A Silent Voice

Destinés à un public adolescent masculin mais faisant néanmoins fureur chez certain(e)s adultes et/ou jeunes filles, les shonen ont droit à leur propre rubrique!
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Koiwai
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A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 20 janv. 2015, 14:01

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La fiche sur le site


Tome 1 :

Tout au long de l'année 2014, une sorte d'ovni n'a pas manqué d'attirer l'attention en s'affichant régulièrement parmi les premières places des tops vente de manga au Japon. Il faut dire qu'avec ses couvertures aux teintes douces et son sujet délicat traitant du handicap, Koe no Katachi avait, d'emblée, de quoi intriguer. Mais au point de connaître un destin aussi incroyable, ça, on ne s'y attendait pas.
Pourtant, cette série, lors de sa création, n'avait sans doute pas grand chose pour créer un tel phénomène, pas à cause de ses qualités, mais plutôt à cause de son sujet largement éloigné des considérations habituelles du shônen. D'ailleurs, quand son auteure, Yoshitoki Oima, remporte en 2008 et à seulement 18 ans un concours de jeunes auteurs chez Kodansha, il faudra ensuite attendre jusqu'en 2011 pour que l'éditeur décide enfin de laisser sa chance auprès du public japonais à ce sujet très sensible. Après un épisode "one-shot" accueilli très favorablement, en 2013 Kodansha accepte finalement de faire de Koe no Katachi une série à part entière avec un nombre prédéfini de tomes (6 ou 7, elle en fera finalement 7), ce qui présage d'emblée d'un scénario bien pensé et qui ne devrait pas s'égarer.
Et il s'avère que l'accueil très favorable du one-shot n'était qu'un prémisse : au fil de ses chapitres, la série n'a cessé de gagner en notoriété, ce qui fut particulièrement inattendu dans un magazine comme le Shônen Magazine, peu habitué à accueillir ce type de récit. Le phénomène ne désemplit pourtant pas, au point que la série parvient même à se classer à la première place du vote des lecteurs du Shônen Magazine, devant le mastodonte L'Attaque des Titans, et qu'une adaptation en film d'animation est en chantier pour 2015 !

Avec un parcours si atypique et séduisant, on attendait forcément la série en France avec une curiosité mêlée d'impatience. Et ce sont les éditions Ki-oon qui nous l'amènent sous le nom A Silent Voice, à grand renfort de publicités et de bandes-annonces bien fichues (ces trailers en deux versions, selon le point de vue de chacun des deux personnages principaux, donnent vraiment le ton).

En annonçant des retrouvailles visiblement loin d'être joyeuses entre les deux personnages principaux de la série, les premières pages intriguent d'emblée. Pourtant, le premier chapitre d'A Silent Voice commence tout à fait normalement. En faisant un bond de 6 ans en arrière par rapport aux toutes premières pages, on y découvre Shoya, jeune garçon en CM2 très loin d'être un élève modèle. Entre des cours dont il se fiche royalement, une mère coiffeuse aimante mais peu autoritaire et une grande soeur volage qui change sans cesse de mec, il tente de tuer son ennui par tous les moyens avec ses deux amis Kazuki et Keisuke. Sauter du haut des ponts dans la rivière ou affronter de face un garçon trois fois comme lui, ça ne lui fait pas peur. Tout le premier chapitre s'applique à retranscrire le quotidien de ce gamin qui, coincé entre sa vie familiale peu palpitante et la vie à l'école avec ses camarades, enchaîne déjà les 400 coups... au risque de passer pour un sale gosse. Ultra classique voire même assez cliché sur certains aspects (notamment le dénommé XXL...), ce début de série n'en est pas moins très efficace, car il nous immerge parfaitement aux côtés de ce jeune garçon, à grands renforts d'une narration immersive et d'une mise en scène à la fois sobre et travaillée (par exemple, la page où l'on voit de haut Shoya s'ennuyant dans sa chambre parvient à retranscrire l'étouffement du garçon via un cadre très fermé).

Mais le quotidien de Shoya et de toute sa classe change le jour où une nouvelle élève arrive. Elle s'appelle Shoko, et est sourde. Brimée dans son ancienne école à cause de son handicap, sa mère l'a changée d'établissement scolaire en espérant que ce drame ne se répète pas. Mais en face, comment réagiront les autres élèves, et plus particulièrement Shoya ?

La première réaction de Shoya face à cette surdité qu'il ne connaît pas est très parlante, puisqu'il crie haut et fort, instinctivement, son étonnement. L'étonnement devient vite de la curiosité, Shoya est celui qui s'interroge le plus, se demande jusqu'à quel point la jeune fille n'entend rien, va alors la mettre à l'épreuve en criant dans ses oreilles, au risque de se faire réprimander sans que ça lui fasse quoi que ce soit. Très vite, cette curiosité se transforme en jeu : taquiner Shoko devient pour lui un passe-temps, un moyen de briser son ennui... La fillette est un nouveau jouet, en quelque sorte. Mais au fil des premiers jours, la situation évolue naturellement dans un sens inquiétant. Les élèves s'étonnent d'abord de voir Shoko avoir tant de mal à prononcer des mots et s'en moquent un peu. Puis certains se plaignent de rater la moitié des cours à cause des demandes de la fillette qui est contrainte de s'exprimer par des mots écrits sur un carnet. Le fait qu'elle participe ralentit les cours, son inclusion dans la chorale ruine le concours de chant... et l'engrenage commence, les taquineries curieuses et relativement discrètes deviennent peu à peu des brimades beaucoup plus cruelles et que Shoko peut désormais comprendre. Et si quelqu'un a le malheur de vouloir aider la jeune sourde, il se fait tout de suite dénigrer, comme Miyoko, traitée de fayotte par Naoka.

A travers de nombreux exemples de ce type, Yoshitoki Oima aborde avec beaucoup de nuances les problèmes liés au handicap. Elle met parfaitement en avant des réalités qu'on a tous déjà pu voir, et auxquelles nous avons peut-être même participé dans notre enfance : la curiosité blessante ainsi que la méchanceté des enfants face à la différence, une cruauté dont ils n'ont parfois (voire souvent) pas vraiment conscience. Et, par la même occasion, les problèmes liés à l'intégration en classe, ainsi que les problèmes de compréhension et de communication.
Et le portrait qui en est fait est dur, mais puissant, car l'auteure n'épargne pas les méchancetés (sans pour autant tomber dans le voyeurisme) et, surtout, nous les fait vivre directement du point de vue de Shoya et de ses camarades. Cela dit, Oima va encore plus loin à travers le jeune garçon, clairement plus extrême que les autres. Quand ses camarades savent s'arrêter à une certaine limite, lui va toujours plus loin dans les brimades, va jusqu'à briser les appareils auditifs de la fillette par simple passe-temps et pour amuser la galerie, sans avoir vraiment conscience de tout ce qu'impliquent ses actes... et jusqu'à ce que le retour de bâton finisse par arriver.

Yoshitoki Oima n'a clairement pas choisi la solution de facilité. Elle aurait pu bêtement nous faire vivre tout ça directement du point de vue de Shoko, en insistant sur ses malheurs et sur la méchanceté de ses camarades. Elle n'en a rien fait et a pris le parti inverse, ce qui est une réussite totale : en prenant le risque de présenter les choses à travers le "brimeur" Shoya, elle choque et émeut sans forcer, en évitant tout pathos et tout racolage, et ce choix lui permet d'aborder avec une pertinence rare tous les problèmes évoqués précédemment. Puis, au bout du compte, d'enclencher la prise de conscience du jeune garçon dans la dernière partie du tome.
Mais surtout, la narration est d'autant plus forte qu'elle ne nous plonge à aucun moment, dans ce premier tome, dans l'esprit de Shoko. La narration est constamment introspective sur Shoya, mais nous ne découvrirons ici aucune pensée de la jeune fille. On se contente de l'observer de loin, tel Shoya, et ce choix narratif ne fait que renforcer la mise en avant des problèmes de compréhension entre les deux enfants... mais aussi l'attachement que l'on ressent de plus en plus pour Shoko, sans que l'auteure n'ait besoin d'user des artifices habituels. Tout naturellement, on voit bien que la fillette sourde ne comprend pas toujours ce qui se passe autour d'elle, puis on la sent tourmentée par les brimades de plus en plus vives sans quelle ne le montre forcément, et tout cela attire naturellement notre tendresse, d'autant que le dessin d'Oima lui offre une forte impression de douceur et de fragilité. Le trait est très sensible, sans avoir besoin de forcer. Mieux, on s'étonne autant que Shoya de ne jamais voir Shoko craquer. Elle garde le sourire, encaisse sans chercher à se faire plaindre. Et quand c'est Shoya qui devrait s'excuser, c'est elle qui le fait, sans que le jeune garçon y comprenne quelque chose. Tout simplement, elle tente de s'intégrer du mieux qu'elle peut, avec sa différence.

Mais face à ces problèmes d'intégration, quelle solution adopter ? Et y a-t-il seulement une bonne solution ? A travers les adultes, l'auteure offre quelques points de vue. Forcément, la mère de Shoko, qui élève seule sa fille, est ultra protectrice au point de vouloir tout décider pour son enfant, y compris sa coiffure. Du côté des enseignants, Mr Takeuchi reste plutôt distant, là où Mme Kita cherche des solutions positives, par exemple en voulant apprendre aux enfants la langue des signes... mais parviendra-t-elle seulement à capter l'intérêt des enfants et de son collègue ? Dans tous les cas, le débat est totalement ouvert.

Au bout du compte, difficile de ne pas céder face à ce début de série, qui trouve le ton parfait pour toucher tous les publics. Les adultes découvrirons un sujet traité avec pertinence, tandis que les adolescents, tel ceux lisant le Shônen Magazine, pourraient bien prendre conscience de beaucoup de choses pendant la lecture. A ce titre, la série est à conseiller à tous les âges.
Avant les toutes dernières pages qui reviennent dans le présent, on assiste pendant tout le volume à un véritable choc, sensible, percutant, et d'une intelligence rare dans sa façon d'aborder les choses, qui confirme d'emblée tout le bien qu'on attendait de cette série, et qui en fait déjà, sans aucun doute, l'un des futurs gros événements manga de 2015.
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Takato
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Takato » 21 janv. 2015, 22:02

A mon tour de dire tout le bien que je pense de ce premier tome !

Tome 1 :

Nous ne sommes qu’au premier mois de cette année 2015 mais s’il y a bien un titre que de nombreux lecteurs assidus de mangas attendaient de pieds fermes en ce nouvel an, c’est « A Silent Voice », le premier titre de Yoshitoki Oima, mangaka en herbe puisque la demoiselle n’a que 25 ans et fait de sa première œuvre un véritable succès. Les raisons ? Un sujet soulevé grave, inhabituel pour un magazine de pré-publication shônen, mais aussi les scores fulgurants de la série qui a dominé le Shônen Magazine, devançant même l’Attaque des Titans. C’est donc l’âme curieuse mais aussi avec le sentiment que nous n’aurons pas affaire à une lecture comme les autres que nous ouvrons ce premier volet. Et, en effet, notre sentiment positif va vite se confirmer, pages après pages.

Shoya, élève de CM2, pense que la vie est un grand combat contre la morosité. C’est pourquoi il entraîne chaque jour ses camarades dans des défis tous plus turbulents les uns que les autres, et ce n’est pas en se faisant passer à tabac par un garçon plus âgé que son mode de vie changera. Pourtant, son existence va bien prendre un tournant différent lorsque la jeune Shoko intègre sa classe. Normale en apparence, la demoiselle est pourtant malentendante, poussant son entourage, élèves comme professeurs, à adopter un comportement différent pour communiquer avec elle. Voilà une belle curiosité pour Shoya qui va trouver ici un moyen de s’amuser, ni plus ni moins. Mais les brimades envers Shoko vont se révéler collectives et tous ne vont pas réagir de la même manière, y compris lorsque le harcèlement sera d’une ampleur plus importante…

Ce qui interpelle directement au début de notre lecture, c’est le découpage du récit. Les premières pages nous présentent un Shoya adolescent, en pleines retrouvailles avec Shoko. Lorsque l’intrigue nous projette dans le passé, lors de l’année de CM2 du protagoniste, on se doute que ce passage de la série sera éphémère afin de bien nous situer les relations entre les personnages, leur psychologie d’antan et ce que chacun aura vécu au fil des années.
C’est ensuite que l’histoire prend son temps en plantant le personnage de Shoya, ou plutôt celui qu’il était lors de sa dernière année de primaire. Le pré-ado est casse-cou, nous le comprenons, et la vie n’est pour lui qu’un terrain d’amusement et de défi, un trait de caractère du personnage essentiel pour que l’on comprenne ses réactions face aux éléments qui suivront. Car l’introduction de Shoya est suivie par l’arrivée de Shoko, une enfant malentendante mais qui ne demande qu’à s’intégrer à sa nouvelle classe après avoir changé d’établissement scolaire à cause de brimades. On comprend alors que les ennuis commencent, d’abord pour Shoko puis progressivement pour le protagoniste.

On comprend assez rapidement que le thème de ce premier opus est le phénomène de « l’ijime », autrement dit la persécution d’autrui en milieu scolaire. D’autres séries ont tenté cette thématique, l’une des plus connues en France est Life. Mais A Silent Voice n’a pas pour vocation que de traiter des brimades et va plus loin par le biais du personnage de Shoko qui symbolise le handicap. Cela peut paraître anecdotique, mais cette caractéristique du personnage va jouer un rôle des plus importants et surtout impacter notre vision des évènements de manière conséquente. Car si la demoiselle est la proie de ses camarades, c’est bien parce qu’elle est malentendante, ce qui va créer un climat de malaise général aussi bien pour les autres élèves que pour les professeurs.
Le traitement de cette intrigue sonne juste, et c’est bien pour ça que la lecture nous affecte autant. Dans son récit, Yoshitoki Oima ne cherche pas à partir dans la surenchère pour simplement monter d’un cran dans la tension dramatique, comme Life a pu le faire en son temps, et la mangaka parvient ainsi à décrypter avec justesse toutes les problématiques liées à ce genre de maltraitances. Pour Shoya, brimer Shoko n’est qu’un amusement comme un autre, il voit en sa camarade un phénomène de foire, chose qui tend à démonter l’incompréhension d’un handicap pour une jeune personne si il n’y a pas assez de communication entre lui et ses tuteurs afin de diminuer le fossé de la différence. Shoya, comme démontré dans le premier chapitre, c’est l’insouciance de la jeunesse, le fait qu’un enfant cherche à s’amuser sans forcément penser à ses actes, chose qui peut avoir des conséquences sur le quotidien et le moral d’autrui. A côté de ça, un contraste se créer petit à petit entre le héros (ou l’antihéros, pour ce que nous voyons de lui actuellement) et ses camarades de classe, voir ses professeurs qui adopteront un certain comportement vis-à-vis de Shoko de manière très hypocrite. Cette hypocrisie est marquée de différentes manières selon les individus, et c’est sûrement la forme la plus cruelle de maltraitante qui est infligée à la jeune fille durant ce tome. Petit à petit, notre vision change du héros, de son comportement, tant on saisit la distance entre ses agissements et ceux des autres élèves. D’ailleurs, la situation finit par opérer un changement radicale qui nous « conforte » dans notre frustration, notre colère et notre compassion pour les deux personnages principaux et contre cette injustice générale.
Ainsi, l’accent est fortement mis sur les brimades subies par Shoko tout le long du tome, ainsi que la descente aux enfers qui va petit à petit marquer Shoya dont le revirement de mentalité est explicité de manière rapide mais néanmoins très convaincante. Ainsi, on peut penser que le ton de ce premier opus est particulier et que la suite de la série ne manquera pas de varier les manières d’aborder le sujet d’un handicap, et surtout le traitement de la relation entre Shoya et Shoko.

On le comprend assez vite, la série tournera autour des interactions entre les deux personnages principaux tout en développant une évolution logique à la relation entre les deux personnages. Amour ? Amitié ? Animosité persistante entre les deux ? Difficile de le dire clairement à ce stade de l’œuvre et bien que les couvertures très douces tentent de nous aiguiller, la crédibilité des rapports entre les deux personnages nous permet de penser que rien ne sera toujours très simple ni trop convenu.
Si on devait parler de ces protagonistes au cas par cas, on ne pourrait s’empêcher d’évoquer un attachement pour eux, bien que les deux cas soient nettement différents. La situation de Shoko est la plus évidente car sa situation de handicapée invite évidemment à la compassion, mais c’est bien l’absence d’affirmation du personnage, sa candeur et sa gentillesse qui nous font nous attacher à elle comme on s’attacherait à une petite sœur, avec l’envie de protection que cela implique. En ce qui concerne Shoya, c’est nettement plus délicat puisqu’à première vue, le personnage n’inspire pas la plus grande sympathie et ce ne sont pas les méfaits du héros qui changeront notre point de vue. En revanche, au fil des chapitres et en observant le sort progressif du personnage, on parvient à mieux cerner ses erreurs et celui qu’il était autrefois, pour estimer une évolution logique qui nous permettra de l’apprécier sur le long terme. En revanche, difficile de s’attacher aux autres personnages qui comptent en leurs rangs leurs lots de pourritures et d’hypocrites, sans toutefois tomber dans la facilité et afin d’apporter une véritable critique sociétale.

Le dessin de Yoshitoki Oima est étrange à première vue. Le trait, bien que fin, semble manquer de précision mais donne une ambiance à l’œuvre. Cela permet notamment à la mangaka de nous livrer des faciès très expressifs et rendre humains les différents personnages. Les contours, souvent épais, de ces mêmes personnages permet de les mettre en relief dans le récit, rendant toutefois les arrière-plans obsolètes. Le style de l’auteure est ainsi original et empreint d’une certaine maturité pour un shônen. On a hâte de voir de quel manière l’art graphique de Yoshitoki Oima évoluera.
Quant à la copie éditoriale, Ki-oon a fait un excellent travail, comme à son habitude. La traduction semble correcte, l’adaptation est efficace et fluidifie notre lecture, le tout sans coquilles ni bavures. Concernant le livre en lui-même, c’est du Ki-oon tout craché : le volume est plus épais et plus grand que chez d’autres éditeurs, et on apprécie l’impression de qualité sur un papier épais et plaisant entre les mains.

Très attendu par de nombreux lecteurs, souvent très curieux, le premier tome de A Silent Voice nous laisse presque sans voix. Le sujet abordé est grave, le ton est juste et les personnages vraiment humains, aussi bien de manière positive que négative. Voilà une série dont on dévorera les tomes, sans aucun doute. A Silent Voice est bien l’une de ces trop rares séries dont le premier tome a laissé votre serviteur… sans voix.
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Koiwai
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 12 mai 2015, 15:12

Tome 2 :

Tortionnaire de Shoko en primaire, Shoya en a payé le prix cher en vivant les 5 années suivantes de son existence comme un exclus. Mis à l'écart et méprisé par ses camarades de classe dont ses anciens amis, il ne sait plus comment se lier aux autres, au point d'avoir perdu toute envie de vivre.
Mais cette situation lui a aussi beaucoup appris : en se retrouvant à son tour brimé et esseulé pendant si longtemps, il a eu tout le temps de prendre conscience de la situation dans laquelle il a mi Shoko, et de tout le mal qu'il lui a fait. L'enfant autrefois inconscient a désormais compris l'horreur de ses actes passés, et à l'aube de ses 17 ans c'est avec une volonté de rédemption qu'il a décidé de retrouver Shoko... avant de mettre fin à ses jours, persuadé que la vie ne pourra plus rien lui apporter de bon.

Au bout d'une ellipse de cinq années, on retrouve un Shoya qui a clairement changé. Profondément meurtri par la culpabilité et par la solitude, il a désormais pour unique objectif de s'excuser platement auprès de Shoko, sans rien attendre en retour, puis qu'il n'a plus l'intention de vivre. Pourtant, une fois face à la jeune fille, il risque fort d'être dépassé par ses propres propos... ou plutôt par ses gestes, parce qu'il a mis à profite ces 5 années d'errance pour apprendre la langue de signes, montrant ainsi toute sa sincérité.
Pour être franc, l'envie de suicide de Shoya, vite expédiée, paraît un peu de trop en se contentant d'appuyer un peu plus ce qu'on cerne déjà sans problème, à savoir le mal-être du jeune garçon, sa solitude et son désintérêt pour la vie. Mais cette idée apportera néanmoins, un peu plus tard, une très jolie scène entre mère et fils...

En dehors de ça, la scène des retrouvailles se veut évidemment forte et quelque peu surprenante, car elle témoigne une nouvelle fois de toute la bonté de Shoko, pour un résultat clairement placé sous le signe du pardon. Et là où l'on s'attendait à retrouver une Shoko devant apprendre à se reconstruire et, encore et toujours, à surmonter son handicap, on découvre une adolescente qui a clairement mûri et paraît bien intégrée à ses camarades, sans doute aidée par sa faculté à rester altruiste et positive.
La réelle reconstruction est alors à chercher du côté de Shoya, et la bonté de Shoko en est le premier pas. Maintenant qu'il connaît la langue des signes, il peut communiquer normalement avec elle, et, quelque part, entendre sa voix, ce qu'elle a à lui dire. Et à partir de là, l'espoir renaît pour le jeune garçon. Celui qui ne savait plus comment se lier aux autres retrouve une façon de communiquer et d'aller vers autrui, si bien qu'il finit même par se faire un ami, Tomohiro, petit bonhomme enveloppé un peu exubérant mais attachant. Il est clairement sur la bonne voix pour se reconstruire... mais les choses sont encore loin d'être faciles. Il a beau s'être fait un ami et avoir reçu le pardon de Shoko, Shoya ressent toujours en lui ce profond sentiment de culpabilité, se demande s'il a le droit de sourire, de re-goûter au bonheur, d'avoir des amis, il se demande même le sens exact du mot "amitié", s'interroge sur le moment à partir duquel on peut dire qu'une personne est notre amie... Bref, le mal-être est toujours là, et est d'autant plus fort que la mère de Shoko est loin de pouvoir lui pardonner et lui fait bien comprendre qu'il ne pourra jamais réparer le passé. Et cette dernière n'est pas le seul obstacle, puisqu'un nouveau personnage, Yuzuru, est là aussi et sera l'un des principaux protagonistes du volume. Mais nous n'en dirons pas plus sur ce personnage pour ne rien gâcher, si ce n'est qu'il s'avère bien campé et intéressant dans la surprotection qu'il affiche envers Shoko... Shoya saura-t-il gagner sa confiance ?

Soulignons tout de même certains rebondissements un peu trop gros/faciles, tel le plongeon des deux adolescents dans la rivière pour récupérer le cahier (sérieusement ? ils se jettent du haut d'un pont, tombent dans une rivière peu profonde puisqu'ils y ont pied, et en ressortent indemnes ?), mais ce n'est rien à côté de la force narrative et visuelle de l'oeuvre qui véhicule à merveille ses thématiques autour du handicap, du pardon et de la reconstruction. Le graphisme parvient à nouveau avec faire ressortir avec douceur toutes les émotions des héros, les visages et regards de Shoko restent très singuliers (dans le bon sens du terme), les scènes de langue des signes sont claires et n'ont pas besoin de mots oraux pour se faire comprendre, le découpage et les angles de vue témoignent à nouveau d'un très bon sens de la mise en scène, les quelques partis pris (comme les croix sur les visages des personnes vers lesquelles Shoya n'arrive pas à aller) sont aussi simples que riches de sens, et la narration sait se faire malicieuse pour nous capter et nous surprendre (par exemple, vous pensez vraiment que c'est Shoko qui se cache derrière les textes de la première page ?).

Au bout du compte, A Silent Voice confirme dons toutes ses qualités. Malgré quelques rebondissements assez gros, Yoshitoki Oima exploite à merveille les différentes facettes de son sujet.
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 12 juin 2015, 07:32

Tome 3 :

A la grande surprise de Shoya, Shoko a accepté de renouer contact avec lui, et à force de tenter comme il le peut de réparer les pots cassés du passé, il se lie peut à peu d'amitié avec la jeune fille, mais aussi avec Tomohiro, un camarade de classe exubérant mais franc, et Yuzuru, la petite soeur de Shoko auprès de laquelle il a réussi à se faire accepter malgré les horreurs commises dans son enfance. Celui qui voulait mettre fin à ses jours a pris une autre voie sans s'en rendre compte, celle de la reconstruction, au point d'avoir désormais un téléphone portable qui lui sera extrêmement utile, ne serait-ce que pour communiquer avec Shoko. Mais ce qu'il souhaite pas dessus tout, c'est reconstruire l'enfance brisée de Shoko, lui rendre le bonheur qu'il lui a volé. Et cela passe par une reprise de contact avec ses anciens camarades de classe du primaire, en tête Miyoko, la fillette qui était venue en aide à Shoko à l'époque où elle était martyrisée et qui a dû changer d'école à cause de ça, et la peste Naoka. Seulement, les choses se dérouleront-elles aussi bien que le souhaite le jeune garçon ?

En reprenant contact avec Miyoko et Naoka, c'est aussi à son passé que se confronte Shoya, et cela réveille forcément à nouveau son sentiment de culpabilité, d'autant qu'il ne peut évidemment pas réparer les erreurs du passé, mais seulement les atténuer. Il ne pourra jamais rendre son enfance à Shoko, il le sait, et il devra vivre avec ce sentiment. Une situation d'autant plus difficile qu'il n'est forcément pas facile d'atténuer ces erreurs passées, comme le prouveront Miyoko et Naoka, deux filles qui ont toujours été très différentes. Avec Miyoko, tout se passe bien, la reprise de contact s'avère clairement positive, autant pour Shoko et Miyoko que pour Shoya. Mais Shoya le comprend vite, les choses s'annoncent beaucoup plus délicates avec Naoka, qui a conservé un peu le côté peste de son enfance. Comme Shoya, elle fut une enfant turbulente et méchante envers Shoko. Mais à l'inverse de Shoya, elle n'a jamais connu d'années difficiles qui auraient pu lui faire ouvrir les yeux, et l'on se demande forcément ce que nous réserve par la suite cette adolescente qui reste pour l'instant désagréable et peu ouverte aux autres... Dans l'immédiat, elle confronte à nouveau Shoya à certains de ses tourments, à commencer par le sens du mot "amitié". Peut-il vraiment dire qu'il est devenu "ami" avec Shoko ? Cette interrogation amènera une nouvelle évolution, très juste et naturelle dans son ton, dans une fin de volume qui se conclut sur un très beau passage, à la fois tendre, touchant, lumineux et pourtant un peu triste, où Shoko tente d'exprimer quelque chose. Le lecteur comprend, pas Shoya, et l'on cerne vite qu'il y aura encore beaucoup d'évolutions à apporter dans cette communication difficile entre les adolescents...

En somme, A Silent Voice continuer de narrer avec un certain talent l'aventure humaine de ces jeunes personnages. Pourtant, par moments certains éléments gâchent un peu les choses, à commencer par les facilités. Déjà présentes dans le tome précédent, elles sont encore plus flagrantes ici, notamment quand Shoya croise comme par hasard Naoka alors qu'il est en train de parler d'elle, ou quand il retrouve Shoko en fin de volume alors qu'il est en train de lui envoyer un message. On regrette également le peu d'impact qu'ont Yuzuru et Tomohiro, ce dernier étant principalement cantonné à un rôle de bon ami certes sincère mais un peu trop comique. Le comportement de Naoka reste pour l'instant très délicat à cerner, et la façon dont elle étale ses sentiments paraît très soudaine, trop peu naturelle. Quand aux toutes dernières pages, elles ont beau être très belles, elles donnent aussi l'impression d'arriver un peu comme un cheveu sur la soupe.

Des grosses ficelles, facilités et situations peu naturelles sont clairement présentes, mais le message de fond, lui, reste d'une grande beauté.
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 08 oct. 2015, 15:44

Tome 4 :

Les retrouvailles entre Shoko et Miyoko se sont déroulées à merveille, sous l'oeil d'un Shoya qui s'en voit soulagé. Même s'il ne peut effacer ce sentiment de culpabilité qui reste ancré en lui, le jeune garçon, par ses efforts, continue de se reconstruire au contact de personnes qu'il considère de plus en plus comme des amis. Mais une autre figure du passé vient mettre à mal tout cela : Naoka, qui faisait partie des tortionnaires de Shoko étant enfant. Et ce coup-ci, les retrouvailles se font plus explosives, Naoka étant perdue entre son incapacité à comprend Shoko et ses sentiments pour Shoya...

Après les retrouvailles très bénéfiques entre Shoko et Miyoko, le retour de Naoka se présente d'une façon bien différente, tant cette dernière semble ne pas avoir évolué depuis toutes ces années. Loin de faire des efforts pour se réconcilier avec Shoko, c'est uniquement pour plaire à Shoya qu'elle semble agir, au grand dam de celui-ci... Mais en réalité, que cache le comportement de Naoka ? Nous pourrions bien le découvrir au fil d'un passage au parcs d'attraction où tout en préparant le terrain pour d'autres retrouvailles de Shoya avec l'un de ses anciens camarades d'enfance, Yoshitoki Oima finit par livrer une confrontation lourde de sens entre Shoko et Naoka. Ces quelques pages, qui nous offrent une Shoko toujours plus touchante et une Naoka plus complexe qu'il n'y paraît, parviennent à dégager bien des choses, autour du sentiment d'incompréhension qui a toujours animé Naoka bien sûr, mais également autour de la façon dont Shoko se considère elle-même... Réparer les pots cassés du passé ne sera décidément pas facile, mais il chacune des deux jeunes filles décide de faire des efforts à sa façon, peut-être y aura-t-il du changement ? Après tout, il ne peut y avoir d'évolution bénéfique avec les personnes que l'on ne comprend pas si l'on ne se confronte jamais à elles...

Le cas de la relation entre Shoko et Naoka est très loin d'être bouclé avec ce tome. En attendant, elle réveille plus que jamais le désir de protection d'un autre personnage : Yuzuru, la petite soeur de Shoko, superbement mise en avant dans la deuxième moitié du volume. Oima livre un focus tout en douceur et en subtilité sur la jeune fille, sur le désir qu'elle a toujours eu de protéger sa grande soeur au point d'oublier souvent de prendre soin d'elle-même, sur sa relation houleuse avec sa mère, et sur le soutien qu'elle a toujours pu trouver en sa grand-mère dans un contexte familial délicat. Tout ça amène surtout une fin de volume menée de main de maître, qui nous laisse devine doucement et sans pathos un événement dramatique, et qui finit par nous expliquer les événements particulièrement difficiles qui ont amené la mère de Shoko et de Yuzuru à devenir en apparence si insensible et surprotectrice. En seulement quelques pages, Oima parvient à nous faire comprendre tout le ressenti de cette femme confrontée à une triste réalité...

C'est un tome particulièrement riche et poignant que nous offre ici une Yoshitoki Oima pleinement maîtresse de son sujet et de sa narration. Les thèmes du handicap et de ce qui peut en découler, de l'amitié et de la reconstruction intérieure restent abordés avec beaucoup de finesse et promettent de l'être tout autant par la suite.
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Koiwai
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 08 oct. 2015, 17:29

Tome 5 :

Depuis qu'il a décidé de reprendre contact avec Shoko pour tenter d'atténuer (car il ne pourra pas le faire disparaître) le mal qu'il lui a fait en primaire, Shoya a bien changé. Se rapprocher de Shoko lui a permis de se re-sociabiliser après des années où il fut exclu par les autres. Il s'est fait un ami en la personne de Tomohiro, a pu réparer les pots cassés avec Miyoko, a pu nouer contact avec d'autres camarades de classe que sont Miki et Satoshi.
Et les épreuves le font aussi grandir. Le comportement de Naoka lui fait prendre conscience que rien ne sera facile, mais lui fait également mieux reconsidérer la notion d'amitié. Quant à la mort douce de la grand-mère Nishimiya, elle constitue une épreuve permettant de renforcer les liens entres les adolescents : si protectrice envers sa grande soeur, Yuzuru est à son tour celle qui a besoin de réconfort, et Shoya fait partie de ceux faisant cet effort.

Même si les difficultés sont toujours là, c'est donc sur des avancées positives que Shoya et tout le petit groupe se lance dans la concrétisation du projet de film de Tomohiro, où chacun se trouve un rôle bien précis... sauf Shoko, que Shoya parvient finalement à inclure dans le projet. Car ne fait-elle pas partie du petit groupe, elle aussi ?
Mais à cet instant, aucun des adolescents ne peut savoir vers quelles terribles épreuves ce projet va les amener.

Il y a, tout d'abord, la mission confiée à Shoya et Satoshi : aller demander un prêt de local à l'école primaire. Pour Shoya et Shoko, cela signifie retourner dans le lieu où tous les problèmes se sont déroulés... Et Shoya n'est pas au bout de ses peines en retrouvant son ancien professeur, Mr Takeuchi, qui n'avait rien fait pour Shoko à l'époque, et qui tiendra ici des propos lourds de sens. Plutôt flatteurs pour Shoya dans un autre contexte, mais en même temps terribles au sujet de Shoko et témoignant d'une mentalité assez triste mais réelle, ces mots ne font que réveiller en Shoya ses regrets et son sentiment de ne pas avoir le droit de vivre comme si de rien n'était. Mais il y a aussi Satoshi, que Shoya va pouvoir découvrir plus en profondeur, cernant un peu mieux un garçon bien et en qui l'on peut avoir confiance... mais qui, d'un autre côté, peut paraître un peu effrayant pour des raisons bien précises que nous sommes amenés à découvrir.

Quand Shoya retrouve enfin les autres, il est donc dans un état d'esprit délicat, où s'entremêlent le retour de son sentiment de culpabilité, et une peur profonde de perdre tout ce qu'il vient fébrilement de reconstruire... Certaines personnes comme Naoka (qui, elle aussi, change doucement) font pourtant des efforts pour essayer d'améliorer les choses, mais c'est précisément dans ce genre de situation que nous sommes les plus à-même de faire des erreurs. Et quelques paroles malheureuses adressées à Miki risquent fort de suffire à tout anéantir. Un effet boule de neige superbement narré en seulement quelques pages fortes, intenses, où chaque personnage se voit mis en face de lui-même alors même que Shoya, au bout du rouleau, semble vouloir fuir ses problèmes. Des pages bouleversantes où l'image que l'on retient le plus est pourtant celle d'une Shoko voyant tout le monde se quitter sans qu'elle puisse y comprendre quoi que ce soit, sans qu'elle puisse rien y faire... mais en devinant clairement qu'elle est sans doute la cause de ce qui se passe.

"Qu'est-ce que je peux faire pour te prouver que j'ai changé ?"

C'est précisément dans ce genre de moments que les dessins d'Oima révèlent le plus leurs qualités : pas besoin de dialogues pour cerner ce que peut bien ressentir Shoko, tant le visage de la jeune fille peut véhiculer de choses sans rien laisser paraître. Elle qui disait à Naoka dans le tome précédent qu'elle se déteste, que peut-elle bien éprouver après ce qui vient d'avoir lieu ? Pas besoin de mots. Même si la situation semble plus paisible au cinéma ou au festival, même s'il y a des moments propices à la joie comme pendant l'anniversaire de Mme Nishimiya, les yeux tristes et perdus de la jeune fille veulent tout dire, pour peu qu'on les observe attentivement.

Arrivent alors les toutes dernières pages, terribles dans leur intention, tant elles réveillent soudainement, par un seul geste, tous les tourments. Cette fin de volume nous laisse estomaqués, comme K.O., et en pleine attente de la suite. Un ultime moment fort dans un tome qui, d'un bout à l'autre, est mené de main de maitre, riche de sens, intense et bouleversant.
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Re: A Silent Voice

Message non lu par Koiwai » 14 janv. 2016, 10:23

Tome 6 :

Shoya vient de voir se réaliser sa pire hantise : ses nouveaux amis ont appris les horreurs qu'il a faites subir à Shoko en primaire. En un instant, les disputes se sont enchainées, et tout s'est brisé dans un effet boule de neige dévastateur... dont les conséquences sont encore pire que ce que le jeune garçon envisageait. Au bout d'une fête de quartier où tout semblait bien se passer mais où le lecteur attentif pouvait observer silencieusement une Shoko rongée de l'intérieur, la jeune sourde tente de mettre fin à ses jours sous les yeux de Shoya...

La dernière partie du tome 5 nous laissait estomaqués face à ces événements amenés de main de maître, et la puissance des toutes dernières pages nous laissait K.O et dans l'attente fébrile de la suite. Celle-ci ne déçoit aucunement : alors que Shoya se débat pour maintenir Shoko et l'empêcher de chuter de l'immeuble, Yoshitoki Oima profite surtout du suspense et du tragique de la scène pour cristalliser avec force les pensées qui se bousculent en Shoya. Incompréhension, sentiment d'impuissance, mise au point sur lui-même et sur ce qu'il doit vraiment faire pour aller de l'avant... tout cela prend toute sa force dans la détermination de l'adolescent à ne pas lâcher prise, à ne pas laisser Shoko tomber. Et lui qui prenait tant de risques à sauter dans la rivière du haut du pont dans son enfance simplement pour le fun, il récidive pour une raison autrement plus importante.

Mais Shoya sera absent de la suite du tome. Le drame a frappé, a bousculé tout l'entourage du jeune garçon. Il y a alors ceux qui vont le voir, quitte à se l'accaparer comme le fait Naoka, ceux qui n'osent pas, ceux qui estiment ne pas avoir le droit de lui rendre visite... La récente dispute a eu raison des amis de Shoya, sa conséquence les a bouleversés. Et pourtant, le drame qui vient de survenir pourrait les aider à retourner de l'avant, eux aussi. En attendant, en espérant le retour de Shoya, l'envie de réaliser le film renaît en eux.

Se relever d'un drame pour tenter de faire le point sur soi-même et d'aller de l'avant, quoi de plus humain ? C'est ce que nous propose Oima dans ce tome s'intéressant aux amis de Shoya, les uns après les autres. Yuzuru, Tomohiro, Miyoko, Miki, Satoshi, Naoka. Autant de personnalités différentes, ayant vécu des choses très diverses qui ont conditionné ce qu'ils sont devenus. Ils ont tous tissé des liens avec Shoya différemment, ont tous une vision différente de Shoko, parfois très dure comme pour Naoka, ont tous des relations différentes les uns avec les autres. Mais à présent, l'heure est venue pour la plupart d'entre eux de dévoiler pleinement leurs faiblesses, leurs tourments, leur ressenti. Tomo ne peut que prendre pleinement conscience de tout ce que Shoya représente pour lui en tant qu'ami qui l'accepté tel qu'il est. Miyoko doit faire le point sur ses relations avec Shoko et surtout avec Naoka. Satoshi, en apparence si fier, laisse pleinement entrevoir ses problèmes d'enfance qui l'ont conditionné, et est poussé à remettre en question sa vision des choses et de Shoya... avait-il seulement le droit de le frapper ? Pour Miki, jeune fille qui ne semble pas avoir connu beaucoup de problèmes, l'heure est venue de s'interroger. Quant à Naoka, on comprend enfin un peu pus son amour pour Shoya, mais la jeune fille si butée a encore beaucoup de progrès à faire, essentiellement dans sa manière de considérer Shoko.
Des cas tous différents, qu'Oima expose avec un admirable souci de réalisme, en n'idéalisant rien ni personne, pas même la réaction de la mère de Shoya vis-à-vis de Shoko. Chacun a ses tourments qui peuvent le bloquer dans l'immédiat, chacun a ses torts, doit se remettre en question, doit avancer, tandis que le désir de réaliser le film reprend consistance et que le projet avance fébrilement au fil des pages. Ce film à réaliser, c'est le symbole d'une possible réunification du petit groupe, et le témoin de l'envie de ces adolescents de faire rédemption et d'avancer.

Et Shoko dans tout ça ? Elle est évidemment présente tout au long du tome, tentant de réparer les pots cassés, observée par ses camarades ou les observant, ou se confrontant simplement à eux avec son habituel caractère. Une fois de plus, le lecteur attentif a tout le loisir de cerner les tourments et efforts de la jeune fille en l'observant, et les deux derniers chapitres peuvent alors arriver dans une splendeur de mise en scène, où l'on voit enfin les choses à travers elle, puis où on la suit, bouleversée et plus attachante que jamais, dans une errance silencieuse traduisant tout ce qu'elle peut ressentir.

Encore un coup de maître pour la série, en somme. Oima exploite merveilleusement le drame de début de tome pour approfondir, sans traîner mais avec réalisme et humanité, chacun de ses principaux personnages, avant de nous laisser sur Shoko dans une fin de volume à nouveau puissante et marquée par des dernières pages intenses et laissant une très forte attente. Trois mois d'attente pour découvrir la conclusion de la série, cela va paraître très long...
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