en s'attardant ainsi sur les moindres aspects de son univers et elle tient à nous montrer en permanence le point de vue des deux camps sur cette guerre, le spectateur étant familiarisé avec l'ensemble des personnages (près d'une centaine). Que ce soit les camarades d'Uso qui tombent tragiquement au combat ou que ce soit Uso lui-même qui occasionne des tragédies, les deux camps accusent des pertes considérablement élevées et cela nourrit l'atmosphère noire et dramatique de cette série. Contrairement aux séries Gundam habituelles, vaincre l'ennemi n'a absolument rien de victorieux, le vainqueur ne tire aucune satisfaction de la mort d'autrui, c'est juste une question de survie et cela ne fait qu'engendrer toujours plus de tragédies et de tristesse pour les proches des défunts (un épisode s'attarde d'ailleurs sur les conséquences de la mort d'un soldat où Uso culpabilise auprès de ses proches en deuil et tente d'assumer sa part de responsabilité dans ce drame). Et cela sert bien sûr la thématique de dénonciation de la guerre chère aux oeuvres de Tomino: personne ne devrait avoir à devenir un assassin et, dans ces circonstances malheureuses, personne ne peut reprocher à un soldat de tuer son adversaire, pas même les familles des victimes. Ce fléau va jusqu'à souiller l'âme d'un enfant qui portera ce fardeau toute sa vie durant une fois la guerre finie.

La narration de la série est aussi très intéressante car Tomino a dû composer tant bien que mal avec les exigences de Bandai tout en affirmant l'identité artistique propre à sa nouvelle oeuvre. L'exemple le plus frappant en est le premier épisode qui débarque directement dans l'action, sans plus d'explications, pour nous introduire le Gundam éponyme d'entrée de jeu, les trois épisodes suivants allant ensuite nous raconter le véritable début de la série sous la forme d'un long flash-back. Un début de série très déroutant qui annonce bien la couleur, Tomino devant composer avec des exigences commerciales parfois débiles (ici l'ordre des épisodes inversé afin de faire apparaître le Gundam phare dès le début de la diffusion de la série) tout en arrivant à raconter son histoire. Cela n'empêche cependant aucunement Victory Gundam de s'imposer comme l'une de ses séries les plus abouties de la franchise, débordant de créativité et de nombreuses qualités, et il est même surprenant de se dire que le réalisateur ait réussi à créer une oeuvre d'une telle noirceur et d'une telle violence alors que sa liberté créative était beaucoup plus restreinte, Bandai étant alors plus intéressé par les ventes de produits dérivés que par la qualité même de la série.

De manière plus générale, le début de Victory Gundam met un certain temps à installer l'univers et les bases de l'histoire, ce qui entraîne un début de série un peu rébarbatif accusant des longueurs durant la première quinzaine d'épisodes qui tourne autour de la protection d'une caravane de la Ligue Militaire, une période durant laquelle le protagoniste et le spectateur se familiarisent avec les nouveaux personnages et découvrent peu à peu l'univers de la série. L'histoire ne commence vraiment à décoller que vers le quinzième épisode avec l'arrivée dans l'espace en territoire ennemi et c'est à partir de là que l'intrigue commence à dévoiler tout son potentiel, riche en enjeux dramatiques et en rebondissements. L'histoire qui nous est racontée sert par ailleurs parfaitement les enjeux dramatiques et humains de l'oeuvre, nous dévoilant un conflit aux tenants beaucoup plus complexes que la simple lutte contre un empire du mal que l'on pouvait imaginer initialement (c'est loin d'être aussi manichéen). Encore une fois, la dynamique de ce conflit passe beaucoup à travers les personnages et comme la quasi-totalité d'entre eux fonctionnent parfaitement, c'est l'histoire elle-même qui s'en tire merveilleusement bien. On peut même dire qu'à bien des niveaux, Victory Gundam parvient à retrouver les sommets d'excellence atteints jusque là uniquement par la série Zeta Gundam et le film Char contre-attaque, même si son début un peu rébarbatif et lent à se mettre en route la dessert un peu, pouvant dissuader les spectateurs d'en voir davantage alors qu'elle n'a encore rien dévoilé de son véritable potentiel.

Du point de vue de la réalisation, celle-ci aussi traduit des choix artistiques importants. Si la mise en scène de Tomino est toujours aussi aboutie, beaucoup seront surpris par la qualité d'animation de la série qui se révèle très sobre pour une fois, plutôt moyenne en comparaison de la beauté visuelle des animés précédents. Quelle qu'en ait été la cause initiale, choix esthétique volontaire ou contrainte de budget (voire les deux), il se dégage de cette relative pauvreté une atmosphère visuelle assez morne, assez austère, à la fois triste et mélancolique, ce qui contribue pleinement à l'ambiance recherchée par le réalisateur. Une autre conséquence assez étonnante de cette esthétique est que les batailles de Mobile Suits ne sont plus aussi glamours ou funs à regarder qu'auparavant. Rompant de manière radicale avec la mise en scène spectaculaire des animés précédents, le réalisateur a opté pour une vision beaucoup plus fidèle de ce quoi ressembleraient ces affrontements dans le monde réel: quelque chose de violent et de brutal où la mort peut frapper à tout instant. On ne sait jamais quand un tir fatal peut frapper un Mobile Suit et tuer son pilote sur le coup. Il n'y a pas d'héroïsme dans ces batailles, pas de grande victoire triomphale, juste un survivant et un vaincu. Cela ne les empêche pas d'être épiques mais cette dimension ressort davantage du danger et de la tension dramatique omniprésente qui se dégagent de ces affrontements. Les limitations techniques des Mobile Suits sont aussi bien plus appuyées que par le passé, ce qui pourrait paraître un peu étrange du fait que la technologie aurait normalement dû s'améliorer depuis le temps, mais ce n'est pas forcément le point le plus important. Par contre, on notera que les designs de la plupart des Mobile Suits sont exceptionnellement... moches. Loin des mythiques Zakus, les méchas de l'armée Zanscare ressemblent à des espèces de fourmis volantes aux designs franchement hideux et à l'usage des couleurs vraiment peu aguicheur. Seuls quelques Mobile Suits font exceptions tels que les Gundam, mais on peut se demander si Tomino n'a pas volontairement tenté de saborder cet aspect de sa série pour faire un peu chier Bandai étant donné qu'il est vraiment très inhabituel que les designs des méchas soient à ce point ratés dans ses séries.

La bande originale de l'animé est composée par Akira Senju, notamment connu pour la série Fullmetal Alchemist Brotherhood. Victory Gundam étant l'un de ses premiers travaux dans le domaine de l'animation, son travail n'est pas forcément l'un de ses plus inspirés mais on ressent tout de même déjà une certaine patte. Ses musiques classiques rendent vraiment bien la noirceur et la mélancolie, aussi parfois la jeunesse et l'innocence, qui se dégagent de l'atmosphère de cette série et le tout se marie magnifiquement bien avec l'image, ajoutant parfois un surplus de tension, même si à l'inverse ses compositions n'ont rien de bien mémorables en soi une fois séparées de l'image (son travail sera d'une toute autre ampleur dans Fullmetal Alchemist Brotherhood). Du côté du doublage japonais, c'est certainement l'un des meilleurs de la franchise. Le rôle du protagoniste Uso Ewin est parfaitement casté avec le jeune Daisuke Sakaguchi, un seiyu dont l'intonation assez particulière exprime bien la jeunesse et le caractère débrouillard et malin du personnage. L'antagoniste Chronicle Asher trouve un seiyu tout aussi excellent avec le regretté Tomoyuki Dan (la voix japonaise de Batman / Christian Bale dans la trilogie de Christopher Nolan) qui a une voix assez imposante et autoritaire soulignant la détermination farouche et fière de son personnage. Et on ne peut pas ne pas citer l'extraordinaire Kumiko Watanabe qui interprète magnifiquement la chute mentale de la belle Katejina Loos, d'une frêle jeune femme à une psychopathe en puissance qui ne vit que pour la destruction. Le reste de la distribution est également excellent avec notamment quelques personnages secondaires aux interprétations particulièrement intenses (je pense notamment un soldat hargneux qui perd soudainement toute volonté de combattre dès qu'il réalise que le pilote ennemi qu'il voulait abattre n'est encore qu'un enfant et qui finit par se suicider en tentant de le libérer de ce destin funeste, un moment très émouvant servi par une prestation magistrale de la part des seiyus !).

Il y aurait encore énormément de choses qu'on pourrait trouver à dire sur une série d'une telle richesse, mais tout converge vers cette même conclusion: Victory Gundam s'impose clairement comme l'une des séries les plus abouties de la franchise Gundam. Ce n'est pas forcément la série que l'on s'imagine ni celle que l'on attend, mais c'est certainement l'une de ces oeuvres qui savent comment surprendre leur spectateur et toujours de manière positive. Elle n'est pas forcément une série simple d'accès facile à regarder, se destinant à un public averti et plutôt bien accroché, mais c'est une oeuvre qui a vraiment beaucoup à raconter et qui n'y va pas par le dos de la cuillère pour le faire, directe et sans concession. C'est peut-être la plus belle illustration que le réalisateur pouvait faire de sa thématique de dénonciation de la guerre, ne cherchant pas à faire dans le commercial mais livrant un "j'accuse" d'une puissance phénoménale contre tout ceux qui sèment les germes de la guerre et qui occasionnent ce genre de tragédies. On est à l'opposé de ce qu'incarne traditionnellement le genre méchas, à savoir des séries populaires et funs à regarder qui sont destinées à vendre toutes sortes de produits dérivés, Tomino en prenant totalement le contrepied pour nous livrer l'une des interprétations les plus surprenantes et inédites du genre pour l'époque, particulièrement noire et mature. Cette vision différente et extrêmement intéressante n'a toutefois pas su trouver son public, boudée par de nombreux fans, et les tensions vives entre le réalisateur et la Sunrise amorcèrent le divorce et aboutirent à l'abandon de l'Universal Century dont ce fut la dernière incarnation sous forme de série télévisée (cet univers continua cependant à exister dans les années qui suivirent à travers différentes séries d'oav, développant davantage essentiellement sa période phare avec la guerre d'indépendance de Zeon et produites à un rythme très irrégulier, et à travers divers dérivés comme des mangas ou des romans), la franchise s'engageant dès lors sur la voie des univers parallèles, permettant une réinvention perpétuelle de la saga à travers diverses incarnations entièrement indépendantes les unes des autres. Il faudra alors attendre cinq ans avant que Tomino ne revienne à son univers phare avec la splendide série Turn A Gundam dont la tonalité bien plus légère et poétique marqua le signe d'une réconciliation artistique avec la saga après cette période sombre de sa vie qui aura néanmoins vu naître l'un des plus grands chefs d'oeuvre animés de sa carrière et certainement la meilleure série télévisée que cette franchise ait connue après le phénoménal Zeta Gundam !

Verdict: Excellent (19/20).
Modifié en dernier par Glass Heart le 18 avr. 2015, 02:24, modifié 2 fois.

Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 10 août 2014, 18:39

Preview de 10 minutes de la nouvelle série Gundam: Reconguista in G réalisée par Yoshiyuki Tomino, 15 ans après Turn A Gundam.

http://www.dailymotion.com/video/x231wa ... w_creation

Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 01 oct. 2014, 00:30

Turn A Gundam

Image

Studio: Sunrise.
Réalisateur: Yoshiyuki Tomino.
Année: 1999-2000.
Episodes: 50.
Univers: Correct Century 2345.


Casting:

Loran Cehack : Romi Park
Dianna Soreil : Rieko Takahashi
Kihel Heim : Rieko Takahashi
Sochie Heim : Akino Murata
Guin Sard Lineford : Tsuyoshi Aobane
Harry Ord : Tetsu Inada
Miashei Kune : Noriko Kito
Lily Borjarno : Ai Kobayashi
Sid Munzer : Akio Nojima
Joseph Yaht : Setsuji Sato
Fran Doll : Kumiko Watanabe
Keith Laijie : Jun Fukuyama
Gym Ghingham : Takehito Koyasu



L'Histoire

Correct Century 2345.

Il y a bien longtemps, l'homme quitta la Terre, sa planète natale, pour coloniser l'espace infini, s'y créant un nouvel environnement de vie où l'homme pouvait subsister. Mais ce qui devait incarner un nouvel espoir pour l'humanité devint vite une malédiction, entraînant un cycle de guerres spatiales sans fin entre les habitants de la Terre et ceux de l'espace. Cela dura des siècles et des siècles jusqu'à ce que la folie des hommes provoqua l'irréparable: un gigantesque armageddon qui ravagea la planète et qui annihila la quasi-totalité de l'humanité, laissant les survivants vivre dans un monde dévasté où tout était à bâtir de nouveau. Les colonies spatiales furent aussi détruites et les survivants se réfugièrent sur la Lune, la seule épargnée, devenant la race des moonraces qui continua à vivre à l'écart de la Terre dans l'attente du jour où la planète se sera suffisamment remise pour pouvoir y retourner. Deux millénaires s'écoulèrent ainsi. Ce passé maudit est depuis longtemps oublié et n'est plus connu des historiens que sous le nom d'Histoire Sombre. Son véritable nom oublié est l'Universal Century.

La fin tragique de l'Universal Century marqua l'avènement d'une nouvelle ère: le Correct Century. Deux mille ans après l'armaggedon, l'humanité a reparcouru toute son évolution et elle est à présent revenue au stade de la révolution industrielle. Jugeant un retour envisageable, la reine moonrace Dianna Soreil décide alors d'envoyer sur Terre de jeunes adolescents pour vérifier que les conditions y soient favorables. Parmi eux, Loran Cehack, un jeune garçon gentil et innocent, qui s'adapte vite parfaitement à sa nouvelle vie sur Terre auprès de l'illustre famille Heim, de riches industriels qui gèrent l'exploitation minière de la ville de Vicinity près de la ville de Nocis, la capitale d'Inglesia, devenant leur chauffeur privé grâce à sa maîtrise naturelle de "nouvelles" technologies que les terriens redécouvrent à peine. Au terme des deux années d'étude de la Terre, Loran décide d'y rester et de devenir un citoyen à part entière de Vicinity tandis que les habitants de la Lune prépare leur retour. Seulement, l'arrivée des moonraces est vite perçue comme une tentative d'invasion par les habitants de la Terre, d'autant qu'ils utilisent des technologies largement plus évoluées que les leurs contre laquelle les armes de la milice ne font pas le poids. Ce nouveau conflit naissant provoque l'éveil d'un Mobile Suit légendaire enfoui depuis des millénaires et découvert par Loran dans les montagnes de Vicinity. Aux yeux de la milice, cette "poupée mécanique" est la preuve de la véracité des écrits racontant l'Histoire Sombre, cette période antérieure au Correct Century, les encourageant à mener des excavations afin d'en déterrer davantage pour se constituer une force armée capable de repousser l'invasion moonrace. Loran se voit confier le pilotage de la White Doll que Dianna Counter, l'élite des forces armées moonraces, reconnait vite comme étant le légendaire Gundam, le fléau des anciens colons de l'espace et leur ennemi naturel, l'incarnation même de la malédiction de l'Universal Century. L'Histoire Sombre est en train de se réveiller et Loran entend utiliser la White Doll pour tenter de maintenir l'équilibre des forces entre les deux factions en espérant que la reine Dianna Soreil parvienne à négocier un accord de paix avec l'ambassadeur d'Inglesia, Guin Rhineford.

Mais les ambitions personnelles gravitent autour de cette guerre. Guin Rhineford, industriel convaincu, y voit une opportunité inespérée de développer l'armement du pays tout en profitant de la technologie avancée de l'ennemi, faisant tout pour retarder les négociations, tandis que l'autorité de la reine Dianna est remise en cause au sein de son propre camp, certains commençant à douter de sa capacité à gérer leur retour sur Terre et d'autres ne voulant tout simplement pas y revenir, voyant les terriens comme des êtres primitifs. Enfin, il y a aussi ceux qui estiment qu'elle n'a pas les épaules pour diriger leur nation alors qu'une guerre se précise de plus en plus, étant une jeune femme naïve et idéaliste, pacifiste convaincue. Un jeu innocent va pourtant bouleverser le cours des événements et forcer Dianna Soreil et la jeune Kihel Heim à assumer des rôles clés dans le déroulement du conflit. Alors que l'Histoire Sombre commence à se répéter et menace d'entraîner une nouvelle fois le monde dans le chaos, l'avenir des deux peuples repose entre les mains de la reine Dianna qui doit réaffirmer son autorité et récupérer son trône tout en combattant ceux qui tentent de profiter de cette guerre pour assouvir leurs ambitions personnelles. A ses côtés se joignent de nombreuses personnes issues des deux peuples qui croient qu'une guerre totale peut encore être évitée et qu'un avenir de paix commun est possible. L'humanité, qui répète peu à peu les mêmes erreurs que par le passé, sera t-elle en mesure de triompher enfin de ce destin maudit qui pousse les hommes à se faire la guerre depuis l'aube des temps et à se créer enfin l'avenir de paix éternelle auquel elle aspire en réalité depuis toujours ?



Commentaires

Nous sommes en 1999. Cela fait maintenant vingt ans que la franchise crée par Yoshiyuki Tomino passionne les spectateurs avec ses récits empreints de guerre et d'humanité après avoir révolutionné le genre mécha à la fin des années 70. Le studio Sunrise aborde cette année anniversaire en grande pompe avec de nombreux projets mais cela dissimule le fait que la popularité de la saga est en plein déclin dans les audiences dans les années 90. L'environnement de la franchise a aussi beaucoup changé, ayant délaissé l'Universal Century originel pour se lancer dans de nouvelles séries se déroulant dans des univers dits "parallèles" ne nécessitant aucune connaissance préalable de la franchise pour être abordés, dans un soucis d'accessibilité à un public plus large. C'est ainsi qu'ont vu le jour trois séries successives, Mobile Fighting Legend G Gundam, New Mobile Report Gundam Wing et Mobile New Century Gundam X, qui eurent pour point commun de s'aliéner un peu plus les fans historiques de la franchise (bien que Gundam Wing ait aussi contribué à la faire connaître internationalement). Une période difficile qui culmina avec l'échec commercial cinglant de Gundam X, victime d'une concurrence acharnée incarnée par le raz de marée Neon Genesis Evangelion. Bref, la saga Gundam avait connu des jours bien meilleurs et les festivités se passèrent dans un climat quelque peu tendu malgré son lot d'annonces alléchantes.

Parmi les nombreux projets annoncés, Sunrise mit l'accent sur deux en particulier: la production d'un téléfilm live réalisé au Canada qui devait être l'apogée de cette année anniversaire et qui fut en réalité un des pires navets de la franchise, et surtout une nouvelle série inédite intitulée Turn A Gundam qui marque le retour de l'incontournable Yoshiyuki Tomino, le créateur de la saga. Une annonce qui créa la surprise quand on sait à quel point les rapports entre Tomino et la Sunrise avaient été difficiles durant la production de Victory Gundam, cela se ressentant en grande partie dans l'atmosphère très noire de cette série. Mais le plus surprenant est finalement la rupture que le créateur va opérer de lui-même par rapport à ses oeuvres passées avec cette nouvelle série. Turn A Gundam ne se déroule ainsi pas dans l'Universal Century originel, sans pour autant le renier, pour prendre place dans une nouvelle ère, son futur très lointain: le Correct Century. L'occasion idéale pour se libérer des contraintes de la continuité afin de laisser libre cours à sa créativité, mais surtout pour tourner la page de ses séries précédentes souvent très sombres et aborder une histoire à l'ambiance radicalement différente.

Nous sommes en l'an 2345 du Correct Century et le monde est... en paix. Plutôt que de plonger son spectateur dans un monde en guerre qui finit par impliquer ses héros, Tomino nous dépeint un monde qui connait une ère de paix et de prospérité sans précédent. Les guerres spatiales du passé ne sont plus, ayant pris fin avec une gigantesque apocalypse qui marqua la fin de l'Universal Century et qui laissa la Terre ravagée. Les survivants durent lutter pour survivre dans leur monde dévasté mais, à mesure du temps, ils sont parvenus à reconstruire un monde verdoyant, des civilisations et des villes. Ils ont oublié qu'autrefois, l'homme avait conquis l'espace et que, là-haut sur la Lune, les héritiers de cette ère continuent d'y vivre en attendant l'heure de leur retour sur la Terre. Deux mille ans se sont ainsi écoulés et les "moonraces" décidèrent d'envoyer de jeunes citoyens sur Terre afin de s'y installer discrètement et d'étudier pendant deux ans les possibilités d'un retour pour leur peuple. Le jeune Loran Cehack se trouve rapidement un poste de chauffeur pour la famille Heim qui tient une exploitation minière dans la petite ville de Vicinity près de Nocis, la capitale d'Inglesia. Il s'adapte vite à sa nouvelle vie, devenant l'ami d'enfance des deux filles de la famille, Kihel et Sochie, et rêvant d'un avenir où terriens et moonraces pourraient cohabiter ensemble.

Le retour des moonraces sur la Terre entraîne toutefois le début d'une nouvelle guerre, perçue comme une invasion extraterrestre. La reine des moonraces, Dianna Soreil, se rend sur Terre afin de négocier la paix avec l'ambassadeur d'Inglesia, Guin Sard Lineford, mais ce dernier est un industriel convaincu qui voit la guerre comme une occasion inespérée de développer l'industrie de l'armement et il manipule les principaux acteurs du conflit afin de faire durer les hostilités, tirant dans l'ombre les ficelles de la milice armée composée de militaires et de civils qui résistent à l'invasion des moonraces. Loran se retrouve pris dans le conflit malgré lui lorsqu'il découvre par hasard un vieux modèle de Mobile Suit enterré dans les montagnes près de Vicinity et qui remonte aux origines du Correct Century. Aux commandes de cette arme, "White Doll", il rejoint la milice d'Inglesia avec pour objectif de veiller à ce que l'équilibre des forces soit maintenu entre les deux factions jusqu'à ce que la reine Dianna Soreil parvienne à un accord de paix. Mais la reine est jeune et son idéalisme est naïf, ne réalisant pas que tous les moonraces ne partagent pas son souhait de ramener leur peuple sur la Terre et que les militaires commencent à douter de sa capacité à faire aboutir les négociations. Ces discussions qui ne progressent pas ne font qu'ajouter aux difficultés d'adaptation de son peuple à son nouveau monde face à l'hostilité des terriens. Chaque nouvelle confrontation amène son lot de tensions et de tragédies.

Afin de pouvoir rivaliser avec la technologie supérieure des moonraces, la milice mène des activités d'excavation dans les montagnes où Loran a trouvé le White Doll, espérant déterrer de nouvelles "poupées mécaniques" (Mobile Suits), ces armes issues de l'Histoire Sombre oubliée de tous. Au grand dam de Loran, son amie Sochie Heim décide de rejoindre la milice en tant que pilote afin de combattre les moonraces pour venger la mort de son père Dylan Heim. Sa soeur Kihel décide quant à elle d'assister Guin Sard Lineford en tant que secrétaire dans ses négociations difficiles, ce qui l'amène à rencontrer la reine Dianna dont elle est le portrait craché. Un jeu puéril amène les deux jeunes femmes à intervertir leurs places, découvrant ainsi l'autre aspect du conflit tandis qu'un vaste complot à l'encontre de la reine Dianna se met en marche, destituée par l'armée et peut-être bien par d'autres personnes encore plus influentes. Piégée dans le rôle de "Kihel Heim", Dianna Soreil accompagne Loran Cehack dans ses efforts pour mettre un terme à la guerre, tandis que le danger guette la fausse reine, forcée de prendre en main un rôle et un destin qui auront une influence considérable sur le déroulement du conflit.

Turn A Gundam tient une place à part dans l'oeuvre Gundam de Tomino. Le réalisateur prend davantage ses distances par rapport aux champs de bataille afin de s'attarder davantage sur "l'autre champ de bataille" où tout se joue finalement: le terrain politique. Le personnage principal de la série n'est donc finalement pas tant le héros officiel Loran Cehack, le pilote du Gundam, que la reine Dianna Soreil et, par extension, son doppelganger Kihel Heim qui vont toutes deux devoir mener une âpre bataille contre ceux qui se servent de cette guerre afin d'assouvir leurs ambitions personnelles. Les adversaires sont nombreux et surgissent de différents endroits: un noble plongé dans l'industrie de l'armement, des militaires qui veulent renverser une reine qu'ils estiment trop faible pour les diriger, ou encore des politiciens qui convoitent tout simplement le trône. Afin d'en triompher et de mettre un terme à la guerre, les deux jeunes femmes vont devoir s'affirmer sur le terrain politique et faire leurs preuves en tant que "reine", se confondant l'une avec l'autre pour ne devenir qu'une seule et même personne. Une évolution qui s'opère tout le long de la série alors qu'elles découvrent la réalité de la guerre auprès de leurs compagnons respectifs en tête desquels se trouvent Loran et le capitaine Harry Ord de la garde royale, mais aussi des individus aux intentions nettement plus ambigus, alliés de circonstances de l'instant présent qui pourraient bien devenir leurs ennemis de demain. Et à côté de ça, les nombreuses épreuves qu'elles trouvent sur leur chemin, des tentatives d'assassinats à la difficulté du retour sur la Lune pour confronter leurs véritables ennemis qui perpétuent l'héritage de guerres maudit de l'Histoire Sombre, menaçant de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

Les personnages de cette série sont très variés et ils ont tous leur rôle à tenir dans ce conflit. Tomino n'a pas cherché la facilité et il nous sort un casting conséquent de près d'une cinquantaine de personnages à gérer. Et la magie opère: tous connaissent leur lot de développements et il y a toute une dynamique qui nait autour de ces multiples relations et qui devient l'un des facteurs majeurs de l'intrigue. Fidèle à l'esprit des séries de Tomino, Turn A Gundam est avant tout une série de personnages et, si la narration parait un peu simpliste initialement, elle ne l'est en réalité pas du tout, parvenant à nous raconter une intrigue aux enjeux complexes et portée par une quantité impressionnantes de personnages tout en restant compréhensible et cohérente à tout instant. On sent là la maîtrise parfaite qu'a Tomino sur son récit qui ne cesse de s'étoffer et de se bonifier à mesure que l'intrigue progresse, jusqu'à atteindre son apogée dans sa dernière ligne droite avec une dernière dizaine d'épisodes absolument prodigieux qui installent définitivement Turn A Gundam auprès de Zeta Gundam et Victory Gundam parmi les toutes meilleures séries de Tomino et parmi les plus grands chefs d'oeuvre de la franchise de manière générale.

Mais le plus fascinant dans tout ça, c'est que le maître arrive à créer une oeuvre qui arrive à la fois à respecter l'héritage des séries précédentes tout en parvenant à imposer son style propre. Une fois n'est pas coutume, Turn A Gundam est une série qui dénonce l'absurdité et les tragédies de la guerre. Sauf qu'initialement, la guerre n'avait plus existé depuis bien longtemps dans ce monde et c'est une menace issue de l'Histoire Sombre (l'Universal Century) qui refait progressivement surface. Ca commence par un conflit naissant entre les terriens et les moonraces puis, à mesure que la série avance, les armes issus de l'Universal Century sont déterrées du sol, réveillant la malédiction, et l'escalade continue ainsi. Les événements culminent notamment avec la redécouverte de l'arme nucléaire, le plus grand tabou oublié de l'Histoire Sombre, dont Loran va tenter de se débarrasser avant qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains, ou encore l'éveil progressif des instincts guerriers de l'être humain. Plus la série avance et plus la menace d'une nouvelle apocalypse prend de l'ampleur, culminant sur un final absolument magistral.

A côté de ça, l'ambiance n'est reste pas moins radicalement différente des séries précédentes de Tomino, plus légère dans le ton et beaucoup plus orientée sur la poésie. Cela passe aussi par le travail de réalisation somptueux du réalisateur, par les character designs enchanteurs, par la beauté des décors, par la qualité de l'animation, et bien sûr n'oublions pas les fabuleuses compositions musicales de la grande Yoko Kanno qui nous livre ici l'un des grands chefs d'oeuvre de sa carrière de compositrice, à l'égal de son travail sur Cowboy Bebop. Tout cela est du grand art et, par extension, Turn A Gundam est elle-même une oeuvre artistique, la rencontre prolifique de nombreux talents qui livrent le meilleur de leur art afin de créer un animé d'exception, excellant à presque tous les niveaux.

A l'origine, Turn A Gundam avait été conçue comme une sorte de conclusion à l'ensemble de l'Universal Century, tout en imposant sa propre personnalité, et le réalisateur a su gérer magnifiquement ces deux aspects. D'un côté, on retrouve tout l'esprit et les thématiques des animés précédents, de Mobile Suit Gundam à Victory Gundam, les menant à leur terme et racontant comment l'humanité a réussi à se libérer de ce cycle de guerres interminable (la malédiction de l'Universal Century). Mais nul besoin de connaître toute cette vaste mythologie pour pouvoir profiter de cette série qui est pleinement abordable en l'état et qui dispose d'une richesse incroyable à elle seule, même si elle complète aussi formidablement la mythologie de l'Universal Century. Les fans comme les néophytes y trouveront donc leur compte sans problème, d'autant que cette série s'impose comme un véritable incontournable, capable d'apporter énormément à ses spectateurs. A voir et à revoir sans problèmes, d'autant plus si vous êtes amateur de contes comme Le Prince et le Pauvre ou si vous voulez vous plonger dans un univers dans lequel on retrouve la même magie que dans les plus belles oeuvres de Georges Méliès et de Jules Verne. Indéniablement le plus beau postulat que pouvait laisser Tomino aux fans de son oeuvre légendaire !

Verdict: Excellent (18/20).


PS: Je ne peux pas conclure cette critique sans partager la magnifique séquence finale de la série, un pur joyau de poésie et de sensibilité artistique, le tout porté par l'une des plus belles compositions de Yoko Kanno. Un grand moment d'émotion et un immense coup de coeur personnel ! :oops:

http://www.youtube.com/watch?v=IOSp5Oh9tiA
Modifié en dernier par Glass Heart le 18 avr. 2015, 02:24, modifié 8 fois.

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Takato
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Takato » 03 oct. 2014, 08:15

Gundam : G no Reconguista - Episode #01 :

Bon bon bon... Le moment est venu pour Gundam de faire son retour avec en tête de projet Yoshiyuki Tomino himself, le papa de toute la saga ! Et ce premier épisode est bien agréable à suivre, plantant très légèrement son scénario (les pirates, toussa) sans trop s'attarder sur le contexte pour ne pas chambouler les plus jeunes qui suivraient la série. Pas de référence à l'Universal Century pour l'instant, les seules infos à savoir sont qu'on dans dans le futur où des ascenseurs orbitaux convoités existent.

Pour le reste, on sent que Tomino ne veut pas faire un truc trop sombre (Zeta et Victory ont dû le traumatiser) et le tout est chaleureux. Mention spéciale au protagoniste dont j'ai oublié le nom et que j'aime moyennement, ceci à cause de son permanent sourire béat (et bordel, c'est quoi cet eyecatch pourri où il danse ?).
Graphiquement, la série est trèèèèèèès loin de ce qu'on a connu dans la saga mais s'avère appréciable. Ça donnerait presque un côté enchanteur à Gundam, mais pas trop. La bande originale est plaisante avec un main theme très joli, mais aussi un opening vraiment réussi qui accompli le challenge de proposer de la pop sans trop être criard et insupportable. A titre d'exemple, je trouve les génériques de Sword Art Online à jeter de ce côté-là. Par contre, l'ending, euh... va falloir que Tomino arrête de commander des génériques décalés juste pour pas faire dans le classique comme les autres. Sur King Gainer, soit, mais sur Gundam, c'est autre chose.

Bref, un début sympathique, mais j'attends de voir les ambitions scénaristiques de la série pour confirmer ce premier bon avant-goût !
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Glass Heart
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Re: Gundam la saga!

Message non lu par Glass Heart » 03 avr. 2016, 06:58

Mobile Suit Gundam: The Origin I : Les Yeux Bleus de Casval (2015)

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Fiche du site: http://www.manga-news.com/index.php/dvd ... The-Origin

Trailer: http://www.youtube.com/watch?v=iFyeopF7DHk


Studio: Sunrise.
Réalisateurs: Yoshikazu Yasuhiko, Takashi Imanishi.

Casting:

Casval Rem Daikun : Mayumi Tanaka
Artesia Som Daikun : Megumi Han
Degwin Sodo Zabi : Jin Urayama
Gihren Zabi : Banjo Ginga
Sasro Zabi : Shinshu Fuji
Dozle Zabi : Kenta Miyake
Kycilia Zabi : Akeno Watanabe
Ramba Ral : Shigeo Kiyama
Crowley Hamon : Miyuki Sawashiro
Zeon Zum Daikun : Eizo Tsuda
Astraia Tor Daikun : Ayumi Tsunematsu
Jimba Ral : Chafurin
Char Aznable : Shuichi Ikeda



Note: 16/20.


Chronique:

Depuis sa création, il y a maintenant 35 ans, Gundam s'est imposé comme une des franchises animées les plus populaires du Pays du Soleil Levant, occasionnant un gigantesque empire commercial regroupant de nombreuses séries et plusieurs films, une quantité phénoménale de mangas dérivés, un nombre impressionnant de jeux vidéo, et bien sûr les incontournables "Gunpla" (abréviation de "Gundam Plastic Model"), véritables maquettes de collection basées sur les méchas phares à construire soi-même. A l'origine de ce phénomène, on trouve une série légendaire, "Mobile Suit Gundam", réalisée par un créateur d'animés visionnaire nommé Yoshiyuki Tomino qui a notamment travaillé avec Osamu Tezuka sur la série Astro Boy de 1963, l'une des oeuvres fondatrices de la japanimation. En 1979, le réalisateur Tomino imagine un nouveau concept consistant en une approche inédite du genre mécha, jusqu'alors cantonné à des robots surpuissants (ou "super-robot"). Abordant les méchas comme des armes de guerre réalistes ("real-robot") d'un lointain futur, il nous fait découvrir une grande fresque épique de science-fiction dans un univers plongé dans le chaos d'une guerre universelle avec pour objectif d'en dénoncer l'absurdité et de mettre en avant les malheurs et les tragédies qu'elle ne cesse d'engendrer. Si Gundam n'a guère rencontré le succès au cours de sa première diffusion, le public étant alors dérouté par cette approche inédite d'un genre ancré si profondément dans les consciences, la popularité de la série phare de Tomino n'a cessé de s'accroître au fil des rediffusions (ce qui n'a malheureusement pas empêché la série de subir une annulation et une fin raccourcie à l'époque), allant jusqu'à s'offrir les honneurs d'une ressortie sur grand écran sous la forme d'une trilogie de films ayant remporté un succès considérable à l'époque. Le mythe Gundam était lancé.

L'univers de Gundam nous plonge dans un futur où l'homme a colonisé l'espace pour soulager une Terre qu'il n'a que trop longtemps pollué, marquant l'avènement d'un nouveau calendrier, le "Siècle Universel" (Universal Century). De vastes colonies en orbite autour de la Terre deviennent les nouveaux foyers de l'humanité, et tout autant de nations spatiales sous le contrôle de la toute puissante Fédération Terrestre qui dirige tout l'univers. Plus d'un demi-siècle a passé depuis le début de la colonisation, nous sommes désormais en l'année 0079 du Siècle Universel et Side 3, la colonie la plus éloignée de la Terre, s'est autoproclamée Duché de Zeon et revendique son indépendance. Cela provoque le début de la première grande guerre spatiale de l'histoire, opposant Zeon à la Fédération. De nombreuses colonies sont frappées par la dure réalité de la guerre, comme Side 7 où vit l'adolescent Amuro Ray, le protagoniste de la première série Gundam, qui rejoint alors l'armée fédérale et qui devient le pilote du mécha éponyme, devant combattre l'armée de Zeon et notamment le lieutenant Char Aznable, charismatique homme masqué et héros de guerre qui dissimule un lourd passé. La série présentait ainsi une galerie de personnages mémorables dans les deux camps, appuyant sur l'humanité des différents acteurs du conflit et sur la complexité de la guerre dans sa globalité où aucun camp n'ayant plus raison que l'autre et où la nature contradictoire des hommes les pousse à s'entretuer à cause de leurs points de vue différents et inconciliables alors que la plupart aspirent à un monde en paix, occasionnant de nombreuses tragédies tout du long des 43 épisodes qui composent cette magnifique série.

Mais si Mobile Suit Gundam nous raconte la guerre d'indépendance, il y a toutefois une histoire qui n'a pas été contée pendant longtemps: celle des origines de cette guerre, des événements qui ont poussé les deux camps sur la voie du conflit armé, faisant basculer les destins de nombreux personnages dont la plupart n'y auront pas survécu. C'est le mangaka Yoshikazu Yasuhiko, l'un des artisan de la série à l'époque dont il était le character designer et le responsable de l'animation, qui nous a finalement dévoilé la véritable histoire cachée des origines de cette Guerre d'Un An à travers les pages de son manga "Mobile Suit Gundam: The Origin", adaptation retravaillée et approfondie de l'histoire de la première série Gundam. A travers un long arc narratif de six volumes, il nous dévoilait ainsi le passé dramatique de nombreux personnages, à commencer par l'enfance de Char Aznable et de Sayla Mass qui s'appelaient alors Casval et Artesia. Fort du succès de ce manga reçu avec le même enthousiasme de la part de la critique à travers le monde, acclamé comme un des grands chefs d'oeuvre de la science-fiction, le studio Sunrise a choisi de célébrer l'anniversaire des 35 ans de sa franchise phare en annonçant l'adaptation animée de cet arc inédit, venant ainsi compléter l'histoire de l'une des plus grandes sagas de la japanimation. Si les spectateurs japonais connaissent déjà l'histoire de la Guerre d'Un An avec son approche dénonciatrice et violente de la thématique de la guerre, The Origin s'affiche ici un tout autre objectif: s'interroger sur les causes mêmes (essentiellement politiques) qui ont abouti à cette guerre. Et si Mobile Suit Gundam était l'histoire d'Amuro Ray, c'est un tout autre personnage que sa préquelle met à l'honneur: son rival Char Aznable, l'antagoniste en personne, être torturé et assoiffé de vengeance. Pour la première fois, on va découvrir l'histoire de ce personnage à la complexité ô combien fascinante et les événements qui ont transformé le jeune Casval Daikun en ce monstre à mi-chemin entre Darth Vader et le Comte de Monte Cristo.

L'action de ce premier long-métrage de "Mobile Suit Gundam: The Origin", intitulé "Les Yeux Bleus de Casval", se déroule une petite dizaine d'années avant les événements de "Mobile Suit Gundam", en l'an 0068 du Siècle Universel pour être précis, à une époque où Side 3 (futur Duché de Zeon) était encore appelée la "République Autonome de Munzo". Après plus d'un demi-siècle à subir le joug de la domination coloniale, les citoyens de Munzo se tournent vers le président Zeon Zum Daikun, célèbre philosophe et héros des révolutions, pour défier la Fédération Terrestre afin de concrétiser leur long rêve d'une nation indépendante. Ce dernier s'apprête à prononcer un discours historique devant l'assemblée lorsqu'il s'effondre subitement, officiellement d'une crise cardiaque. Très vite, la rumeur d'un assassinat par empoisonnement perpétré par la Fédération se répand, plongeant Side 3 dans une ère de chaos, des émeutes éclatant dans toute la capitale contre les soldats fédéraux. Jimba Ral, ancien proche conseiller de Zeon Daikun, soupçonne vite son homologue Degwin Sodo Zabi d'avoir fomenté cet assassinat et comploté avec ses fils Gihren et Sasro pour s'emparer du pouvoir sur Munzo. Craignant pour la sécurité des proches de Daikun, sa compagne Astraia et ses enfants Casval et Artesia, il décide de les placer sous la protection de son fils Ramba Ral, militaire honorable, dans sa demeure. Mais, alors que l'histoire se réécrit sous les manipulations de la famille Zabi, l'influence de Jimba Ral ne cesse de décliner, annonçant la fin de la maison des Ral. Très vite, l'étau se referme autour des enfants de Daikun, centre de toutes les convoitises et de tous les complots. Alors que Degwin Zabi et ses enfants s'emparent du pouvoir sur Munzo, leur heure étant arrivée, l'existence des héritiers de Daikun, et notamment Casval, constitue un obstacle qu'ils ne peuvent se permettre d'ignorer trop longtemps, sous peine de les voir se retourner contre eux une fois arrivés à l'âge adulte. Afin de les protéger et de leur permettre de mener une vie paisible loin du destin cruel qui leur est imposé et dont ils n'ont aucune chance de réchapper, Ramba Ral décide de comploter avec sa partenaire et complice Crowley Hamon, chanteuse de bar avec un bon réseau de connexions, pour permettre à son père et aux enfants de quitter Side 3 pour une existence plus paisible sur la Terre. Mais les événements de cette ère troublée ne vont pas rester sans conséquences sur les destins de Casval et Artesia, victimes de la cruauté et de l'ambition des adultes. Alors que l'une restera marquée par une profonde tristesse, le second va succomber à la colère et à la haine, scellant sa transformation en celui qui deviendra la redoutable et terrifiante "Comète Rouge", le vengeur masqué Char Aznable.

Ce premier OAV adapte donc essentiellement l'enfance tragique de Casval et Artesia, période traitée dans le volume 9 du manga de Yoshikazu Yasuhiko qui marquait le début de cet arc narratif inédit faisant office de préquelle à la série Mobile Suit Gundam. Pour ceux qui ne connaissent pas du tout les séries de Yoshiyuki Tomino se déroulant dans l'Universal Century, cette adaptation est une porte d'entrée idéale dans l'univers de Gundam, même cette histoire ne trouve sa vraie richesse qu'en la mettant ensuite dans la perspective des conséquences qui en découlent dans la série originale, les deux oeuvres étant complémentaires. Ayant lu le manga dont est dérivée cette série d'OAV (et connaissant également la série et les films de la première série Gundam), la première chose qui me frappe en voyant cette adaptation est l'absolue fidélité à l'histoire racontée par Yasuhiko. Rien n'est laissé à l'écart, toutes les scènes du manga sont présentes, ce qui permet à ceux qui ne le connaissent pas de ne rien manquer et d'avoir un point de vue aussi complet que possible sur ce chapitre fondateur de la saga de l'Universal Century. On retrouve vite cet univers en proie au chaos qui sombre progressivement dans la paranoia et la violence, ces manipulations politiques et ces complots qui entourent les destins de plusieurs personnages et qu'on voit se refermer progressivement sur eux, menaçant d'emporter leurs vies, et ce monde où l'histoire est en pleine évolution et où les puissants d'autrefois sont voués à disparaître et à périr ou à lutter pour leur survie. Une histoire sombre et complexe qui pose les bases des événements de la série "Mobile Suit Gundam" et qui permet de mieux comprendre d'où viennent ses différents acteurs et comment ce monde a pu basculer sur le terrain d'une guerre universelle totale. Yasuhiko ne laisse jamais rien au hasard, développant son récit dans ses moindres détails pour apporter une compréhension aussi complète que possible des événements, et surtout pour nous raconter comment ces destins différents se mêlent pour nouer cette grande tragédie humaine et politique.

Maintenant, une chose qui me laisse davantage sceptique, c'est l'approche que cette adaptation animée a de cette histoire. Certes, les événements sont retranscrits avec une fidélité exemplaire et de manière très complète, mais ça n'empêchera pas ceux qui ont lu le manga de Yoshikazu Yasuhiko de constater que l'atmosphère générale très noire de cette intrigue a été considérablement allégée dans les choix de mise en scène et de narration, similaire à ce qui avait déjà été opéré sur l'adaptation de "Mobile Suit Gundam Unicorn". Ici, de nombreuses scènes marquantes par leur noirceur, leur violence ou la tension dramatique immense qui s'en dégageaient dans le manga perdent de leur impact, la faute à une mise en scène beaucoup trop académique qui s'efforce de garder une certaine distance et une certaine retenue par rapport à la véritable violence qui se dégage de cette histoire et des échanges entre les personnages (la scène de la confrontation entre Casval et Kycilia Zabi, véritable lutte à mort verbale, en est l'un des exemples les plus parlants alors qu'elle est censée être la scène phare de cette adaptation, mise en avant dans la promotion de l'animé), ou par une plus grande insistance sur les rares passages humoristiques qui viennent ici contrebalancer complètement avec la noirceur de l'intrigue. Il est important de noter que ces derniers étaient employés de manière subtile dans le manga, similaire à ce qu'Hiromu Arakawa faisait dans Fullmetal Alchemist, alors qu'ici l'adaptation appuie et insiste dessus au point de leur faire perdre tout leur effet, créant des moments de lourdeur qui se marient difficilement au reste de l'intrigue et dont on se serait bien passé.

Lorsqu'on a évoqué l'adaptation animée du manga de Yoshikazu Yasuhiko, on a aussi beaucoup parlé de son grand retour à l'industrie de l'animation après plus de deux décennies où il s'était reconverti en tant que mangaka, se spécialisant particulièrement dans les grandes fresques historiques (Jesus, Joan, Alexandros...). Comment oublier l'artiste qui a été l'un des artisans fondateurs de la série "Mobile Suit Gundam" et qui a officié sur d'autres animés à succès tels que Space Battleship Yamato ou encore Crusher Joe dont il avait lui-même réalisé le film ? En plus de ça, il est épaulé par nul autre que Takashi Imanishi, très populaire auprès des fans pour avoir réalisé l'excellente série d'OAV "Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory", digne héritier spirituel de la série originale. Avec des talents aussi reconnus pour se partager les fonctions de réalisateurs, on était en droit de s'attendre au meilleur pour cette adaptation, d'où une certaine déception avec le produit final. L'académisme inattendu de la réalisation et la noirceur très fortement atténuée par rapport au manga trahissent beaucoup des attentes que l'on pouvait avoir de cette adaptation animée qui avait le potentiel pour s'imposer comme l'un des chefs d'oeuvre de la saga Gundam. Maintenant, en dépit de cette réalisation très (trop) académique dans sa mise en scène, il y a tout de même aussi un certain nombre de qualités comme une animation très soignée dans son ensemble (excepté quelques CGI mal incrustés), une bande originale signée Takayuki Hattori ("Code Breaker", "Space Pirate Captain Harlock: Endless Odyssey") qui est pile dans le bon ton pour insuffler un souffle épique et tragique à cette histoire, ou encore une distribution très réussie. Le casting de cette préquelle avait beaucoup fait parler, nombreux étant ceux qui se demandaient si les comédiens phares de la série de 1979 allaient revenir, tout en attendant au tournant le choix de la comédienne qui allait succéder à la regrettée Yô Inoue dans le rôle primordial de Sayla Mass, alias Artesia Som Daikun. Finalement, de la série d'époque, seuls reviennent Banjo Ginga et l'incontournable Shuichi Ikeda que l'on retrouve avec plaisir dans leurs rôles phares de Gihren Zabi et surtout de la légendaire "Comète Rouge" Char Aznable. Le reste de la distribution a été complètement remanié, mais avec d'excellents choix de casting qui s'adaptent particulièrement bien à cet univers et à leurs rôles. On notera tout spécialement la prestation superbe de la talentueuse Megumi Han (Gon Freecss dans la version 2011 de "Hunter x Hunter") qui reprend le rôle d'Artesia sans faillir alors que la pression entourant la relève de Yô Inoue était loin d'être évidente à gérer, les fans japonais étant extrêmement protecteurs envers ce rôle qui se devait d'être confié à la meilleure comédienne possible. Chapeau à Megumi Han qui, par son talent immense, a réussi à faire l'unanimité et à être pleinement acceptée dans son nouveau rôle, tout en perpétuant au passage un certain héritage familial (sa mère, Keiko Han, était l'interprète de Lalah Sune, autre personnage mémorable de "Mobile Suit Gundam"). N'oublions pas non plus Miyuki Sawashiro (le personnage éponyme de la série "Beelzebub") qui interprète une jeune Crowley Hamon pleine de charme et d'audace, ou encore l'immense Mayumi Tanaka (Monkey D. Luffy dans "One Piece") qui consacre tout son talent à véhiculer les émotions intenses et la colère redoutable du jeune Casval Rem Daikun, le jeune garçon qui deviendra Char Aznable.

Un petit mot sur l'édition collector japonaise qui a fait l'objet d'une distribution internationale limitée, exclusivement en précommande quelques mois avant sa sortie. Il s'agit essentiellement d'une boîte illustrée par Yoshikazu Yasuhiko en personne qui contient le Blu-ray du film et les bonus qui l'accompagnent, un petit livret et deux carnets contenant les designs et le storyboard du long-métrage agrémentés de nombreuses notes de production. Dommage pour nous, pauvres européens, rien n'a été traduit depuis le japonais, ce qui laisse un goût un peu amer à la bouche pour une édition qui coûtait quand même pas moins de 100 euros pour un animé d'à peine une heure. Une bonne surprise toutefois du côté du disque Blu-ray qui n'est pas zoné, pouvant être lu sur tous les lecteurs, et qui propose notamment un sous-titrage français de bonne qualité, chose étonnante pour une édition qui a bénéficié d'une distribution internationale aussi limitée, mais qui s'explique cependant en partie par une diffusion internationale en streaming sur le site de Daisuki. Pas d'option française par contre au niveau de l'audio qui ne propose que le japonais et l'anglais, et ça nous suffit très bien tant Gundam est de toute façon une oeuvre à découvrir dans sa version originale, mais on regrettera par contre l'absence totale de sous-titres en ce qui concerne les commentaires audios de l'équipe du film. Tout cela vient nous rappeler qu'il s'agit essentiellement d'une édition importée, distribuée exceptionnellement à l'internationale, mais que le gros de la distribution de la série passe par Daisuki.

Annoncée en grande pompe pour le 35ème anniversaire de la franchise Gundam, cette adaptation animée du manga "Mobile Suit Gundam: The Origin" est incontestablement une oeuvre à découvrir pour les fans de l'Universal Century qui ne connaissent pas encore cette histoire préquelle inédite tant son apport mythologique est conséquent, apportant une nouvelle profondeur à nombre de personnages cultes que l'on pensait connaître par coeur et qui réussissent une nouvelle fois à nous surprendre. Il faudra cependant composer avec un travail d'adaptation qui décevra quelque peu les lecteurs du manga par sa mise en scène trop classique et épurée qui fait perdre beaucoup d'impact à de nombreuses scènes et d'intensité aux personnages, mais qui ne devrait cependant pas gêner davantage les autres spectateurs qui découvriront avec plaisir et intérêt les origines de la Guerre d'Un An qui auront forgé les destins de nombreux personnages d'anthologie, à commencer par la ravissante Sayla Mass et surtout l'immense Char Aznable, l'un des personnages les plus populaires de la japanimation et l'homme masqué emblématique de la franchise Gundam. "Sieg Zeon !"

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