Mon copain le kappa

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Koiwai
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Mon copain le kappa

Message non lu par Koiwai » 11 oct. 2010, 23:18

Mon copain le kappa
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Tome 1:

Shigeru Mizuki reste l'un des mangaka phares de l'histoire du manga au Japon, et les éditions Cornélius l'ont bien compris en continuant de publier régulièrement des oeuvres de cet auteur unique et incontournable au pays du soleil levant. Ici, c'est à une oeuvre en trois tomes centrée sur un jeune garçon et son ami kappa que nous nous intéresserons, et plus précisément au premier volet de cette série, intitulé Mon copain le kappa.

Au Japon, dans la campagne profonde, là où peu d'humains pénètrent, vit le jeune Sampei, dans la maison de son grand-père. Abandonné par ses parents il y a plusieurs années de cela, le voici aujourd'hui en route pour sa première journée à l'école. Après 10 kilomètres de marche à pied, il arrive à l'école, où les choses ne se passent pas exactement comme prévu, puisque ses nouveaux camarades de classe commencent vite à se moquer de son physique, et notamment de sa coupe de cheveux qui rappelle beaucoup celle d'un kappa, ces espèces de diablotins anthropomorphes vivant dans les rivières et issus du folklore japonais.
Passablement irrité en rentrant chez lui, Sampei part à la pêche et s'endort dans sa barque. Surpris par des kappa qui le prennent pour l'un des leurs, il est conduit de force dans le monde de ces êtres fantastiques, qui, en découvrant qu'il est un humain, en font un objet de foire. Finalement, après des déclarations de Sanpei sur un monde humain qui semble avoir beaucoup changé depuis leurs dernières études là-bas, les kappa décident de libérer le jeune garçon et de renvoyer avec lui dans le monde humain un jeune kappa chargé d'étudier l'humanité.
Pour Sanpei, c'est le début d'aventures complètement folles et décalées, pendant lesquelles il rencontrera de nombreuses créatures fantastiques et sera confronté à certaines étapes, douloureuses ou non, de la vie.

Shigeru Mizuki a toujours montré un goût prononcé pour les univers fantastiques fourmillant de yôkai, ces êtres surnaturels peuplant les contes populaires japonais, et ce n'est pas Mon copain le kappa qui prouvera le contraire, car une nouvelle fois, l'oeuvre regorge de créatures en tous genres, témoins d'un folklore japonais d'une grande richesse que l'auteur prend toujours autant de plaisir à représenter. Des kappa, des tanuki, des petits hommes, un envoyé de la mort... autant de créatures tantôt joviales, tantôt mesquines, toujours malicieuses, qui vous influer sur le cours de la vie de Sampei, jeune garçon pas très futé et attachant, au cours d'aventures d'une imagination sans limites, dotées d'un esprit souvent décalé et amusant. L'humour est bien présent, flirtant un peu sur plusieurs genres, du burlesque le plus pur à un humour "pipi-caca" jamais vulgaire et très inventif. Une inventivité admirablement servie par les dessins de l'auteur, où la beauté, la densité et la grande richesse des décors, principalement naturels ou fantastiques, contraste de manière saisissante avec des personnages aux designs volontairement très simplistes et caricaturaux. L'ensemble ne dépareille pas, bien au contraire, puisqu'il contribue à apporter à l'oeuvre cette ambiance toute particulière qu'ont les oeuvres de Shigeru Mizuki.

Au coeur de ces aventures souvent farfelues, le mangaka va infliger à son héros des épreuves bien plus réalistes, comme la mort du grand-père, puis celle du père retrouvé, l'absence d'une mère, le quotidien à l'école et les compétitions sportives qui vont avec... épreuves qui vont se faire le témoin de son évolution et de l'attachement qu'il a pour le kappa, chez qui il trouvera bien souvent une forme de consolation. Tout ceci sans que le récit ne tombe jamais dans quelque chose de larmoyant. Pendant plus de 300 pages, le ton reste globalement le même, le lecteur se contentant de suivre avec un certain ravissement les différentes péripéties des personnages.

L'univers de Shigeru Mizuki est décidément unique, extrêmement riche, bourré d'inventivité et, au final, attachant, et ce n'est pas Mon copain le kappa qui nous montrera le contraire. Voici assurément une très belle oeuvre, pour petits et grands.

L'édition de Cornélius est, comme toujours, excellente. La traduction jouit d'un soin particulier, et les notes en fin de volume sont pertinentes.
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Koiwai
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Re: Mon copain le kappa

Message non lu par Koiwai » 25 janv. 2011, 18:21

Tome 2 - Kappa & compagnie:

Alors que Sanpei est en séjour dans le monde des kappas, il apprend la vérité sur ses origines: il n'est autre qu'un être mi-humain mi-kappa, ce qui explique bien des choses, notamment sur son physique ! Et bientôt, une grande aventure attend notre héros: le peuple des kappas est menacé d'extinction par les yokais. Le seul moyen de les sauver est de partir sur les chemins du monde des kappas et des yokais pour atteindre le grand roi Stotontonos. Mais avant d'atteindre cet objectif, de nombreuses embûches vont se dresser sur le chemin de Sanpei, à qui la mission de sauver les kappas et confiée, et à ses amis qui vont l'accompagner, à savoir son ami kappa, et les trois petits hommes.

On se retrouve donc avec un deuxième volume mouvementé, puisque les obstacles se dressant devant Sampei et ses compagnons sont nombreux. Les principales épreuves prendront la forme de sept grands combattants yokais, et chaque fois que l'un d'eux sera vaincu, Sampei pourra récupérer sur eux une sphère magique qui lui offrira des qualités indéniables. A travers tout ceci, on a donc un volume que l'on peut considérer comme prémisse de certaines caractéristiques de nombreux shônen: quête aventureuse, alliés venant se greffer au petit groupe tout au long du titre, morts qui s'en suivent, héros qui se découvre un grand destin et qui va suivre un parcours initiatique qui va petit à petit lui apporter des nouvelles qualités comme la force, la sagacité et le courage. Toutefois, Sampei ne devient pas parfait pour autant et peut perdre ses nouvelles qualités aussi vite qu'il les a gagnées, Ainsi, par exemple, s'il frotte la sphère de force dans le mauvais sens, il perdra de la force au lieu d'en gagner, et ce genre de petits incidents et d'étourderies lui joueront quelques tours.

On se retrouve donc dans ce deuxième volume avec un scénario qui peut paraître assez peu original, et qui est, de plus, ponctué de facilités scénaristiques, mais n'oublions pas que l'oeuvre est ancienne et que l'originalité était sans doute plus visible autrefois. Dans tous les cas, si l'histoire, linéaire, ne se fera plus aussi marquante aujourd'hui, les incroyables qualités de narrateur et de dessinateur de Shigeru Mizuki continuent de faire mouche, et tandis que le récit s'écoule de manière fluide en mélangeant bien aventure, action, humour et drame (et même une esquisse de romance !), les dessins s'avèrent être à nouveau d'une beauté inouïe. On ne peut que saluer la grande richesse des décors de l'auteur, le fait que ce volume se déroule entièrement dans le monde des kappas lui permettant de laisser encore plus libre cours à son inventivité infinie. L'inventivité se ressent également à travers le bestiaire toujours aussi impressionnant que met en place l'auteur: en plus des kappas, les yokais, kamis et autres créatures issues de l'impressionnant folklore nippon pullulent, leur design est impeccable, leurs styles sont diversifiés et sont à nouveau la preuve d'une imagination hors-normes. On citera, par exemple, le trio de yokais "Sans-Bouche", "Sans-Oreille" et "Sans-Yeux", assez délicieux dans son genre.

Si le récit est linéaire et paraît moins original qu'autrefois, ce deuxième tome reste un excellent moment de lecture, tant les différents talents de Shigeru Mizuki transparaissent à chaque instant.
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Re: Mon copain le kappa

Message non lu par Koiwai » 06 mars 2011, 20:30

Tome 3 - Moi - la mort et Kappa:

Après un deuxième volet qui faisait voyager Sampei et ses compagnons au sein de mondes folkloriques sur les traces d'un grand roi fantastique, ce dernier opus de la trilogie Kappa de Shigeru Mizuki replace le récit dans le monde humain, et plus précisément là où a toujours vécu Sampei, à l'instar du volume 1.

Pendant la première moitié du tome, nous avons droit à une succession de petites aventures de notre héros, aventures toujours parsemées de tout cet univers folklorique mis en place par le mangaka depuis le début de la série. Rencontre d'un roi des pets participant aux jeux pétolympiques et devenant le maître de Sampei, notre héros transformé en papillon par une entité de la nature, ou devant sauver ses amis transformés en cochons par un Messager de la mort souhaitant se recycler dans la fabrique de jambon... Autant de petites histoires pas toujours très inspirées par rapport à ce qu'on a pu voir auparavant dans la série, mais évitant toute vulgarité et étant toujours servies par la patte inimitable de l'auteur, par cette richesse visuelle dans les décors, ce ton simple et cette pointe d'humour gentiment décalée. Au final, cette première moitié de tome, sans être merveilleuse d'inventivité, se suit avec un certain plaisir, d'autant qu'elle commence à insister de plus en plus sur la mort qui rôde autour de Sanpei, notamment à travers le Messager de la mort, toujours présent, poussé au chômage suite à un quotas de morts non respecté et venu s'installer dans le petit monde de Sampei.

Au fil du volume, la mort tourne donc de plus en plus autour de notre jeune héros, et finit par le rattraper au pire des moments. Alors qu'il vient tout juste de retrouver sa mère, Sanpei continue de voir défiler devant lui des choses fantastiques, comme la rencontre avec une femme araignée ou sa disparition dans un village régi par les chats, chacun de ces évènements s'enchaînant jusqu'à provoquer l'accident qui causera sa perte. Ne désirant que revoir sa mère, Kappa, Tanuki et les autres une dernière fois avant d'être conduit dans l'autre monde par le Messager de la mort, Sanpei finit par s'en aller, laissant un Tanuki un peu triste de perdre celui qui l'avait accueilli si chaleureusement, et un Kappa chargé de prendre sa place auprès de sa mère. Intéressant de par la confirmation de l'amitié entre Sampei, Tanuki et Kappa, la conclusion de cette trilogie déçoit toutefois, car on aurait aimé y voir la relation de notre héros avec ces personnages et surtout avec sa mère un peu plus poussés. Egalement, on aurait apprécié de voir certains éléments, comme ce village félin, abordés avec plus de profondeur. Quant à la fin, son ton simple et son côté un peu abrupt sont dans la lignée de ce que nous a globalement offert Mizuki depuis les débuts de sa trilogie.

Moins inspiré et pourvu d'une fin qui ne marque pas vraiment, le dernier opus de la trilogie Kappa ne se dresse clairement pas comme le meilleur travail de Shigeru Mizuki, mais reste porté par le ton unique et la richesse visuelle de l'auteur.
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