Le parfum des hommes

Cette rubrique est consacrée à toutes les séries qui ne sont pas issues du Japon mais qui s'apparentent au manga. Vous y retrouverez donc les manwhas (Corée), les manhuas (Chine), mais aussi les séries appartenant au "Global manga" (courant qui regroupe notamment des auteurs français).
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Koiwai
Rider on the Storm
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Le parfum des hommes

Message non lu par Koiwai » 18 déc. 2014, 15:35

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"Je me pose une question. Pour assouvir leurs envies, sur combien de maux les êtres humains peuvent-ils fermer les yeux ?"

A 18 ans, Hwang Yumi entre dans le monde du travail, dans une usine Samsung spécialisée dans les semi-conducteurs. Les premières années, elle ne rechigne pas à la tâche... jusqu'à ce jour où, après 2 ans de travail, des douleurs la font souffrir. A l'hôpital, le diagnostic est clair : elle a contracté une leucémie, et son état ne cessera alors plus de s'empirer, jusqu'à ce qu'elle décède dans le taxi conduit par son propre père, Hwang Sang-ki, alors qu’il la conduisait à l’hôpital.
Tandis que son épouse sombre dans la dépression, Sang-ki s'interroge. Dans l'usine où travaillait sa fille, il découvre que les cas de maladies sont loin d'être rares. Des matières toxiques, manipulées sans suffisamment de précautions, pourraient bien être en cause... mais dans les hautes sphères de Samsung, on préfère, depuis toujours, nier toute responsabilité dans ce type d'incident. Pour honorer la mémoire de Yumi et lever le voile sur une vérité camouflée et mettant en danger la vie de centaines d'employés, Sang-Ki, le père meurtri, s'engage dans un combat contre l'ogre Samsung.

Samsung. Cette entreprise si grande, si importante en Corée comme à l'international. Si populaire, aussi. C'est contre cette entité colossale que s'est levé un père blessé, déterminé à dévoiler la vérité. Mais à son échelle, que peut-il faire s'il est seul, et si personne ne souhaite lui apporter le soutien nécessaire ? Il faut dire que Samsung, c'est le fleuron de l'industrie coréenne, et que son nom est indissociable de celui du pays. Aussi, quand il rencontre responsables de partis politiques et médias, Sang-ki se confronte toujours aux mêmes craintes : personne n'ose défier le géant Samsung. Mais pas question de laisser tomber : avec d'autres victimes, Sang-ki enchaine les démarches, jusqu'au jour où il pourra enfin faire convenablement le deuil de sa fille et lui rendre hommage.

Déjà connu en France pour Quitter la ville, l'auteur Kim Su-Bak offre une nouvelle fois un récit profondément engagé et humain, en retranscrivant en bande dessinée l'agonie de Yumi et le long combat de son père. Il ne faut évidemment pas attendre de tout ceci un divertissement, mais bien un documentaire, au fil duquel l'auteur retrace tout de la lutte de Sang-ki : retour sur la naissance et sur l'évolution de la société Samsung jusqu'à ce qu'elle est aujourd'hui, focus sur son importance pour un pays comme la Corée qui serait largement amoindrie sans elle dans le contexte actuel, nombreuses rencontres de Sang-ki avec les politiques, les médias, les victimes... Kim Su-Bak retrace tout avec une clarté et une précision d'orfèvre, à condition d'accepter de s'accrocher un peu, car l'aspect graphique reste très simple et austère, et l'ensemble est réellement très bavard... mais passionnant tant il est pointu et rigoureux.

Les dessins, avec cases bien délimitées et physiques basiques et un peu irréguliers, sont avant tout au service du récit. Cela n'empêche pas Kim Su-Bak d'offrir des visages clairement marqués, et d'être capable d'éclairs de mise en scène marquants, principalement lors des scènes revenant de temps à autre sur la défunte Yumi. La scène de sa mort vécue aux côtés de ses parents choque. Celle de la fin nous invitant à revoir cette lente agonie directement à travers les yeux de la jeune fille, avec les visages terrifiés de ses parents face à elle, marque en profondeur, tout autant que les différentes photographies nous rappelant avec force que tout ceci est une histoire vraie. L'aspect humain se mêle très bien à l'outil critique et documentaire.

L'intelligence du propos de Kim Su-Bak et de Hwang Sang-ki est de ne pas diaboliser primairement la société. Tous deux ont conscience de ce qu'est Samsung pour la Corée, et de ce que pourrait être la Corée sans Samsung. Ils ne souhaitent pas la mort de Samsung, mais simplement que la société ne soit plus "divinisée", qu'elle descende de son piédestal en arrêtant de s'immiscer dans la vie des Coréens, qu'elle assume ses erreurs, qu'elle soit plus honnête pour être aimée de tous. Ce qu'ils dénoncent avec courage, c'est l'abus du géant et de ses gérants. L'inertie des politiques, des médias et du peuple qui acceptent cette domination économique sans chercher à la combattre. Le je m'en foutisme humain de ceux qui voient en Samsung l'intouchable. De ceux qui, pour satisfaire leur propre confort, ne montrent que peu d'intérêt pour ce type d'affaire. La dictature de l'argent au détriment de la vie humaine, en somme.

Depuis 2007, Hwang Sang-ki continue de se battre. Il a gagné le procès en 2011 mettant en cause la responsabilité de Samsung dans la mort de sa fille, mais il poursuit la lutte afin d'aider les autres victimes.

L'édition que nous offre Atrabile est exemplaire : traduction claire (il le fallait vraiment), grand format avec papier épais, passionnantes postfaces conservées...
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Mon top lectures (hors nouvelles séries) de 2015 :
RiN 5, A Silent Voice 6, Ushijima 27.

Mon top nouvelles séries de 2015 :
Deathco, Underwater, Les Enfants de la baleine, One-Punch Man.

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